STANCES
•'• Toute église desservie par le prêtre n'est, au point de vue du penseur spiritualiste, qu'un rendez- vous d'intéressés ; elle a plus de laisser-aller que de justice divine.
.*. Là où l'intérêt guide le prêtre et le fidèle, il y a réprobation*
•'. Il y a intérêt dans toute demande non-conciliable avec la justice divine.
.•.La véritable religion ne consiste que dans
l'amour fraternel. Le cœur de chaque être en est le temple, le nom de Dieu en est la loi.
.*• Je ne dois demander quoi que ce soit à celui qui m'a donné tout ce qui m'est utile de posséder, que d'en user harmoniquement.
•*.Si Dieu cessait un seul instant de veiller sur la conservation intégrale de toutes les parties de son œuvre, l'existence même de cette œuvre serait compromise*
.-. En créant son œuvre, Dieu Ta créée dans un but, et un but divin ne peut faire supposer d'erreur, d'imperfection, ni de correction. Chaque chose divine est donc à sa place en vertu de ce qu'elle doit être, et chaque chose humaine en vertu de ce qu'elle peut être.
Des vagissements de l'enfant aux cris de douleur de l'homme.
Des plaies putréfiées au broiement des membres.
De la guerre à la paix.
Du trône à la république.
Du prêtre au fidèle.
Du seigneur au décrotteur, chaque chose est à la place, non que Dieu lui a assignée, mais à la place nécessaire de l'œuvre que Dieu a permis à l'homme d'entreprendre, eu vue de ses propres satisfactions! Les pièces de cette œuvre sortent de Dieu, il est vrai , mais l'assemblage de ces pièces sort de l'homme... C'est, comme nous l'avons dit différentes fois, r alphabet des causes avec lequel on peut produire tous les effets.
.'. Dieu ne doit pas plus redonner la vie et la forme à un membre écrasé par un manque d'attention dans ce tohu-bohu delà construction de l'œuvre humaine, qu'il ne doit en conduire le travail luimême, en ce que ce serait nous enlever le bonheur de faire selon nos vœux et nos affections. Dieu n'a dû, dans son immense prescience, que créer une scie pour couper ce membre, et un bras qui sût la conduire.
,*• Là où il y a la moindre liberté d'action, on ne peut l'entraver par la prière qui équivaut a dire : agissez en mon nom, et donnez m'en tout le profit sans responsabilité de ma part.
.'. L'homme fonctionne par lui ou par Dieu.
Par lui, c'est en vue de la responsabilité... qu'il implore la lumière divine simplement pour agir plus harmoniquement.
Par Dieu, c'est en vue de l'esclavage. L'esclave n'a rien à demander à son maître, vu que le maître n'accorde que ce qui sert ses intérêts.
.*. Agissant par lui, l'homme ne doit pas craindre la responsabilité d'avoir fait, selon lui, le mieux qu'il a pu.
N'agissant pas par lui , l'homme ne doit pas craindre la responsabilité d'avoir fait ce qui lui était imposé de faire.
.*. L'homme jouissant de toutes ses facultés de penseur ne peut se servir que d'un seul langage envers Dieu, qui est le langage de l'amour. Aimer celui qui l'aime est le devoir de l'homme.
.*. L'amour divin ne se traduit pas par des mots ni par des signes. C'est une sensation générale de tous les constituants de l'être, sensation que l'église ni le prêtre ne peuvent produire; mais que produit la connaissance de la plus imperceptible partie de l'œuvre divine.
— i86 — C'est l'appréciation du beau , du bien et du vrai.
C'est pouvoir dire que toute chose est bien en vue de la lucide et de la sage distinction qu'on sait faire de l'utilité de chacune.
C'est rendre à César ce qui appartient à César.
C'est voir en Dieu ce qui n'est qu'en Dieu.
L'Église est donc une création de l'état matériel.
Le prêtre est le premier pas fait par l'homme dans le sentier de l'orgueil.
•*.Un être fait de toutes pièces de la chair et de l'esprit de Dieu ne peut méconnaître son père, et peut encore moins permettre des intermédiaires dans ses relations divines.
.-. Tout être connaît Dieu... tout être sait qu'il est inférieur à Dieu, et toute infériorité fait supposer le besoin d'unir le faible au fort.
