‹ Magnétisme: encyclopédie magnétique spiritualiste (volume 2)Chapitre 33 sur 42 · LE PEUPLE ET LE PAPE · texte numérisé non relu

LE PEUPLE ET LE PAPE

Une brochure ayant acquis une certaine célébrité en nos jours, tant par la plume puissante à laquelle on l'attribue que par les questions qu'elle traite

avec autant de savoir que de réserve etde prudence, soulève en nous le besoin de l'étendre, s'il nous est possible, non par la lucidité de la diction ni par le calme des appréciations, mais par le droit que nous devons posséder de manifester notre opinion sur le sujet qu'elle traite.

Quand nous voyons toutes les têtes raffoler de cette question et toutes les plumes voltiger sur son domaine, nous pouvons bien, en notre qualité de condamné par le sacré tribunal romain, nous mêler à cette discussion, moins religieuse que philosophique, et dire ce que nous en pensons.

La brochure de laquelle nous parlons a pour titre le Pape et le Congrès. Nous donnons à notre article celui de le Peuple et le Pape. Le premier est de toute civilité, le nôtre est de tout droit.

Si Ton admet que les peuples aient précédé les papes dans la création, ils ont bien le droit de préséance sur eux, selon nous.

Si les dates catholiques sont de quelque importance dans cette question, elles nous disent que le Christ, instituteur en premier lieu de la papauté (d'après le droit que s'est arrogé cette Eglise d'affirmer ce fait), n'est apparu sur la terre que quatre milleans après la création humaine. Par conséquent, les peuples l'ayant précédé de quatre mille ans dans

cette existence, légitiment ie litre de cet «crit.

Si la brochure en appelle au Ccnurrès ponr apprécier les propositions qu'elle contient, t'est que, pleine de respect pour les choses établies, et partic jlièrement pour une institution téoérée jusqu'à nos jouis plus par les masses que par les penseurs, l'auteur croit devoir doooer an gage de sa BMauissioo à ua jugeaaeat d'autant plus éclairé qu'il est formé d'éléments divers.

Si, dans notre article, noas ea appelons aa contraire au peuple, c'est que noas pensons qu'étant ie créateur, ou au moins l'approbateur en premier lieu de l'institution papale, il a seul le droit de prononcer sur elle en la conservant on en l'annulant à son gré.

~~ Que représente un roi dans une nationalité? La olonté de Dieu , disent les prêtres : nous pourions affirmer le contraire si nous voulions (aire preuve un tant soit peu de libre arbitre et ne pas insulter Dieu.

Le roi peut abdiquer ou manquer à ses engagements , mais le peuple peut, comme corollaire, le déposer et le faire relever de sa justice.

Un prophète, un pape, s'ils ont les mêmes droits, sont soumis aux mêmes dépendances»

Admettons un moment que le Créateur n'ait ac-

cordé quoi que ce soit de libre disposer à sa création : il n'a pas, dès lors, à accuser son ouvrage de produire ses impositions. Par ce fait, le crime et la vertu sont deux mots vides de sens. Ce qui est doit ilre.

Admettons, au contraire, que le Créateur ait permis à sa création la. si m pie appréciation d'elle-même et de disposer de son admiration envers son œuvre, il faut pour cela qu'elle dispose de ses moyens de perception et qu'aucune puissance n'entrave ses locomotions. Si le Créateur trouve bon de commettre à cet effet des êtres d'élite afin de faciliter à sa création cette grande et noble étude, c'est qu'il leur en donne les moyens et non leur impose les fers de la foi,<jui suppriment la perception, d'où découle l'esclavage. Qui en agit ainsi est répréhensible aux yeux du Créateur comme à ceux de la création.

Un Créateur qui disposerait de tels êtres sans assurance de leur perfection pour accomplir l'œuvre qu'il se propose, s'exposerait à la déconsidération dans son propre domaine et ne serait plus l'homnicient par excellence.

Si de tels êtres existent, ils doivent donc être pourvus de tous les moyens d'un professorat infaillible et non de ceux d'imposer une ignorance absolue des choses à étudier.

L'infaillibilité, c'est la vérité en toutes choses, et la vérité en toutes choses c'est l'anéantissement de l'argumentation, c'est la lumière éclipsant les ténèbres, c'est l'agrégation de tout ce qui cherche, c'est le point de repère de toute orientation.

Si le Créateur ne peut imposer l'admiration de ses œuvres, il ne peut pas plusen empêcher l'étude; ou ce serait atteindre par un but détourné à une adulation indigne dSin si grand Être !

