‹ Magnétisme: encyclopédie magnétique spiritualiste (volume 2)Chapitre 14 sur 42 · CORRESPONDANCES MAGNÉTIQUES · texte numérisé non relu

CORRESPONDANCES MAGNÉTIQUES

Argenteuil, 30 novembre 1860.

Ma chère sœur,

Que me dis-tu? Depuis trois mois tu ne fais plus que lire continuellement des brochures , revues, journaux et ouvrages traitant du magnétisme et du spiritualisme, et le tout, pour savoir ce qu'en pensent tous ces personnages savants et écrivains qui traitent de cette question. Tu me dis être moins avancée qu'avant cette triste occupation. Je le crois sans peine.

En effet, jusqu'alors, tu avais foi en mes études, en mesobservations, et tes pensées étaient les miennes; tandis qu'à présent tu es dans la même position que ce voyngeur qui , après avoir atteint la cime du mont Blanc, fait un faux pas, trébuche et perd le terrain qu'il avait gravi avec tant de fatigues.

A présent, tu veux recommencer le voyage, — ton bâton ferré c'est moi , à qui tu dis : réponds à mes questions et débrouille si tu peux les idées confuses où m'ont jeté tous ces grands savants. — *

Grand merci de l'obligeance, ma chère sœur; mais tn tombes joliment mal en cette occasion. — Car il serait de toute impossibilité qae je visitasse de nouveau ces premières pages, qui servent encore de champ de bataille à des hommes qui veulent entrer en lice avec des armes qui datent de l'antiquité et dont ils n'ont seulement pu secouer la poussière. — Mais pour ne pas tout te refuser, je veux au moins te tirer de la surprise que tu as éprouvée à la vue de tant de contradictions.

Tu me parais en avoir gros sur la conscience, d'avoir succombé à la tentation de lire Y Histoire du Merveilleux.— Parce que, dis- tu — son auteur cite une collection de faits en faveur de tous les phénomènes connus en magnétisme. — Puis, quelques pages plus loin , arrive une phrase qui fait tomber ce que vous supposiez établi. Ainsi dans Y Histoire des Diables de Loudun, beaucoup de faits de lucidité sont mis au jour ; mais alors, dit l'auteur, c'est la communication de pensées qui a lieu entre celui qui exorcise et la possédée. Ce qui ne l'empêche pas de citer ce fait à la page 248 du tome I er . a La sœur Claire devine le jour où le chevalier de JUéré s est confessé pour la dernière fois, et répète des mots que l'exorciste a seul entendus. » Où donc dans ce fait existent des communications dépensées? Et dans le fait de Jacques Aymar, à qui l'on banda les yeux et qui

trouvadesserpesquel'onavait cachées enfouiesdanà la terre d'un jardin. — Et de cet autre « nommé » Bléton , dont on trouve l'expérience détaillée y> dans un journal de Paris en 1782, et qni » indique que devant plus de douze cents per- » sonnes et en présence de M. Guillaumot, inten- » dant-général des bâtiments du roi, accompagné » des plombiers, des inspecteurs , des fontainiers, » — il a, sur une partie de l'aqueduc d'Arcueil, » indiqué le passage de l'eau avec une précision » telle que, pour se servir d'une expression même » de M. Guillaumot, si ce plan venait à être perdu » on le referait sur les traces de Bléton. » — Je suis de ton avis, Aymar me paraissait voir plus clair que ceux qui avaient les yeux découverts... et que ceux surtout qui écrivent ces choses, les admettent et les nient à tour de rôle. —

Oui , ma chère sœur, j'ai lu ces faits et les innombrables autres cités dans cet ouvrage, qui sont du plus grand intérêt. — Ainsi, toutes les vues à distance, toutes les lectures de lettres cachetées, etc., etc., — tout cela paraît être prouvé à cet auteur. — Ce qui ne l'empêche pas de dire, après surtout des exemples contraires, que c'est de la communication de pensées , — et quand ce n'est pas cela, c'est tout simplement une exaltation de l'intelligence.