Le fort a prévu et ne refuse jamais cette union à qui la sollicite.,. Que chacun sache donc la solliciter lui-même; car admettre la voii d'un tiers
dans cet amour, c'est n'en pas savourer tes prémices... C'est l'ingratitude de la pensée, c'est l'indifférence du cœur... c'est la cessation de toute existence !
.*. L'Église dirigée parle prêtre est le cercueil de la dignité humaine.
Quand donc l'homme saura-t-il n'avoir pour autel que les cieux auxquels sont attachées éternellement toutes les lumières de ses admirations!
Que la terre dans laquelle sont déposés tous les approvisionnements de son être !
Que son foyer où se distillent tous ses amours, se satisfont tous ses justes désirs et éclosent tous ses humbles espoirs !
.*. Quand donc saura-t-il baiser avec respect ce pain quotidien dont la munificence de l'Éternel charge sa table, sans jamais en attendre un merci !
.•.0 pauvre créature I tu préfères t'agenouiller et baiser les pieds de ton semblable que de te découvrir devant la moindre Deur des champs! L'une est pourtant plus digne que l'autre de ton salut.
Ta sotte igùorance ne me rassure guère contre ton ingratitude, et tes ridicules facéties prétendues religieuses ne me rassurent pas contre ton hébétude éternelle.
Alp. Cahagnet.
Paris. — Imp. de L. Guérin, rue du Petit-Carreau, 36.
AVIS A NOS ABONNES.
Cette livraison est la dernière de rabonuumuijf à Y Encyclopédie magnétique ëpiriiualUtr d** 1H01 , et clôt eo même temps le tome VI de cetlr publj cation. Nous prions donc nos abonnés <J<* n*- pouii mettre de retard dans leur adhé&ion ù l'^bouiiMiàMif pour 1862^ s'ils ne veulent pas eu /'piouviii *.u> mêmes à recevoir cet ouvrage. Nouj> w ii iw un noncerons pas, i l'exemple des publ^iin/w p<;;>u ques, qae leur nombre s'auginenU' d 'ann«> m > mu née; au contraire, nous leur du ou* qu'il d*um,vi* d'année en année ; réduit pour le iuoiumji u «^ rante environ, à 6 fr. par au, ce qui now dow** la somme de 240 fr* sur 000 que oout *><,!#;• j* payer à l'imprimeur, ce n'est que >>ijU U. Ruinons avons à trouver dans lu uisse 4*- jMi« u^v^il de coupage de cois, et bien un p<;u don* <,«Mit <Jr quelques privations. Nous eu tommet u uwb <ii ; mander si vraiment nous soujiu»* b* pui- <J«- iA/ genre d'études en nos temps si bon uouibu; d'enfants de notre maison n'oul pas lu;u de um;u* se réjouir que nous du produit d</ nos Mj&eiguuiuuiitii, et si nous ne serions pas passé iugiateineut au rayon des articles usés? Nous ne savons quoi répondre. Nous espérons que le temps répondra pour nous. En attendant, mm n'avons pus lieu de nous louer
de notre amour de la vérité et de notre épuisement de toute nature A la trouver et k l'enseigner. Ne nous plaignons pas; peut- être que notre classe d'étude est plus pleine que nous le méritons. Advienne que doit, et espérons commencer un tome septième de Y Encyclopédie magnétique, dont notre * poignet ne se fatigue pas de tenir le drapeau, n'en déplaise aux éteignoirs de tout cénacle et de tout autel.
Nous ne prenons aucun engagement pour ce genre de publication ; il pourrait nous arriver de proGter de son cadre, comme nous l'avons fait à sa naissance, pour publier d'autres ouvrages que nous avons en portefeuille, comme nous avions la Magie magnétique et Y Abrégé du Traité du ciel et de Venfer, d'Emmanuel Swedenborg. Nous en instruirons nos lecteurs à l'occasion. Que ceux qui attendent qu'un volume soit terminé pour l'acquérir à meilleur marché cessent cette économie qui nous est onéreuse. Que ceux qui croient que c'est un devoir de propager nos consolantes révélations, s'en acquittent s'ils ne veulent pas être inscrits au monde spirituel sur la liste des égoïstes, des peureux ou des indifférents. Que chacun se pénètre bien de l'idée d'une espèce de responsabilité en ce genre, qui sera étudiée au tribunal fraternel d'outre-tombe. Àlp, Cahagnet.