La liberté-absolue de la création dans cette question unique est on ne peut plus nécessaire et doit être on ne peut plus protégée par celui-là même qui la lui a accordée.

Si quelques corpuscules de cette création s'élèvent lentement en esprit par l'effet d'une macéraration plus ou moins sédentaire vers le sommet du sujet de leur admiration, ces corpuscules sont loin de donner l'exemple d'un état enviable à ceux qui les voient plus exigeants, plus tyran niques, moins pleins d'amour et de générosité qu'avant cette élévation, sans profit aucun pour le bonheur de tous.

Qu'arrive -t-il donc en nos jours dans les relations "Ses masses avec ces parties d'elles-mêmes qu'elles commettent à leur direction ou qui y ont été corn* mises par le Créateur même, suivant elles ?

Il arrive que ces guides sont sujets eux-mêmes

a faire fausse route, ce qui détruit toute infaillibilité et les force de ne plus pouvoir marcher en avant sans le secours de ce qui constitue le ralentissement, par conséquent l'entrave et la compression de ce qui ne peut ni ne doit pas être entravé ni compressé.

L'on ne peut invoquer ici le prétendu pouvoir dans une question d'admiration! qui que ce soit ne peut commander que telle chose soit bien si les moyens de compréhension chez l'Être sont soumis à une vibration relevant d'une succession d'appréciations qui lui appartiennent et qu'on ne doit pas diriger. L'enseignement même n'est pour nous qu'un écho permanent que nous écoutons selon les dispositions des pensées de notre être , mais ne disposant en quoi que ce soit de ces pensées.

La création, ainsi imposée, en appelle alors aux droits qu'elle a reçus du Créateur; ne pouvant élever ses plaintes jusqu'à accuser Celui qu'elle doit admirer, elle cherche à droite et à gauche meilleure orientation, et fait par conséquent passer ses prétendus guides en queue des groupes qu'ils voulaient conduire.

Ces guides en appellent à leur tour à la force ignorante, au lieu d'en appeler à la raison; à la pression, au lieu d'en appeler à la liberté; à la malédiction, au lieu d'en appeler à la fraternité.

Leur infaillibilité disparaît devant le pi as pauvre argument; l'autorité de leur savoir devant la plus simple question ; leur extension devant la désaffection, et leur divinité devant les besoins de la chair.

Ces hommes, résumons-nous, nous sont imposés par le Créateur, et ce qu'ils nous imposent euxmêmes de croire, est que ce Créateur craint d'accorder à sa création la connaissance de ses œuvres en exigeant d'elle l'admiration sans liberté d'appréciation. S'il en est ainsi, nous n'avons qu'à baisser" la tête, comme des pantins, devant ce Maître absolu.

Si au contraire, — comme tout le prouve, — ces hommes sont commis parleurs frères à les conduire, les instruire et les harmoniser , ces derniers peuvent, en tous les temps, modifier et rompre au besoin l'engagement précédent en vue d'un ultérieur, ou deseconduire, s'instruire et s'harmoniser eux-mêmes.

Que le peuple fasse dans sa demeure ce que le pape fait dans la sienne, chacun sera plus dans le vrai de l'appréciation de l'œuvre divine que parqué sous la conduite d'un berger inexpérimenté dans la conduite du troupeau.

L'appréciation exige la méditation; la méditation

exige l'isolement ; l'isolement contient seul la liberté de l'admiration.

Que le peuple soit plus peuple, et le pape moins Dieu, tout n'en ira que plus dignement , et n'en sera que plus en rapport avec les droits de tous.

La brochure en question ne peut allier le pouvoir temporel au pouvoir spirituel en vue des contradictions jjui existent entre ces deux autorités; en cela, elle est dans le vrai; mais un vrai, bien plus vrai existe, c'est que le corps ne peut être séparé 'de l'âme dans l'état matériel sans faire converger lenr liberté commune vers le néant. Quand l'Ame commande à son habit de rester à genoux pendant un temps quelconque pour faciliter son humilité de s'élever jusqu'à son Créateur, elle annule par ce fait la liberté de cet habit qui, lui, serait plus dans ses affections en agissant peut-être dans nn sens opposé.

