‹ Magnétisme: encyclopédie magnétique spiritualiste (volume 2)Chapitre 38 sur 42 · CORRESPONDANCE MAGNÉTIQUE · texte numérisé non relu

CORRESPONDANCE MAGNÉTIQUE

Argenteuil, k août, 4864.

Ma chère sœur,

Je n'ai pas été exact au rendez-vous donné dans ma dernière. N'en accuse que ma petite paresse prolongée, et non ma bonne volonté de t'être agréable pour satisfaire ta juste curiosité.

Tu me demandes comment il peut se faire que les magnétistes ne soient pas entre eux plus d'accord qu'ils ne le sont pour l'explication des mêmes phénomènes. — Cette question est provoquée de ta part par la lecture d'un très-joli fait de vue à distance et d'actions exécutées en somnambulisme a l'insu de la personne, lequel fait reçoit son explication d'après l'auteur de l'article, d'une manière qui ne te satisfait nullement, quoique écrit par un apôtre du magnétisme et dans un journal qui est dévoué à cette cause (voir le n° 150 de V Union magnétique).

Hélas I que te dirai-je pour to consoler? Prends-tu les magnétiseurs pour de vieux sages, pleins de logique et exempts de parti pris ? Pas plus que les savants officiels, ils ne sont en dehors des passions humaines. Et dans les magnétiseurs il existe des entêtés quand même, qui aimeraient mieux souffrir toutes les tortures de la trés-sainte Inquisition, et

Dieu seul sait jusqu'où est allée la richesse de ces saintes combinaisons de tortures! — eh bien, amie, dis-je, ils aimeraient mieux subir ces tourments que d'avouer qu'ils ont une Ame et encore bien moins qu'elle est immortelle , ce qui pourtant faciliterait l'explication de tout ce qui se passe sous les yeux de tout magnétiste. — A la place de cette clarté que l'on posséderait, nous avons des phrases emberlificotantes qui essayent de dire comment une somnambule voit à distance, trouve des choses cachées ou perdues et prévoit des actions qui n'auront leur exécution que le lendemain, dans huit jours, dans huit mois ou dans dix ans, ou enfin tout ce que les milliers de volumes que contiennent les bibliothèques magnétiques ont enregistré de faits de cette nature et que chaque nouvel arrivé a la maladie de toujours vouloir collationner de nouveau, comme si rien n'avait été fait A cet égard.

Je partage l'intérêt que tu as éprouvé à lire le fait relaté dans le numéro indiqué de l' Union magnétique et qui est certes très-intéressant.

Eh. bien, pour ne pas passer pour un chicaneur pointilleux, prenons bien cette vue somnambulique pour ce qu'elle contient et ce qu'elle est donnée, et, sans la reproduire entièrement, prenons-en les actions à leur valeur intrinsèque.

Que voyons-nous?

Une jeuqe fille en service qui entre en somnam <•

bulisme naturel, et aperçoit le fils de sa maîtresse en Californie, c'est-à-dire à plus de deux mille lieues de sa mère; qui trouve constamment la cachette du trésor que la mère prend si grand soin de dérober à tous les regards, et qui ignore le tout dans son état normal. Voilà pour les faits; or, tu te le rappelles, car je te l'ai dit dans ma première lettre, nous avons déjà à notre service quelques explications pour nous éclairer sur ces faits et ces petits voyages. Ainsi nous avons la plus grande sensibilité du sy terne nerveux, d'une part; puis encore, une surexcitation de l'intelligence, si je constate en passant que ces deux solutions sont de même force. — Mais en voici une troisième donnée par l'auteur même de l'articleindiqué; elle est un peu plus longue mais n'en est est pas plus claire; la voici :« C'est un redoublement d'activité des organes cérébraux, par suite d'accumulation du principe vitalisant dans ces organes... une concentration d'électricité vers ce foyer de l'intelligence (ne pas confondre l'intelligence avec l'âme, quoique cette première ne soit pas encore tirée au clair). Établissez le rapport par la fusion des fluides expansifs, et, comme le somnambule magnétique, on le verra mettre ses facultés intellectuelles au service de son interlocuteur ; c'est alors qu'il se transportera à distance et fera preuve de lucidité. » Mais moi je désirerais savoir comme toi, ma chère sœur, ce qui se transportera? Puisque l'intelligence est la

résultante du jeu de V appareil cérébral, et que ee dernier est là devant nous, comment va-t-elle faire pour voyager et aller trouver les personnes ou les objets à 2,000 lieues ou à 2,000 mille mètres, la dis* tance ne fait rien ici ? Tu comprends que je ne veui pas me permettre de supposer que c'est 4a personne ou la chose qui se présenteront alors ; car ce que l'un ferait, l'autre pourrait le faire aussi, et il faudrait donner raison à l'école spi ri tua liste, ce que ne veulent pas faire ces natures rebelles, quoique souvent pleines de franchise, mais qui sont ainsi fixées dans le domaine des apréciations tout comme dans ma localité ; on fiche un échalas pour six mois an pied d'un cep de vigne. ~~» Il faut alors vivre avec toutesces expansions de fluides sans formes, de surexcitations de nerfs qui ne se doutent pas voir de 9Î loin, enfin toute la nomenclature de phrases qui n'expliquent pas du tout comment une chose sans forme, dépourvue d'appréciation, ou qu'un appareil qui forme seul l'intelligence, quand il se trouve surexcité, développe une résultante qui puisse aller juger, apprécier, au point de touver au milieu des douze cent millions d'êtres qui existent sur la surface du globe, celui qui vous est indiqué ou qui vous occupe comme, le fait si souvent notre célèbre lucide Adèle Maginot depuis qu'elle a motivé l'impression des Arcanes de la vie future dévoilés. * Aussi je veux bien me découvrir devant la bonne

foi de ces personnes, mais je proteste de la valeur de leursdéfinitionset je nie qu'elles satisfassent l'homme qui se receuille devant ces phrases et devant ces faits»