ÉTUDES SOMIUIBULCJE^
Vb« et Voyage cm Cliyw, pa
Gustave de Saint-Paul a bien la ?:i* /.«•« -*** d'enfant que je tannaisse. Az4 le a*-*/ «*- *-* n'est pas sans une certaine h**, ta -mi \ \* m ** **~ sayé sur lai l'action maz-*:t r*^- « f cr-z**' *-** beaux yeux-là? me disais-j»*. i:M :.*c /*--** -*-~voir ouverts, pourquoi m£ Cr>? £-'■- * •.-->*' * ** qu'il nous est permis de cicLi'-'r* 7 t v- * .*■ /.* * créature ne peut me conter ç.t .\i :'^f *:>:--que. Hélas! celui sataniji*: et * t*rrt r>: c-y* **sez rembruni pour mon w.r. «at -t tvafu f tf davantage aux beautés té.**:**. >\»l, k Ui^t vLtr Gustave dort du sommeil de§ n-un'.*, j V* fçfw un petit voyageur terrestre. Il t*t toupie, «rdcut et curieux, il sera le télescope de préai.tctK/u que j'ajusterai, à l'occasion, dans telle ou telle direction qu'il me plaira de connaître ; mais je n'en abuserai pas, car il est bien jeune pour mou atelier d'optique spirituel. »
Pendant que je fais ces réflexions, la main tendue sur le front si pur de mon petit espiègle set paupières s'abaissent, ses longs cils se croisent, sa tête se penche à droite et ses bras tombent le long
du corps. Encore quelques minutes, et .notre objectif sera au point.
D. Comment te trouves-tu, mon ami?
R. Bien, frère (1).
D. Que cherches-tu à voir en ce moment?
R. Ma petite Marie (petite nièce de Gustave, Agée de quatre années).
D. Elle est peut-être chez tes^arents?
R. Non frère, je l'y cherche et ne l'y vois pas.
D. Tu vois donc la maison de tes parents ?
R. Oui, frère; puis maman et papa, qui vient de souper et va se coucher.
D. Et ta maman,.que fait-elle en ce moment?
R. Elle trait une vache. Ce n'est pas sans peine, car elle a bien mal au doigt.
D. Quel est ce mal ?
R. C'est une piqûre de fourchette. Elle se 1 est enfoncée sous l'ongle du pouce de la main droite, et ça lui fait bien mal.
D. Met-elle quelque chose dessus ?
(0 Gustave est depuis deux ans en pension ; à te Maison, ses parents, croyant (d'après de nombreux troubles qu'ils ont éprouvés) que, sous mon WjbnmgM la vie et la raison de ce jeune enfant, qui déjà de trèsbonne heure a subi les méchancetés humaines, me le confièrent après une tentative d'empoisonnement qui m concevoir très-peu d'espoir de sauver intacte sa ranon. ^onrtftal, te réponds d'en faire un homme ordinaire au moins. Ses parents lui ont appris à me nommer son frère, nom qu'il me donne et prononce avec beaucoup d amour.
R. Je n'y vois rien.... Oh! voilà ma sœur; puis Marie, je crois. Mais je ne puis voir sa figure. Pourquoi donc, frère?
D. Parce que tu ne t'appliques pas assez à la regarder.
R. Oh! si, frère. Je la vois bien; je la reconnais bien ; je sais bien que c'est elle, et sa figure me paraît tout obscure. Je ne peux reconnaître ses traits.
D. A-t-elle la tète enveloppée?
R. Je ne peux bien voir; mais c'est bien elle. C'est-y drôle que je ne peux la voir ni l'embrasser ; elle ne me boude pourtant pas.
D. Où la vois-tu?
R. Dans la maison de ma sœur (sa mère). Je vois même le chatqui se promène sur la muraille.
D. Puisque ta vue est si bonne et tes jambes si souples, si tu le veux, nous ferons un voyage ensemble. Tu désires beaucoup voir la mer et voyager dessus, viens avec moi, je vais te conduire au Havre, où sans doute nous trouverons un navire qui nous portera où nous désirerons aller.