S'il plattun jour au pouvoir spirituel du pape d'étendre la détention humaine au delà de ses couvents, ou décommandera Tâme, de par Dieu, telle ou telle action contraire au pouvoir temporel du roi, l'âme, qui est l'agent du corps, le transportant où elle veut, annulera par ce fait le pouvoir temporel du roi devenu fictif. Voyons à cet effet, à l'heure d'un combat, le chef spirituel commander aq* siens

d'embrasser ceux que le pouvoir temporel commande de combattre, quelle cacophonie d'exécution en ré* su Itérait?

Non, l'Ame ne peut être imposée de payer Ce que le corps ne peut solder. Par conséquent, te pouvoir temporel et !e pouvoir spirituel ne peuvent être imposés plus l'un que l'autre.

Limiter les pouvoirs de la puissance spirituelle fut toujours laquestion proposée dans tous les temps sans pouvoir recevoir d'exécution, en -ce que l'infaillibilité et la sagesse absolue n'étant pas du domaine de Tétat terrestre, la permanence de la cbose souscrite devient sujette à variation, et le bien attendu du bon devietif le mauvais évité du mal.

Nous concluons donc que la libre direction du spirituel et du tempotel dans la question religieuse ne peut appartenir qu'à chaque être et non à un commandeur d'êtres.

La puissance papale est une erreur de l'esprit humain, puissance qui, naturellement, pèse sur le peu* pie de toute la force dont il Ta investie.

Transposons, au titre le Pape et le Congrès, celui de Dieu et VHorntne, et laissons s'éteindre paisiblement dans ses agitées combinaisons ce reste d'autorité contraire à Celle divine ; et du plus simple bon sens*

Sachons une fois pour toutes ne pas aller chez les gens que nous n'invitons pas à venir chez nous.

Dieu est en tout lieu; son plus beau temple est le cœur de qui sent le besoin intime d'une union divinico-humaine. Tout intermédiaire entre celte union en distancie le mérite et en compromet la réussite.

Chicaner aux pieds des autels sur la valeur de tel droit, de tel concile ou de tel engagement, c'est imiter la gejit querelleuse du barreau, qui n'aime parler justice que pour les besoins de son budget.

Faisons mieux : appelons-en à une séparation de corps et d'alliance spirituelle. Il vaut mieux se tourner ledos que se regarder pour s'insulter l'un l'autre.

Plus de religion d'État. Que chacun ait ses temples et ses dieux ; que l'État se contente de surveiller les uns et les autres. Si lès dieux deviennent trop bruyants, qu'il les renvoie au ciel; si les prêtres deviennent trop insolents, qu'il les corrige. Si les croyants deviennent trop ignorants, qu'il les fasse instruire.

Que les armes de la guerre et de la discussion ne viennent pas offrir aux cieux le triste spectacle des égarements et des sottises du prétendu roi de la création, mais bien le calme du libre penseur et du

digne religieux ! calme qui oe domine et ne troubla qui que ce soit.

Ma maxime en religion e<t : Chacun chez toi et non Chacun chez lous. Mou opinion sur la royauté d'un chef religieux est de la clamer parmi les choses inutiles, sinon dangereuses; et mes aspiration* eu connaissances spirituelles sont un meilleur exemple d'en haut et une moins sotte dépendance d en l/at.

Pa<x;kj>,

Si Lamartine, l'atocat de l'âme humain*, ai Pelletan, l'avocat du corps émettent Jeu* opit»ioft sur le progrès au dix -neuvième sièele, *uoi, non moins aspirant k cm procès maifc d£sespé*aut d* !e voir triompher un jour, je teu* due paiement mou mot sur cette question,

Le progrès n'est pas, selon moi, dans U consti action du Louvre ni d*n# le* mille et une singeries dites bonnes manières du jour, puisque cent palais non moins beaux et plus grandiose* sont disparu* sous les pas du vieux Saturne, et que les bonnes manières anciennes de tous les pays (dits civilisés)

— 37S — sont des exemples inimitables en ce genre d'absurdités.

Le sauvage, l'Adam du jour, qui s'extasie devant un collier de verroteries et l'arrache, sans plus de soucis, du cou auquel il est attaché, n'est pas autrement constitué que ce gentleman jouant son dernier louis au Jockey-Club pour gagner deux ponneys qu'il a rencontrés dans les Champs-Elysées, et qui, si la chance ne lui sourit pas, escroquera demain ce qu'il veut obtenir légalement aujourd'hui.

La coquette qui voit une robe ou une coiffure de modes nouvelles ne raffole-t-elle pas, à l'exemple du sauvage, pour ces collifichets qui, à l'occasion, lui feront échanger son honneur du jour pour les obtenir, en attendant d'autres nouveautés semblables qui engendreront semblables folies?

