‹ Magnétisme: encyclopédie magnétique spiritualiste (volume 2)Chapitre 8 sur 42 · VUES A DISTANCE, APPARITIONS, ETC · texte numérisé non relu

VUES A DISTANCE, APPARITIONS, ETC

Vers le 15 octobre 1857, une maison, dans Argenteuil, s'était élevée majestueusement du sol jusqu'au deuxième étage, sous les ordres de M. Caillé, entrepreneur de maçonneries ; leséchaffaudages encombraient la ruelle où cet être nouveau avait pris naissance, et les voitures, qui jamais ne s'y croisent, mais qui s'y suivent au pas, ne pouvaient y passer. Une d'elles s'y est engagée : le charretier la conduit depuis trente années, ce qui est dire qu'il sait la conduire, mais contre la force il n'y a pas de résistance, dit-on; par conséquent, si un chameau ne peut passer par le trou d'une aiguille, une large charrette ne peut passer par un endroit trop étroit. Le coup d œil du charretier le trompe; un garçon maçon s'en aperçoit de l'échaffaudage de l'entablement, et veut éviter le bris d'une échelle qui barre le passage : il la soulève de terre; mais le moyeu de la roue s'emmanche dans les échelons, et entraîne l'échelle ainsi que le pauvre jeune homme qui Ta soulevée. La chute

est terrible : ce malheureux tombe debout, et est renvoyé, sur le côté gauche, contre une muraille qui, à son tour, le jette à terre, où ses camarades le ramassent sans connaissance. Un médecin passe sur les lieux, visite le blessé, lui remet une épaule, et ne sait quoi prononcer sur un homme dans un si fâcheux état. On le conduit à l'hospice; là il revient à lui pour être témoin de sa triste position : le pied gauche est démis ou broyé , le médecin ne peut prononcer, tellement l'enflure est considérable. La tête, en un instant, est dans le même état, et d'une nuance violacée à faire croire à tin épanchement sanguin. La poitrine paraît être assez engagée pour ne pas permettre les fonctions de la parole. À la première que peut articuler cet homme, il s'écrie, en montrant un lit près de lui : C'est là qu'elle est morte! c'est là que je mourrai.... Illion (c'est le nom du blessé) a subi déjà un veuvage, et est remarié, depuis à peine une année, à une jeune orpheline, qui, directement, est employée chez nous en qualité de femme de ménagé. Il ne fut avec sa première femme que diî-htiit mois, étant tombée malade dès les premiers mois de leur mariage, et spiritualisée phthisique à l'hospice d'Argenteuil.

Sa deuxième femme est enceinte, prête d'accoucher. Illioù travaille pour le même patron depuis quatorze ans, et est on ne peut mieux considété

fmr ses camarades. C'est à qui va le Voit, le Consoler, et lui donner des marques de généreuse ami* fié. Sa position n'est pas heureuse; oh ne fiait, après quelques jours d'études médicales, si cet homme pourra un joui 1 continuer son état; Des troubles très-graves dans la tête font craindre un instant pour ses jours; la cheville et I articulation du pied sont dans le pire état possible. Le nuage des douleurs terrestres s'est appesanti sur ce jeune couple. Je console de mon mieux la femme, les amis consolent le mari. Si* semaines se passent ainsi ; le blessé se sent assez fort pour demander sa sortie d'un lieu qui ne lui plaît que tout juste: il croit avancer sa guérison dans sa maison.

La jambe est condamnée à espérer tout du temps, l'épaule à ne jamais fonctionner comme par te passé. Un habile praticien en ce genre est consulté par Illion. Ce praticien lui remet l'épaule à nouveau, épaule qui avait été démise une deuiième fois en le déshabillant à l'hospice, accident qfa'bh n'avait pas aperçu. Notre blessé ta se faire panser par ce savant médecin pendant quelques temps, et ne trouve aucune amélioratioti è sa position s le désespoir entre dans son cœur, gagne la tète, et le jette dans un marasme que la jeune épouse ne peut éloigner, tant par ses encouragements que par son intéressante position , car elle espère de jouf efi jftif lui offrir un gage de son tendre amouf .