R. Ohl je le veux bien, frère; allons en Chine, voulez-vous ? J'ai tant envie de voir les Chinois, que je n'aurai pas peur sur la mer.
D. J'en doute fort, et je crains de plus que ton envie se passe en route ; mais, pour en essayer, partons.... Vois comme nous marchons vite et comme
j'ai It puissance de rapprocher le Havre de nous... M'y voilà rondo. Y est- tu?
R. Je ne sais pas, frère.
D. Que vois-tu?
R. Beaucoup d'eau.
D. Est-ce à perte de vue?
R. Non ; c'est bien grand, mais je vois les bords*
D. C'est que nous sommes dans un bassin qui contient beaucoup de navires, et par conséquent celui qui doit nous porter en Chine.
R. Je ne vois pas de bassin, frère, ni de navires.
D. Que vois-tu donc ?
R. De l'eau dans des murailles.,. . Mais ce n'est pas un bassin, ça.
D. Que comprends-tu par un bassin?
R. Comme madame Ledanois en a un.
L'enfant, confondant un urinoir avec ce que je désire lui faire voir, je lui dis à nouveau:
D. Regarde bien s'il n'y a pas de navires sur cette eau que tu vois.
R. Oh! en voilà un.,.. Que c'est grand, un navire!... Comment monter là-dessus?... Aidez-moi, frère. Ohl j'y monterai. Bon! m'y voilà. Tiens l comme ça remue.... Oh! toutes ces toiles!...
Comme il fait du vent!... Nous voilà partis!... Oh! mais je ne veux pas tomber*... Comme l'eau cla* tue sur le bateau : ça fait claque! claque! cla*
que.... Le fceaa MleilL— . Le iea* <
plus fort; tes marias p«"leat U*i5 toile*. Qme c'ert
dr*Ie!
D. Os toiles se nomment des voiles.... Yois-ta la terre, au loin?
R. Non, frère , je se voê que de Tem. Oh!
mais ça fait un dr&e d'effet.... Je ne veni pas tomber....
Le petit voyageur se cramponne à son siège, croyant se cramponner a quelque sabord, puis il se met à rire.
D. Qui te fait rire ainsi?
R. C'est un marin qui a laissé tomber son mou* choir dans l'eau, puis il l'a rattrapé en descendant dans un petit bateau. Les autres marins se sont mis à rire. Je ris de les voir rire.
D. Ne vois-tu pas la cuisine et le petit mousse qni Tait la soupe?
R. Je ne sais pas où elle est, la cuisine; mais les marins vont manger la soupe... ils n'ont pas d'assiettes.,, ils mangent tous à un grand plat.*.. Quel drôle de plat; il est entouré de bois.... Je no sais pas si le dedans est comme nos assiettes; mais c'est blanc tout de même.... En voilà un qui a reçu un coup de cuiller sur la main parce qu'il allait trop vite.... J'aime mieux des assiettes.
D. Combien vois-tu de marins?
R. Ils sont sept et le petit mousse.
D. Vois-tu le capitaine? Regarde vers le derrière du navire; sa chambre y est.
R. Je la vois bien.... Je ne sais pas si c'est le capitaine qui fait tourner un gros machin rond et carré : ça fait aller le bateau d'un côté et de l'autre.... Il vient de le faire tourner. Il était temps, disent les marins, car nous allions nous cogner contre un gros caillou. Je ne sais pas comment on appelle cette grosse pierre-là.... Tenez, regardez comme elle est grosse et comme elle s'en va.... Est-ce qu'elle marche aussi, frère?
D. Non, mon ami. Cette pierre est un rocher; et si le capitaine n'avait pas bien fait tourner le goilternail, nous eussions péri.
R. Ce machin-là s'appelle le gouvernail, ditesvous? et puis le rocher ne marche pas?
D. Non; c'est nous qui marchons. Tu dois t'en apercevoir, car nous allons arriver en Chine.
R. Où donc qu'elle est, la Chine? je ne la vois pas.
D. Je ne te croyais pas si mauvaise vue. Regarde bien devant toi; elle y est.
R. Mais non, frère; je ne vois que l'eau et le ciel, qu'on dirait qui trempe dedans.
D. Comment, toi qui vois toujours les lieux dans le lointain dix minutes avant moi et me sers ordinairement de longue-vue, tu ne vois pas une grosse masse de terre dans le lointain?