Les chemins de fer moins soucieux de la sécurité humaine que d'exploitation.

Les usines en général, comptant moins avec la misère du peuple qu'avec ses appétits.

Les savants de tout ordre, comptant moins avec la vérité de leurs propositions qu'avec le brindille de ruban honorifique dont on les pare à ce sujet*

Les gouvernements, comptant moins avec le»

heureux qu'aveô les victimes qu'ils font.

Les justiciers, comptant moins avec l'équité qm'avec les noms dont on les décore.

Les pasteurs, comptant moins avec l'innocente crédulité du peuple qu'arec les gros sous dont ib emplissent leurs poches, ne sont pas pour moi des signes de progrès ; ce sont tout au plus des successions de manières semblables de bêtifier, voler, exploiter, briller, dominer, fouetter et rire des hommes ainsi que de leur faiblesse.

L'arbre rapporte-t-il double fruit, et fit-il le double d'âge entouré de tous les engrais scientifiques de nos jours?

Le grain de blé se montre-t-il deux fois, malgré les machines à vapeur qui lui ouvrent la terre, les drainages qui l'engraissent et les mécaniques de tous genres qui le conduisent des champs dans l'estomac humain ?

Le bétail met-il bas double progéniture?

La terre grossit-elle? L'espèce humaine diminue-t-elle? Non, tout ce qui est a toujours été, mais d'une autre manière. . . Joies et douleurs, vous ne pouvez disparaître de l'état terrestre I Que m'importe alors le progrès qui me commande de rire sans desserrer les lèvres ou m'ordonne d'essuyer mes pleurs avec un tissu plus fin ? Misère en

sabots, misère en bottes vernies, sont bien une seule manière de souffrir pour l'homme !

Plaisir en toilette de ville ou en toilette des champs, sont une même manière de dilater ses nerfs, sans qu'aucun engrenage, aucun protocole, aucun sourire de mode puissent le faire autre que ce qu'il est au fond.

Pelletan est dans son droit de croire au mieux, parce qu'il croit voir mieux, et Lamartine est dans son droit également en niant le mieux, parce qu'il voit que ce mieux, n'est qu'une manière de satisfaire aux besoins successifs qui sont placés dans le sac de nuit du voyageur terrasco-humain.

Le progrès n'est pour moi que le cinquantedeuxième dimanche de l'année, ressemblant aux dimanches précédents en ce que la messe est dite par tel curé plus ou moins brillant d'habillements et d'éloquence, mais toujours curé, ce qui est dire toujours au même point ; ou que la danse est ouverte par un orchestre plus ou moins nombreux et bien décoré, sous la conduite de musiciens qui n'ont pas ajouté une noie de plus à la gamme, par conséquent toujours musiciens.

Que, jeune fille, jem'enrôle sous la bannière de la Vierge ou sous l'archet du violoncelle* il en

résulte qu'un curé me sermonne sans cesse, s'il ne méfait que cela, ou qu'un musicien me fait sauter sans cesse s il ne me fait pas tomber.

Je ne vois qu'un progrès possible et accessible a l'espèce humaine, c'est la connaissance et la culture de toute une étude qu'elle a gravée ail môme degré dans chacun des membres qui la composent : E l ude des œuvres de l'Eternel ; étude immortellement progressive en ce qu'elle assemble double et quintuple a l'occasion, tous les savoirs et tous les bonheurs possibles, dominant les appétits de la chair et agrandissant les satisfactions de l'esprit. . . conduisant au stable et laissant là l'actualité frivole du jour. . . ; commandant la fraternité et défendant l'exploitation...; enseignant la dignité et condamnant la bassesse ; imposant l'égalité et méprisant le serviteur et le maître.

Voilà le progrès non pas que je rêve, mais le mbul existant, le seul qui nous attend et le seul qu'il faut que nous adoptions tous un jour. • . Entendez-vous, jeunes lions à la barbe en collier, jusqu'à ce qu'on vous la fasse porter en barbiche?. . • Entendez-vous, jeunes lionnes à robes à crinoline, jusqu'à ce qu'on vous en fasse portera laromaine?. . Oui, mes enfants, il vous faudra revenir à des usages

plus stables et plus progressifs en même temps, en ce qu'ils vous rapporteront chacun autant de joies que les vôtres présents nous rapportent de dépit. . . Ne minaudez pas à cette petite prophétie, prenezen au contraire vôtre parti, et commencez au plus tôt par être des êtres comme vous devriez être.

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