Crois- moi, ma chère sœur» l'homme qui n'a pas su tirer d'autres conclusions que ces théories, qui ne peuvent atteindre le moindre phénomène somnambulique, celui-là, te dis-je, a encore un voile momentané sur les yeux ; c'est une question de temps, mais il faudra qu'il tombe : là où il y à de la pureté dans les intentions, la lumière finit toujours par arriver. Je me retranche comme toi et plus que jamais dans le spiritualisme ; c'est la seule clef capable d'ouvrir ces portes aux démonstrations; seulement soyons prudent et exempt d'enthousiasme et disons comme le docteur Léger au banquet fnesraérique du 23 mai : ce ...Nous sentons que la pensée de l'homme n'a rien de la terre, et nous répugnons à l'idée que la mort puisse l'atteindre. Non, nous ne sommes pas matérialiste, car le somnambulisme nous défend de l'être. »

Gomme tu le vois, les opinions sont au moins partagées dans le même camp.

Je ne veux pas te quitter sans te donner communication d'une nouvelle qui me concerne, et dont j'ai été le patient ces jours derniers. Mais tranquillise-toi, l'épreuve ne m'a causé aucun préjudice fâcheux, ma main seule a contribué à l'expérience en question.

Gomme tu le sais, je Suis incorrigible ; j'aime voir, et connaître ce qae j'ignore, car je n'ose jamais émettre une opinion pour une cause que je n'ai ni vue ni entendue. Aussi je ne suis nullement parresseux pour aller trouver qui de droit en ces occasions, et je prends la liberté de me transporter chez les personnes qui veulent se mettre à ma disposition pour vouloir bien satisfaire ce malheureux défaut.... ou cette qualité, comme on le voudra.

Par l'intermédiaire d'un ami, je me rendis donc chez H. Desbarolles, auteur d'un ouvrage de 600 pages, sur la chiromancie, et intitulé les Mystères de la Main.

D'après ce monsieur, on peut lire, selon la forme et les signes extérieurs de la main : 1° les événements passés; — 3° les conditions dans lesquelles on peut se trouver à l'état présent ; — 3° votre caractère, qui est la chose la plus commode du monde, et enfin d'après la ligne de vie qui se dessine depuis le milieu du poignet et qui enveloppe la paume de la main, le tout modifié par quelques autres signes, on peut vous dire si la course au clocher qui vous reste à parcourir contient des pièges innatendus pour l'avenir que vous avez pu vous dorer, et si les sauts de rivière seront fréquents et difficiles à franchir, comme ceux des steeple- chases.

Il parait que c'est une écriture, ni plus ni moins, il ne faut que savoir lire.

S'il est ainsi, il est certain que M. DesbarroIIes doit avoir dans sa main le signe bien marqué de la voyance; car, certes, il n'en a pas manqué pour m'énumérer les défauts qui sont en ma possession, j'avoue qu'il ne m'a pas ménagé; mais que veuxtu? il n y était pour rien, ma main témoignait sans mon aveu. Aussi vais-je éviter de te les décrire ; mais ce dont je veux te faire part, c'est l'affirmatioA de différents événements passés à des époques bien indiquées dans mon existence. Cela t'étonne, n'est-ce pas? et moi je comprends que l'on peut l'être à moins.

Ainsi, l'accident qui m'ariva au début de la vie, à l'âge de dix mois, époque où je roulai tout un escalier, et dont la conséquence fut d'avoir un bras démis, est le premier fait indiqué; ma jeunesse chétive et • mon ophthalmie qui dura si longtemps est le deuxième fait, Paccident arrivé à mon père pendant mon éducation , époque assez mémorable certes, est le troisième. Ensuite mon existence peu dessinée comme position sociale, et l'année où enfin cette position prit alors une autre direction plus avantageuse, tout cela, chère sœur, me fut décrit comme j'ai l'honneur de te l'affirmer. Vas-tu en croire tes yeux? c'est presque du somnambulisme, n'est-ce pas? les uns le disent, d'autres le nient et affirment que tout cela est tracé sur la main en caractère lisible, et M. Desbarolles est de ce nombre ; car il prétend lire de ses pro-

pfrès yéat érdés même d'utie lentille de loupé, à ieulé flrt qu'aucun signe ne lui échappe; et pouf tttttptétet cfe rfcndd de éompté, je dois dire que ce monsieur he me parait pas traiter les visages hVèc irfdiflfcrence, caHI les détaille fevèc méthode pour ëd tirer deè éonséquences utiles.

• Ainsi voilà donc, ma ehèrésœur, un moyen de plus pbur retrouver les actions passées, lire le Caractère de h personne, et aller plus loin même, fmisque l'oh peut faire d'avance quelque enjanlbées Sur l'avehifj et mentionner ce qtli rlous attertd. Ce dernier cas; je ne puis encore le juger, attendons qu'il se feuttitfeste att présent pour apprécier, non pas que cela Soit impossible, puisque le somnambulisme nous etft foiirftU continuellement des preuves, inais ici ê'est Ici nature de sa traduction qui me donne â réfléchir, C'est là seiilefaent où je fo'airètë.

Bu sotome, il existe uti résultat, donc il doit y avoir une cause, et cela |)eut valoir la peine de è'en occuper i d'est ce qde je me propose de Taire {Jour qu'à lé première occasion, je puisse expérimente!: sûr )éi petites méins effilées, dans lesquelles je lirai bien certainement le signe de la malice féminihe et celui dé ton amitié.

Eriattendant, je t'envoie le baiser fraternel.

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