R. Non frae; il mj a wbtmt pas 4e Mages ai ciel.
D. Regarde bien, tu t» FaperceToir a FuBtaat.
L'enfant lait des efforts inouïs pour découvrir h terre dans le lointain. Ce n'est que dix après mon encouragement qu'il ne dit :
R. Oh! je Toisdn noir là-bas... mais c'est!
loin. Nous n'y sommes pas si c'est la Chine que ce noir-là.
D. Oui, nous allons y armer à l'instant.
Malgré les efforts de persuasion et de descriptions que je fais pour abréger ce voyage, je ne peux y parvenir. Ce n'est qu'après quinze minutes, où mon petit voyageur dit le bateau être arrêté, et descend à terre sur mon invitation.
R. Tiens! s'écrie-t-il, c'est du sable que cette terre-là....
D. Les abords de la mer sont comme cela. Mais allons dans la terre; voilà la route qui conduit chez l'empereur de la Chine, suivons-la.
R. La route n'est guère belle; mais la terre, c'est-y gentil... c'est-y bien propre... c'est des tout petits carrés. ... Papa ne la cultive pas comme ça.... J'aime mieux ce que je vois.
D. Vois-tu des choux ou des légumes que ta connaisses?
R. Non, je ne connais pas ce que je vois; je n'ai jamais vu des feuilles comme ça.
D. Est-ce que tu ne rois ni des cultivateurs ni des maisons?
R. Non, je ne vois que ces petits carrés de terre-... Oh! voilà une maison.... c'est pas grand; c'est pas beau....
D. Entre dedans, et demandes! nous sommes loin de la ville habitée par l'empereur.
R. Je n'ose pas entrer.... Voilà l'homme qui sort. Tiens! il a une casquette carrée et une espèce de robe.... Gomme il est jaune... Est-ce qu'ils ne sont pas plus beaux que ça et mieux habillés, les Chinois, dites-donc frère?
D. Pardon, mon ami, il y en a de plus beaux; nous allons les voir dans la ville.. .. Prie le mon* sieur que tu vois de t'indiquer cette ville.
R. Il me dit qu'il y va, et que, si je veux le suivre, je la verrai.
Gustave devient de plus en plus attentionné et moins causeur. Je sens qu'il est dominé par les choses qu'il voit. Après un instant de marche, il se dit être dans la ville impériale, dont il trouve les rues très-étroites, les maisons sombres, les boutiques garnies de faïence et de portraits; ce qui le fait s'écrier :
— Oh ! c'est pas beau leurs portraits!
D. Les couleurs doivent te paraître belles?
R. Oui, elles sont belles; mais ils ne font pas bien les bonshommes.
D« Vois-tu des boulangers, des épiciers, etc.?
R. Non, frère, je ne vois que des marchands de plats et de meubles..,. Voilà la maison de l'empereur, me dit le Chinois; mais il n'y est pas, me ditil : il est sorti.... J'aurais pourtant youlu le voir, s'écrie avec dépit Gustave.
D. Ne vois-tu pas des soldats gardant une maison?
R. J'en vois un; il est doré partout; il a un bonnet en or, je crois; il est tout gros. Qu'il est drôle ce soldat ! C'est pas lui que je voulais voir : c'était l'empereur, répète avec contrariété le petit curieux.
Je l'engage à revenir en France par cette autre route, lui promettant que nous y retournerons un jour où l'empereur ne sera pas sorti. ... Nous partons par terre, et, en quelques secondes, nous sommes, à Rouen, où je désire lui faire voir un jeune homme qu'il connaît et qu'il serait content de voir. Il ne tarde pas à être auprès de lui, et lue donne quelques détails dont j'ai été à même depuis de vérifier l'exactitude de la majeure partie d'entre eux.
Je réveille Gustave après une heure et demie de sommeil. Son corps n'a pas changé de position : tel il s'est endormi, tel il se réveille. Il parait ne se souvenir de rien.