Toi, dans ta naïveté, tu croyais que l'intelligence

était ce qui constituait la compréhension des choses, — servait à apprécier les actions et les tableaux perçus par la vue, — et que la vision s'opérant jusqu'à présent par l'organe spécial qui semble avoir été créé pour ce petit rôle qui n'est pas certes à dédaigner, tu n'avais pas lieu de supposer qu'une intelligence exaltée suffisait pour pouvoir lire une lettre cachée à l'intérieur d'une poche. — Moi je suis bien de ton avis, mais cela ne suffit pas. Tu ignores donc que si les auteurs avaient toujours le courage de dire ce qu'ils admettent , savaient être logiques , précis , — qu'ils se mettraient à dos toute la secte savante et celle qui veut l'être; — celle religieuse dans laquelle ils comptent les protecteurs les plus importants. — Il faut enfin reconnaître les choses parfois, et toujours les expliquer d'une manière inexplicable, à seule fin que, personne n'y comprenant rien, et que ceux qui ne veulent pas passer pour des esprits faibles et superstitieux puissent dire après la lecture de ces ouvrages: «C'est savamment écrit; comme l'auteur met chaque chose à sa place au moyen de la science ? Il ne va pas se perdre comme tous ces magnétistes, dans les brouillards de l'imagination. — Non, la science, toujours la science.» — Et la personne termine ainsi, contente et heureuse. — Aussi , remarque toujours que le silence le plus religieux succède complètement à ces lumiè-

res de la raison , comme disait an ancien notaire. Ne t'étonne donc plus de ce tohu-bohu de pensées de toutes couleurs, — et compare toujours ces amalgames intellectuels à ces plats de restaurant que Ton appelle poulets d la Marcngo, dans lesquels il y a un peu de tout, pour satisfaire tous les goûts. Voilà pour ce qui concerne M. Louis Figuier.

Je trouve qu'il faut que tu aies le système nerveux fortement constitué pour n'avoir éprouvé que de l'ennui en lisant l'ouvrage de M, A. Morin. — . N'est-ce pas, entre nous , que le cerveau humain est témoin de bien drolatiques choses? mais passons.

La lecture de VEssai d'une nouvelle théorie de magnétisme animal , par Léopold Warlomont ( journal du magnétisme , mois d'août ), paraît t'avoir plus égayée, malgré le sérieux de l'article. — A propos de cette phrase : « Dieu a créé » Vhomme libre, mais il l'a organisé de telle sorte » que ses besoins et ses passions assurent l'accom- » plissement de sa destinée. » Tu me demandes où se trouve la liberté de l'homme, s'il a une destinée à accomplir? — C'est parfaitement juste et je me déclare constater — que la liberté, si elle existe, ne me parait pas visible à la première observation. — La disproportion me parait tellement grande entre le peu de probabilités de 6on exis-

tence, comparativement à celles qui existont contre, — que je prends mon parti sur son absence. — Ce qui n'empêche pas que, dans la mémo phrase, H y ait deux pensées contradictoires. — Si tu lisais beaucoup, tu t'y habituerais, et tu finirais par comprendre que la contradiction fuit cause commune depuis longtemps avec l'humanité. Il n'existe pas de coiffure humaine dans l'exercice de son rôle qui ne la contint à l'élat latent.