Hélas! en quel moment va arriver ce gage, qui, dans toute autre circonstance, réjouirait leur cœur, et qui, dans ce jour, pourrait les attrister. Tous les jours la femme d'Illion me conte ses peines; son mari fait prendre des bains de sang à son pied et graisse son épaule d'une pommade fortiBante : le progrès, loin de se montrer, fait présumer, au contraire, un surcroit de trouble : la jambe est démesurément enflée, et la main ne peut soulever quoique ce soit. Comme je ne veux pas passer pour un guérisseur ou un sorcier aux yeux des bons habitants du pays, et en plus, que depuis longtemps ma santé m'a fuit cesser tout traitement magnétique un peu long, je ne m'empresse pas de faire mes offres de services à ces jeunes gens; cependant, poussé par une force qui m'est inconnue, je prie cette femme de dire à son mari de venir me voir, s'il peut marcher jusqu'à ma demeure, ou sans cela je me rendrai à la sienne. Le lendemain, je vois arriver mon malade, appuyé sur une béquille, dont le secours lui est indispensable ; son visage porte une empreinte de tristesse, et fait pressager quelque maladie prête à prendre son billet de logement dans ce petit hôtel si rudement éprouvé. J'entre en matière avec Illion, sans, bien entendu, lui faire un cours de magnétisme, cours auquel il n'aurait rien compris, vu l'état de son intelligence présentement, et celui de son ins-

traction. Je parle frictions avec nue bonne graisse; il accepte de bon cœur, et je me mets a l'œuvre au moyen d'un peu de saindoux, dont je lui graisse le pied. Le pauvre homme ne voit que la graisse, quand, moi, je ne vois que magnétisme avec massage. Après trente minutes d'une telle manipulation, lllion peut faire le tour de ma chambre sans béquilles et plus de deux cents pas dehors. Le lendemain, il accuse avoir dormi six heures, ce qu'il n'avait pas fait depuis longtemps; il a pu également souffrir son drap sur son pied, ce qui lui était impossible avant ce jour. Nous faisons une deuxième séance, qui produit le même bien. Le lendemain, le malade peut ployer son jarret en équerre et se mettre à genoux, ce qu'il ne pouvait faire. Une troisième séance produit de l'espoir, chasse le marasme ; lllion reprend avec plus d'amour sa prise de tabac, n'a plus d'enflure au pied, articule bien le cou-de-pied, le jarret et la cuisse ; encore quelques séances semblables, et il sera guéri» Je ne veux entreprendre l'épaule qu'après la guérison de la jambe, car je sais qu'il s'y est formé un callu pendant les six semaines qu'elle a été démise, et ma foi n'est pas aussi grande envers elle que envers la jambe. A une quatrième séance, le malade accuse que son bras, auquel nous ne touchons pas, a repris tellement de la force, qu'il peut lever un sceau d'eau. A chaque fois que je touche cet

homme, je fois ses paupières excessivement agitées ; il prend force prises, et ne peut, à la fia, réussir à les tenir ouvertes. Je m'occupe peu de ce phénomène, je suis tout absorbé par le désir de sauver au moins un membre sur deux à ce pauvre homme, qui n'en a pas assez de quatre. Le troisième jour, sa femme était accouchée d'une petite fille. Illion n'a pas de fortune, n'a pas de famille, et peu d'amis utiles dans une telle circonstance. Il fallut qu'il allât et vtnt; il fut deux nuits sans se déshabiller. Je redoutais quelque recrudescence, et je le magnétisai en conséquence; mais le mieut continua quand même. L'inflammation ne reparut pas à la jambe. Un jour je hasarde mon regard Vers la région du cœur. Illion, qui s'est endormi comme d'habitude, redresse le haut du corps, et paraît gêné dans sa respiration. Je lui en demaftde la cause, il me répond qu'il se trouve très-bien. Il ne peut ouvrir ses yeux, il est en somnambulisme. Je lui demande si je lui fais du bien, il me répond que j'ai bien travaillé, et que son pied est presque guéri.

D. Vous voyez donc votre pied ?

R. Certainement, il était pire qu'il est ; mais l'intérieur n'est pas encore dans un parfait état.

D. Y a-t-il quelques nerfs, quelque tendon ou quelques os d'offensés ?

R. Tout ça est bien, le gros nerf de derrière (le

tendon d'Achille» je le suppose) est mieux, mais il a été fortement secoué ; les os des chevilles ont frotté les uns sur les autres et ont écrasé bien des choses.