Il résulte des faits de cette séance :
4° Qu'ils confirment, par la bonche de l'innocence même, les facultés somnambuliques remarquées dans tous les âges, facultés qu'il est trèsdifficile de définir et déclasser dans le cadre d'une loi quelconque;
2° Que ces facultés semblent ne pas relever de la liberté d'enfantement imaginatif en ce genre, du lucide ni du questionnant, vu qu'en premier lieu Gustave eût pu voir la figure de sa petite nièce, comme il en avait l'envie, et comme il voyait lé reste de sa personne. Je sus plus tard que tous les détails de cette vision étaient exacts, et que la petite fille avait une partie de la figure enveloppée, pour cause de fluxion.
3° Pour ce qui existe et peut être vu, n'importe le moyen d'optique, nous pouvons sinon comprendre le phénomène, du moins le trouver possible. Mais pour ce qui n'existe pas, qui le crée et lui donne l'actualité? Si j'avais créé les tableaux du voyage de Gustave, je lui aurais fait voir le port du Havre, comme je connais ce port, rempli de navires de toutes sortes. Si Gustave avait créé ces mêmes tableaux, m'entendant lui demander s'il y avait beaucoup de navires, il m'aurait répondu affirmativement, s'aidant de son imagination ; mais, au contraire, il n'en voit qu'un seul, après une attente très-longue: navire sur lequel je monte avec lui, navire conduit par des marins qui manœuvrent
et remplissent tontes les fonctions de leur état. Le mouchoir que l'un d'eux laisse tomber à la mer; ce qui cause l'hilarité de tous, et dn voyant luimême, n'est pas un fait de création de ce dernier; il n'est pas davantage du domaine de mes pensées. Qui l'a produit? Et ce repas à la gamelle, particularité que je connais, mais à laquelle je ne pensais - pas, et encore moins au corps de cette gamelle, que je croyais être un plat en terre, quand je me suis souvenu plus tard qu'il était réellement en bois. Le blanc intérieur existe bien, mais il est un fait de propreté. Je ne pensais pas davantage à ce claquement permanent des vagues faibles ou fortes, claquement qui est généralement remarqué par tous ceux qui font un voyage sur la mer, si court que soit ce voyage. L'enfant n'a jamais vu de navire; et en eût- il vu en tableaux, qu'il n'aurait pas remarqué, à coup sûr, le cabestan ou gouvernail modifié, quand, dans beaucoup de navires marchands, l'ancienne barre existe toujours. ... Qui a créé le rocher qu'il voit? Qui paralyse la vue de la terre, que je crée de toutes mes forces, et après laquelle je suis forcé d'attendre plus de vingt-cinq minutes?... Une fois en Chine, je ne sais plus quoi penser de cette vue, n'ayant aucune notion sur ces contrées. Je m'arrête seulement à cette pensée, c'est que Gustave se faisait une joie, je ne sais pour quoi, de voir l'empereur de la Chine;
et que si les faits de son voyage étaient di domaine de ses facultés Imaginatives, il aurait créé un empereur, chinois ou non. Il ne peut pas davantage créer des enfants chinois, que je l'engage de chercher à voir, ni de personnages autres que ce Chinois complaisant qui le conduit dans une ville quelconque.
Je le demande à tout consciencieux observateur, qui a créé ce navire directement tout prêt, ces marins, cette mer, ce ciel, ce vent plus ou moins fort, ce soleil si beau, enfin tous ces détails d'un voyage de quelques mille lieues en une heure et demie? Je crains très-fort qu'on ne puisse répondre à cette intéressante question qu'en implorant le secours du monde spirituel ; ce qui conduira et certifiera une fois de plus les études des Arcanes de la vie future dévoilés, et les propositions de l'homme microcosme, propositions auxquelles nous nous rattachons dans toutes nos études. Mais, hélas! il ne suffit pas d'être placé au sein d'un tel univers microscopique, il faut savoir qui lui donne la vie, l'actualité, les compositions d'êtres et d'actions que nous y remarquons. Cette étude n'est pas commandée par l'état somnambulique seul, elle est également commandée par l'état de nos rêves et de nos rapports de toutes manières avec cet exister moitié iohubohu et moitié harmonique, exister qui laisse sans cesse à désirer, s'il satisfait sans cesse* VoiM