Tu as dû remarquer que M. Worlnmont n'eut pas récalcitrant à l'endroit des vues et lecture* A distance a travers les corps opaque*, et il en donne une petite explication qui n'est pas A mépriser, la voici : a 11 n'y a donc rien qui répugne » à la raison dans les phénomènes de lecture, do » caractères bien éclairés , au travers du corps » opaques ; une exquise sensibilité du centre nir» » ceux (tu vois qu'ici ce n'est plus l'intelligence » exaltée) suffit pour expliquer les faits du cet » ordre, qu'on ne nie que parce que l'on ne s'est » pas donné la peine de les étudier. » lit pourquoi s'étonner de ces phénomènes, dit-il plus haut, quand on sait par exemple que (Remarque bien et sois calme ) les dernières nébuleuses , encore visibles dans les télescopes d'IIerschel, ont mis l'éther en vibration, deux millions d'années (vingt mille siècles) avant que nous en recevions l'im-

pression (de Humbold, Connus, p. 475), et cependant lesondes éthérées parcourent 70,000 lieues par seconde! — Qu'e* dis-tu? Ne parle jamais de cela au curé de ton village ; car il te dirait que la révélation divine que l'Église seule possède ne va pas si loin que cela; — qu'elle ne reconnaît pour date à la création que les 6,000 années qui lui ont été révélées, et que c'est bien sufGsant pour nous; — que d'ailleurs l'Église a déjà fait justice de ces hommes qui veulent aller au-delà des lumières de la Bible, qui viennent conter des balivernes de cet ordre, — et que si elle pouvait , elle saurait encore bien faire justice de tous ces bavards et ces philosophes qui viennent dire le contraire des livres saints, et trouverait bien moyen de leur imposer un silence respectueux. — Oui, ma chère sœur, tu verrais cet homme s'agiter et tu n'aurais qu'une chose à faire : ce serait de t'absenter et d'éviter sa rencontre pour vivre tranquille. — Vingt mille siècles ! Ah ! M. de Humbold, je ne vous croyais pas de votre vivant si réfractaire à la foi orthodoxe ; vous en serez responsable devant ceux qui condamnèrent Galilée. Mais vous n'avez rien a craindre de ces éteignoirs; à présent que vous voilà spiritualisé , vous vivez loin de ces sphères intolérantes et anti-fraternelles. — Vos observations sur la création entière vous faisaient trop admirer son auteur pour ne pas être éloigné

de ces êtres orgueilleux et privés de tout amour. — Continuez vos études au monde spirituel; vous avez du travail de préparé devant vous.

Mais il me semble que je parle à feu de Humbold, et que nous ne sommes plus ensemble. J'y reviens donc pour te dire de te consoler si tu ne peux comprendre pourquoi les nébuleuses qui ont mis vingt mille siècles à se manifester à notre petite boule terrestre, peuvent expliquer sans aucun effort le fait d'un somnambule qui voit de Paris ce qui se passe h Saint-Pétersbourg ou en Amérique, au moyen tout simplement d'un centre nerveux rendu très-sensible. — Les spiritualistes qui ne sont pas savants et qui acceptent la dualité chez l'être , — disent simplement que c'est l'esprit, l'âme, si tu aimes mieux, cette partie non tangible pour l'état appelé normal ou matériel, qui a les yeux d'autant plus ouverts que les autres sont les mieux fermés ; qui voit alors , et sait lire dans les lettres les plus sombres, comme dans les pensées les plus cachées ; il est alors dans son domaine et nous présente, par ces faits, son certificat de naissance... à part la date bien entendu. — Pour celui qui a un peu étudié les phénomènes magnétiques avec leurs conséquences, cela ne fait pas l'ombre d'un doute ; — mais nous savons que les explications claires ne sont pas toujours celles que Ton recherche.

Je remets A une autre lettre la suite de mes ré* ponses à tes justes observations. — Je tâcherai de te tranquilliser sur le sort de nos études, qui actuellement sont partagées par un certain nombre d'hommes savants, studieux et sincères.

Quant à moi, tu le sais, je me dispense de tous ces manteaux , que tant de personnes cherchent pour se couvrir. — Je ne connais qu'une chose : d'abord des faits, — puis des raisons qui puissent me les expliquer généralement autant que possible. — Avec cela, je suis aussi indifférent de l'opinion démon portier comme de celle de M. Louis Figuier et C e .

A bientôt ma deuxième lettre,

Ton frère,

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