D. Sont-ils endommagés, écaillés ou cassés ?

R. Non, mais il leur faut le temps de se remet» tre.

D. Voyez-vous également votre épaule?

R. Oui, mais il y a de l'ouvrage A faire, elle n'est pas remise.

D. Comment cela, M. À... vous l'a pourtant bien remise ?

R. Oh I oui, c'est un homme adroit, un boa médecin ; mais il ne pouvait pas la faire rentrer dans son embotture, par les obstacles que je vois.

D. Quels sont ces obstacles?

R. Je ne sais quoi vous dire; il y a tant de choses dans une épaule; c'est si plein de nerfs ou de liens* tout ça a été tiré, dérangé, tout ça n'a pas été remis en place et est resté privé de mouvement* c'est tout endormi ; imaginez-vous voir une mortaise devant laquelle est placée un tenon, mais qui n'est pas emmanché.

D. Que faudra-t-il faire pour l'emmancher, faudra-t-il vous tirer sur le bras ?

R. Oui, mais peu à la fois, vous travaillerez le gros du bras comme vous travaillez ma jambe, et tout rentrera en place.

D.'Si je vous donnais de l'eau que j'aurais travaillée, comme je travaille votre jambe, pour en mettre continuellement des compresses dessus, pensez-vous qu'elle vous ferait du bien?

R. Oh ! oui, plus de bien que la graisse, car je sens que ce qui sort de votre main est souverain, et que les compresses dont vous vous servez apaisent le feu de ma jauibe.

Observation. — Je dois faire observer que je magnétise rarement des inflammations de ce genre, sans le faire au moyen de compresses d'eau magnétisée que j'interpose entre mes mains et l'inflammation. Je connais les degrés du bien que je procure à l'assèchement de ces compresses ; puis je continue, par un massage au moyen de saindoux ou d'huile, afin de rendre plus onctueux l'épiderme endolori et desséché par le foyer du mal.

D. Pouvez- vous voir également votre tète, qui a tant souffert ; ne renfermerait-elle pas quelque dépôt en germe?

R. Ma tète est bien.

D. L'intérieur de votre corps est-il dans le même état?

R. Oui» tout ça est bien.

Observation. — A la séance suivante, je veux m' assurer de la lucidité d Illion ; je l'engage à cet effet à me visiter et de me dire comment il me trouve, il me répond : Tout, ça c'est bien.

D. Qu'entendez-yous par bieo ?

R. Qae ça n'est pas malade.

D. Je ne sais cependant pas rassuré sur l'harmonie de mes organes, veuillez procéder ainsi : Comment trouvez-vous ma tête?

R. Bien.

D. Et le poumon?

R. Bien.

D. Bien n'est peut-être pas le mot?

R. Ils ont été malades, le gauche est frisé tout autour et beaucoup plus petit que le droit, mats il est bien maintenant.

D. Voyez le cœur?

R. Il est bien.

D. Et le foie?

R. Bien.

D. La rate?

R. Bien.

D. Le rein gauche?

R. Bien.

D. Les voies urinaires?

R. Bien.

D. J'oubliais l'estomac?

R. Il a été bien malade et n'est pas encore en bon état.

D. Comment sont les intestins?

R. Très-fatigués.

D. Vous me trouvez mieux que je me trouve?

R. C'est-à-dire que je vous trouve an homme usé.

D. Vous avez trouvé l'estomac malade, quelle en est la cause ?

B. La fatigue du cerveau; vous pensez trop, vous pensez le jour et la nuit, vous remuez trop de pensées à la fois... vous n'êtes pas philosophe... vous ne faites pas comme nous, quand nous entendons une parole d'un côté elle passe par l'autre ; mais chez vous elle reste, vous pensez à elle, vous pensez trop.

D. Je ne peux mem pécher de penser ainsi. Lorsque je travaillais comme vous j'étais plus heureux, en ce que je prenais les choses pour ce qu'on les donne; mais aujourd'hui je ne sais qui s'est emparé de moi et me rend esclave de ce genre de penser.

R. S'il n'y avait pas eu chez vous des propensions pour ces choses, elles ne seraient pas plus dans votre tète que dans la mienne, vous avez été de tout temps disposé à beaucoup penser.