qpi, ■iV.lf MV5, MB rOB^Cn «S «y<3:à»l
wamvcmAnom ëriter d attrirtcre, « *-** ^ a a triste répvtatkui que lai oc: fe ; ;e .>:-:Ae ànsccï** de mm mn. Alpbo^e Cula^mt,
GUÉRISOI lAGRETIQUL
Il y a plus d'une année, iKœ r?7à»e5 *»e ie*î:e timbfée de Toulon, et doublement t^ï^ée iiîérîeurement do bagne de cette Tilîe. Un p 2:1*7* c»damné à vie nous instruisait qu'ayant In les Jrr«ne* tfcfa çiefutare dévoilés, et ayant apprêrië tôt ce qu'il y avait de consolant pour nn homme comme lai, enterré à perpétuité entre ces deux existences, matérielle et spirituelle, dont Tune loi était à jamais fermée , mais dont l'antre, par le secoure de la tombe, pourrait loi être ouverte, il nous remerciait sincèrement de ce consolant espoir, qui loi donnerait, il n'en pouvait douter, lajbrce d'accomplir sa tâche forcée, tâche d'autant plus pesante, qu'elle était imposée injustement. L'ensemble des plaintes de cet homme, quoique annonçant une grande faiblesse d'esprit, démontrait cependant une grande justesse de jugement sur tous arcanes *pi ritualises les écritures prétendues saintes, et relia» prétendues profanes, alchimiques, avaient été cornpuisées par cet homme, qui en avait déduit vm qu'il
avait cm être le pins en rapport avec ses goûts* Nous lui répondîmes avec autant de bienveillance et de fraternité que nous désirerions, en semblable occasion, qu'il nous fût fait. Nous ne sûmes que plus tard, par une autre lettre de cet infortuné; une partie du sujet de sa condamnation, sujet qui se résume en ces mots : Cet homme était garde jchampètre dans son pays. Un dimanche, un paysan est assassiné dans les champs, et dans un panier trouvé auprès du cadavre, se trouve une hachette appartenant à l'accusé. Ce dernier prouva, par un alibi, où il était à l'heure du crime ; mais la vengeance publique, qui surtout en campagne, à l'égard des gardes champêtres, n'est ni juste ni généreuse, put influencer l'appréciation du jury. Cependant, après rappel, n'ayant pas de preuves suffisantes 9 ce malheureux ne fut condamné qu'aux travaux forcés à perpétuité. Lorsque cet infortuné connut sa condamnation, il entra, dit-il, dans un tel accès de ragg, suivi d'nne telle prostration, qu'il eut des visions et craignit d'être devenu fou. Ces visions, tout au profit de sa consolation et de sa captivité forcée, adoucirent ses angoisses, et aujourd'hui il est résigné à son sort, entrevoyant la couronne de martyre qui l'attend aux cieux. A la réception de notre dernière lettre, le pauvre homme était atteint d'une ophthalmie des plus puissantes, au point de ne pouvoir ouvrir les yeux et, par con-
séquemt,lire quoi que ce soit, Il tient notre lettre ; elle est peut-être la seule marque de sensibilité fraternelle qui Tient trouver ce cœur assurément bien torturé en ce moment. Comment faire pour la tire? Il la tient entre ses deux mains et l'élève aux cieux en implorant de la miséricorde divine la grèce de pouvoir la lire. Il se dit : H. Cahagnet doit être bon puisqu'il est fraternel ; il ne peut sortir que de bon fluide de sa main lorsqu'elle écrit à un malheureux pour le consoler ; eh bien, appliquons ce fluide sur nos yeux 1 Dieu aidant, qu'il en soit fait selon sa sainte volonté... Après quelques minutes d'attente et de conBance, les yeux se décollent, s'ouvrent et lisent très-facilement la lettre ; à compter de ce moment, la guérison est parfaite» et le pauvre homme nous croit le bras droit de Dieu même.
Explique ce phénomène qui pourra ; pour ce qui nous concerne, nous élevons notre regard vers les cieux, et nous disons une fois de plus, m$rci !
Alp. Cahagnet.
BG3?LQ9BG3®B M l f BM)EIB8 8DB U9 ABHBAKK.
