et 49, calme parfait
Observations. — Nos appréciations étant ou
trop ridicules ou trop compliquées pour convenir au père d'Ernestine, comme nous l'avons dit précédemment, il nous la retira sans s'apercevoir de la différence qu'il y avait entre son état présent et celui dans lequel elle m'avait été confiée, différence incroyable obtenue en un mois de traitement magnétique simplement. Ernestine sortait de la maison , portant une de ses mains seulement à peine une heure dans douze heures à sa gorge, se peignant, s'habillant, se lavant la figure, les mains, et prenant des bains de propreté ellemême.
Cousant, tapissant, tricotant, jouant à la balle, au domino, lisant et nommant très-bien chaque chose par son nom, écrivant et ne faisant qu'une
faute d'orthographe dans six lignes, donnant U main à tous mes amis et sortant des heures daits ma compagnie sans essayer de se sauver, revenant assez à la coquetterie pour savoir arranger ses cheveux et comprendre à un simple petit coup de coude qu'elle devait porter sa main pendante au lieu de la tenir à son cou, commençant même à ne plus confondre les sexes. L'état (hysique était incomparable avec son état précédent, prenant ses repas avec appétit, les selles n'ayant été provoquées que deui fois dans un mois, après simplement trois jours de cessation. Nous étions donc plein d'espoir, et aurions même assuré, en quelques mois de tels soins, remettre Ernestine dans son état normal, surtout si nous avions été aidé du concours du cousin sur lequel nous comptions pour 6xer à jamais la raison dans son domaine. Mais, hélas ! i'homme propose et les événements disposent. Au moment même où j'attirais toute l'attention de cette jeune fille sur cette question, le cousin, que je n'ai jamais vu, tentait de son côté, à mon insu, un dernier effort. Ayant été refusé, faute d'un nom et d'une position fortunée, ce jeune homme s'était engagé dans la marine et avait mis tant d'ardeur à s'instruire et parvenir, qu'au moment même où je parlais de lui a sa cousine, il revenait près de son oncle, père d'Ernestine, lui présenter d'une main son brevet de lieu-
tenant de vaisseau, et de l'autre main lai demander à nouveau celle de sa cousine.
Le père, par des raisons justes à son point de vue, n'accéda pas à cette nouvelle demande, alléguant que la triste position de sa fille ne lui permettait pas un tel engagement, quoique le cousin promettait de la faire soigner et de la respecter comme sa propre sœur.
Tout espoir futur fut perdu à partir de ce jour pour les deux amants; peut-être qu'Ernestine le sut dans ses visions et put alors abandonner la gérance totale de son corps à la femme qui en possédait déjà si tristement une grande partie. On engagea le cousin à se marier, ce qui ne fut pas long. Le père assistait aux noces et, quelques jours plus tard, confiait l'habitation d'Ernestine à d'autres mains. Nous n'en entendîmes pas reparler.
Nous concluons que notre dévouement, dans • cette circonstance comme dans celle du somnambule Illion, cité, dernière livraison, a été tristement récompensé, et que nous eussions été heureux de conduire cette cure jusqu'à la fin avec les mêmes degrés de succès qu'au commencement.
Nous laissons nos lecteurs apprécier nos propositions de possession dans cette circonstance, ne voulant pas les appuyer d'un nombre assez grand de preuves recevables, preuves qui rempliraient an volume.
Qu'on nous permette seulement, à cette occasion, de présenter une proposition qui, peut être, n'a jamais été étudiée, et qui, peut-être, ne le sera pas davantage, malgré ses probabilités d'être. Qu'on nous excuse si nous errons sur elle en faveur du fort ébranlement que nous avons reçu à son sujet dans la courte étude que nous avons faite de l'état d'Ernestine. Ce n'est pas d'aujourd'hui que nous remarquons dans les cas de folie cette dualité de manière de penser et d'agir dans le même être. Si la science médicale' est sans cesse à même de juger cette question, les tribunaux n'en sont pas moins témoins à chaque instant dans les dénégations répétées de toute participation au crime par l'accusé questionné à cet effet. Nous n'entendons pas dire par 14 les dénégations ordinaires du mensonge et de l'astuce dans le but de se soustraire aux rigueurs de la loi, mais nous entendons dire les dénégations toutes de pureté et d'innocence empreintes du vrai cachet de la non-conscience des faits imputés. Si la surexcitation de l'ivresse, si le domaine des rêves, du somnambulisme, de la catalepsie, de l'éthérisation et vingt états semblables naturels ou provoqués nous démontrent la possibilité de ces coupures, de ces absences de mémoire qui, naturellement, font admettre deux genres de penser, d'agir et d'être, si en plus nous pouvons, par les puissances plus
ou moins connues du magnétisme humain, transposer les manières de penser, interposer des faits de mémoire, effacer plus ou moins facilement et longtemps la connaissance du moi de l'être par une substitution d'un autre moi qui s'est emparé réellement ou idéalement de son individualité sous notre dépendance, ne pourrait-il pas arriver naturellement, spirituellement ou artificiellement, par ce fait, que le propriétaire d'un corps humain se trouvât être l'auteur de choses dont il n'aurait coopéré en quoi que ce soit à leur exécution de sa propre volonté, choses non inscrites dans le domaine de sa mémoire et, par conséquent, hors sa connaissance? La jeune fille qui affirme aux pieds de l'autel sa virginité, toute déflorée qu'elle est; la femme chaste et fidèle qui affirme sur serment sa pureté, toute adultère qu'elle a pu être ; le menteur même, qui affirme cent mensonges différents, ne pourrait-il pas dire des vérités selon l'être qui parle, vérités qui se trouvent être des mensonges pour celui chez lequel, au nom duquel et par lequel ils se sont débités?... Le somnambule artificiel qui, dans cet état, peut être un poète distingué, tout en ne connaissant pas, dans son état normal, PAB C; celui qui peut être par le même état un excellent musicien, tout en ne pouvant lire une seule note de musique hors cet état; celui qui, en linguistique de premier ordre,
parle l'hébreu, le grec et d'autres langues qui lui sont 8ussi inconnues qu'à la société qui l'écoute, prouvent de deux choses lune: ou l'être atteint à ce degré de savoir par lui-même, ou, comme il l'accuse, un esprit savant dans l'ordre des choses qu'il traite le possède et fait agir en son nom et puissance les ressorts de son corps à cette intention. Si on préfère la première proposition « extension du savoir de l'être qui seul agit » , on admettra que ce savoir était inconnu de celui qui le possède dans son état normal comme dans son état anormal, et que ces facultés passagères en manifestations ne se sont point inscrites dans le domaine de sa mémoire matérielle, puisque, rendu à ce même état normal, il est le premier à nier ce qu'on lui dit du savoir et de l'adresse de son corps. Cette simple observation nous conduit jusqu'à devoir admettre qu'il peut exister des états inconnus et non étudiés chez l'homme, états qui, comme dans le somnambulisme provoqué, seraient des accès momentanés d'une semblable faculté d'agir en dehors des dépendances de la volonté et de la mémoire matérielles, par conséquent mettant l'être dans son droit, en trompant les autres comme il est trompé lui-même.
Je tremble d'aborder cette question. Je n'ose la développer même telle que je la comprends, car elle est trop grosse de troubles que je veux éloigner
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