D. Vous pouvez avoir raison ; laissons cette j question pour une autre. Dans l'état où vous êtes, vous pouvez voir votre petite fille qui vient de naître et me dire un mot sur elle. Je vais l'appeler, dites-moi lorsqu'elle sera présente?

Désirant étudier quelle serait la principale faculté d'Illion, quoique ceque je venais d'entendre me donnait à penser qu'il pourrait toucher juste les causes des maladies, car cet homme ne me connaissait nul-

lement avant son traitement, et est des plut éloigoé de toute étude en ce genre, par «on manque d'instruction : il ne sait lire et n'a jamais fréquenté que ses échafaudages. On pourra juger de la naïveté de son esprit par le récit qu'il me faisait lui-même ces jours-ci de son état mental avant d'entrer eo rapport avec moi, « Ma femme (me disait-il) est très-gaie et me prodigue tous les soins possibles ; elle cherche continuellement à me faire rire, et me disait l'autre jour de lui dire quelque chose; je ne lui répondis pas, j'étais enseveli dans les pensées que mon triste état m'avait données. Elle fut jusqu'à allumer deux chandelles et les poser sur la table où je me tenais appuyé, elle les approcha si près de mon nez que je lui demandai pourquoi elle allumait ainsi ces deux chandelles ? Cette pauvre femme se mit à rire en me disant : « C'est pour Ce voir parler. » Mais, lui répondisse, que veux-ta que je te dise puisque je ne sais rien; je ne sais pas lire, ce qui fait que je n'ai pas d'histoire à te conter; si j'en fais une je mentirai, puisque je l'inventerai ; autant que je me taise. » Je désirais donc, disais-je, connaître la principale spécialité aomnambulique de ce sujet, et c'est pourquoi je l'engageai à voir sa petite-fille. Après un instant d'attente, il me dit la voir sur les genoux de sa femme, cette dernière assise auprès du feu, la dandinant.

D. Est-ce que votre femme se lève?

R. Elle s'est levée ce matin, mais elle s'est recouchée de suite.

D. Avait-elle sa petite sur les genoux?

R. Oh! non, elle était restée dans le lit.

D. Êtes-vous bien assuré qu'elle soit levée A l'instant même?

R. Je la vois comme je vous vois.

D. Vous me voyez donc ?

R. Très-bien.

D. C'est assez pour aujourd'hui, je vais vous réveiller.

Observation. — Lorsque ce lucide fut réveillé^ je le priai de s'informer si sa femme s'était levée pendant son absence, sans lui en dire davantage. Le lendemain, il me dit qu'effectivement sa femme s'était levée et que sa garde Pavait surprise auprès du feu dandinant sa petite sur ses genoux, mais qu'elle l'avait fait recoucher de suite. Cette communication me remplit d'espoir et m'engagea de continuer à l'occasion. C'est ce qui arriva le jour suivant, où après lui avoir magnétisé le pied sans qu'il dormit, je lui dis de s'éloigner un peu, afin de mieux apprécier, les yeux clos, les sensations que lui produirait le passage de ma main ; à peine avais-je fait deux passes dans la direction du genou au pied que Illion était en sommeil. Je lui dis alors : Yous vous souvenez

d'avoir bien vu hier ce qui se passait dans votre maison ; je ne me proposais pas de vous endormir aujourd'hui , vu que vous m'avez dit que vous aviez peu de temps et que vous étiez demandé chez M. Caillé, votre patron; mais sacrifions une minute à voir l'épouse de ce monsieur, et dites-moi quand vous la verrez ?

R. Je la vois.

D. Où?

R. Chez elle; D. Que fait-elle?

-R. Elle est assise auprès de sa fenêtre, elle met des semelles à ses chaussons.