ÇSuUô.) TROISIÈME FAIT*
Parmi les plus sensibles à l'action magnétique de l'homme, nous devons mettre au premier rang le
cheval, le chien, et surtout les reptiles, à quelque («mille qu'ils appartiennent. Cette action s'exerce avec beaucoup plus de promptitude sur les animaux malades que sur ceux qui sont dans un état normal.
lien est parmi les animaux comme chex l'homme: si souvent l'action magnétique ne produit pas des effets spontanés et parfaitement visibles, c'est que l'opérateur ne se trouve pas dans les conditions voulues, ou que le sujet est tout à fait rebelle (ce qui ne se rencontre que très-rarement pour l'influence que l'homme possède, pour ne pas dire jamais). Sur les serpents, c'est quelque chose de prodigieux, et qui ne peut être compris que par les personnes qui ont fait une longue et patiente étude de l'immense pouvoir que celui qui sait vouloir possède sur les animaux les plus redoutables (1) comme sur les plus inoffensifs. Le fait suivant, pris au hasard sur une vingtaine du même genre, pourra donner une légère idée de cette influence :
Deux ou trois paysans de nos contrées charment avec une facilité, une infaillibilité étrange, les serpents communs ainsi que les vipères ; ils les arrêta ) La Bible nous montre ces faits dans l'histoire de Daniel dans la fosse aux lions, et nous avons de fortes raisons pour croire que si les hommes voulaient, avant de se livrer à l'étude de la science magnétique, apprendre à se connaître, par conséquent se corriger de leurs tristes défauts, qu'ils pourraient tous ce que quelques sages ont seuls pu accomplir.
tout à votaaté, les plongeait daas me <XM*p)ète immobilité, knr font eiécnter les mouvements les plus variés eft les rendent insensibles a» piqûres d'épingle (f ). Nous en avons vn nn arrêter par un seul mot, nn seul signe de sa main droite, une cou» leurre d'une grandeur très-considérable, qui déjà avait à moitié disparu dans son trou. Nous lavons tu, disons-nous, l'arrêter, la faire venir À lui, la prendre, la earesser, et enfin la mettre sur une grosse pierre en lui ordonnant d'attendre son retour, moment où, ajouta-t-il, je te rendrai la H* berté.
Quatre ou cinq minutes après le départ du char*
(1) En Algérie, les faits de ce genre sont très-communs; en voici un que je puise dans I'Akiibar, journal puulii^ a Alger : « Une foule nombreuse se pressait dimanche, 6 uvrll, autour d'un Aissa-Aoua, un de ces arabes qui font procession d'apprivoiser les serpents, et qui venait d'en c*t« rr de toutes sortes, des grands, des petits, des venimeux ou d'inoffensifs. Use faisait mordre ou piquer impunément par les uns ou par les autres, lorsqu'un de ces reptiles tenu» de se donner la clef des champs, et prit pour monture un pauvre petit chien en s'en roulant autour de son corps. Aux cri» du chien, accourut TAis^a-Aoua, qui n'eut besoin que de marmotter quelques paroles, pour que le serpent, docile h *« voix, se mit à dérouler sa spirale et s'étendit par terre t ne laissant prendre par son maître comme l'aurait fait k plus docile des chiens* *
La couleuvre des dames est la favorite des d*fw* *«r la côte de l'Egypte et du Malabar ; elle *e prfiie b leur* wa< se*, elie s'enroule autour de leur* bras et *e U\w„ tu ma enfant gâté, réchauffer dans le s«in de rm 6*m*%,
Chacun sait que les Psy les ^mui la réyjlïtion fa th*f' ' les serpeais.
meur, nous vîmes dame couleuvre dresser furtivement la tète, donner un libre cours à sa mauvaise humeur en sifflant avec force, faire deux ou trois efforts pour se débarrasser de ce cercle invisible qui la retenait prisonnière ; puis enfin courber la tête, resserrer ses noeuds et se livrer an doux farmiente d'un repos absolu. .. Deux heures s'écoulèrent pour elle en sommeil et pour moi en de singulières réflexions. Enfin des pas se font entendre» et au fur et à mesure que le bruit se rapproche, le reptile sort de son engourdissement... Le paysan apparaît, fait un geste, et aussitôt se déroulant avec une vitesse progressive, la couleuvre s'avance vers son maître et seigneur. Ce dernier la prend, la caresse de nouveau, marmotte deux ou trois mots, et la pose sur l'herbe en murmurant quelques paroles que le reptile dut très-bien comprendre, car, déroulant avec vitesse sa spirale, il se mit en devoir de nous quitter avec une promptitude des plus significatives.