D. Demandez lui ce qu'elle a à vous dire, puisqu'elle vous a fait prier dépasser chez elle?

R. Elle me dit que c'est pour que je ne paye pas la biàre de ma petite fille à Hyacinte, qu'elle la payera elle-même.

D. C'est assez, je vais vous réveiller.

Observation. — Iilion n'était pasassezà plaindre sans doute dans sa triste position, il devait ne posséder que quelques jours l'enfant que Dieu lui avait donné ; la veille même, il avait mis cet enfant en terre ! D'après ce qu'il venait de médire de sa patronne, j'écrivis un petit mot au mari de cette dame, le rassurant à l'avance sur mon indiscrétion qui n'avait d'autre but qu'un moment d'étude, et le priant de m' excuser d'en avoir agi ainsi, je lui

contai ensuite ce que II lion avait vu, le priant de ne pas lui en faire part, vu que je voulais lui taire jusqu'à nouvel ordre son état de somnambulisme, qu'il ait simplement l'obligeance de lui dire ces mots : c'est bien cela , ou cela n'est pas exact. Illion remit la lettre; cette dame , l'ouvrit de suite et se mit à rire en lui disant : obi te voilà somnambule, eh! bien, mon cher, tu as mal vu, car à l'heure précise dont parle M. Cahagnet, je ne cousais pas de semelles à des chaussons ; je les taillais pour que ma bonne les cousût elle-même ; mais pour la bière de ta petite c'est bien vrai. Illion ne sachant de quoi il s'agissait, et se voyant tourné en ridicule par sa patronne, n'eut rien de plus à cœur que de s'éloigner au plus vite. Dans son sommeil du lendemain, il me dit ce qui s'était passé, en ajoutant, vous m'avez joué un drôle de tour; ils m'ont dit que je suis somnambule ; je ne pouvais comprendre qu'est-ce que c'est que d'être somnambule, moi qui ne sais rien du tout en étant réveillé. Je m'excusai envers Illion, en lui disant que j'avais prié qu'on ne l'instruisit pas de cette petite étude, mais que je n'avais pas prévu le contraire.

Toute mon attention est portée vers la guérison de cet homme et non à l'endormir ; je profite donc de son sommeil lorsqu'il se déclare naturellement. Quelques jours après celui précité, Illion entre de

nouveau en somnambulisme, état dans lequel je le questionne ainsi :

D. Vous avez déjà pu voir votre petite fille une fois sur les genoux de votre femme, pourrez-vous voir aujourd'hui où elle est ?

R. Mais, M. Cahagnet, elle est morte.

D. Je le sais, c'est parce que cela est ainsi que je désirerais que vous la vissiez mourir?

R. Après quelques minutes de silence, Illion me répond, elle vient de mourir?

D. Comment est-elle morte?

R. Comme je l'ai vu mourir.

D. Que s'est-il passé à ses derniers moments?

R. Elle a rendu le dernier soupir, voilà tout.

D. D'où est sorti ce dernier soupir?

R. De ses lèvres.

D. D'où venait-il?

R. Du cœur, c'est le cœur que je vois vivre le dernier.

D. Vous ne voyez pas autre chose?

R. Non, M. Cahagnet.

D. Tout est donc fini pour nous avec ce dernier soupir?

R. Oh! mon Dieu oui.

D. Aucune partie de cette petite n'existe maintenant?

R. Elle est bien morte, allez... Je la vois déjà toute noire.

D. Ce n'est pas ainsi que je voudrais qae vans h tissiez, mais pins blanche. Est-ce qu'elle n'avait pas une âme?

EL Tout ça est bien mort.

D. Haïs cette âme ne vivait-elle pas avant eBe? ne l'avez-vous pas déposée on appelée dans le sain de votre femme?

R. C'est nn germe qne j'ai déposé, voilà tont»

D. Est-ce ce germe qui a été assex instruit pour fabriquer on revêtir nn aussi bel habit de chair qne celui que Tons avex admiré dans eetni de votre enfant?

R. Tout ça s'est fait de la natnre de la faune, dans elle et d'elle.

D. Il y a des femmes d'une intelligence, par exemple, très- restreinte, qui enfantent des génies de. premier ordre ; où ces êtres puisent-ils leurs pensées, leur savoir, leurs vastes conceptions; estce également dans la nature de la femme, nature qui semble n'avoir quoi que ce soit de semblable en elle?

R. Non, c'est dans la nature qu'ils puisent ces pensées là.

D. Qu'est la nature?

R. C'est trop fort pour moi, je ne peux vous dire ça.

Observations. — Nous voilà aux prises comme on peut en juger avec des croyances on ne peut

plus matérialistes, en déduirons-nous qu'il n'y a pas d'immortalité, ou pousserons-nous pi as loin cette étude? Ce dernier projet, fut celui que nous adoptâmes en continuant ainsi.

D. Avez-vous quelqu'un de mort, dans votre famille, que vous regrettez?

R. J'ai mon père qui est mort voilà un an.

D. Comment se nommait-il?

R. Jacques II lion.

D. Donnez-moi votre main, ne pensez à quoique ce soit qu'à prier Dieu qu'il daigne m'accorder ce que je vais lui demander mentalement. .. Je saisis la main dlllion avec force, j'appelle son père avec foi et amour. Je fixe mes yeux avec ardeur sur les paupières du lucide, et ne tarde pas à les voir s'agiter, ses lèvres pâlir et trembler, sa tête s'avancer ainsi que ses bras, puis s'écrier : mon père, mon père !.. Que voulez-vous à votre père!

R. Le voilà.

D. N'est-il pas mort?

R. Non, le voilà.

D. Vous m'avez dit qu'il était mort, et vous savez que vous n'avez pu voir quoique ce soit survivre au dernier soupir de votre enfant, par conséquent ce n'est que l'image de votre père que vous présente le souvenir, comme ce n'a été sans doute que l'image de la mort de votre petite qui s'est offerte à vos yeux?

R. Oh ! ce n'est pas une image, le voilà bien là qui me regarde : c'est bien vous papa, s'écrie ingénuement ce bon jeune homme ? Son père lui ré* pond : oui, mon fils.

D. Demandez lui s'il est mort?

R. Il me dit : tu vois bien que non.

D. Demandez-lui s'il est plus heureux que sur la terre.

R. Oh ! oui, dit-il.

D. Que fait-il.

R. Je viens te voir, qu'il me dit, oh I papa vous n'êtes donc pas mort, s'écrie à nouveau ce lucide, que je suis heureux de vous revoir.

D. Demandez à votre père s'il voudrait attendre un instant, pour que vous puissiez le voir lorsque j'aurai rouvert vos yeux afin d'avoir la certitude, dans votre état de veille, que la tombe est la porte d'une nouvelle existence, et non pas la porte du néant comme vous le croyez.

R. Il me dit qu'il veut bien.

D. Qu'elle est votre partie sensible pour ce genre de vision que je puisse la toucher à cet effet, lorsque vous serez réveillé, afin de vous faciliter la vue de votre père.

R. Le cœur.

Observation. — Je change l'ordre de mes questions, et j'attends dix bonnes minutes avant de réveiller Illion. Lorsque ce lucide est habillé et

prêt à nie quitter, je lui dis : attendes une te* coude, j'ai encore une petite manipulation à voua foire.

Je lui pose la main sur la région du cœur, l'effet ne tarde pas A se manifester. Illion pAIit, comme dans son sommeil, son œil ne peut se détacher d'un point qu'il fixe, je lui demande la cause de cet état, il me dit ce simple mot : c'est papa.

— Eh ! quoi, votre père n'est-il pas mort.

— Oui, mais le voilà.

— Où?

— Il est là et me regarde.

— • En ètes-vous assuré.

— - Je le vois comme je vous vois.

— Il n'est donc pas mort.

~-» Mais non, puisqu'il me fait signe delà tète I.*

— Je suis obligé de dégager Illion» et de rompre le charme qui semble paraître le troubler beaucoup, aussi me quitte-t-il après un moment d'explication dans un autre état d'esprit qu'avant cette vision.

Le treizième jour de son traitement, la neuvième magnétisation seulement (n'ayant par les accidents précités pu, venir que ce nombre de fois), Illion a fait une lieue à pied sans le secours de sa béquille, qu'il a laissée, sans envie de la reprendre; il peut se servir de son bras assez facilement pour tirer un seau d'eau au puits, s'habiller et se déshabiller

sans gène ; encore quelques jours, il ne pensera plus à sa chute.

Une circonstance toute particulière éloigna II* lion de ma maison. Ayant en à cœur de m' assurer de la bonté de ses vues à distance, je me renseignai auprès de l'épouse de son patron pour savoir si la réponse à la lettre que je lui avais écrite et fait remettre par ce jeune homme était exact ? Quelle fut ma surprise de savoir que la lettre n'avait pas été remise, et que ce que m'avait conté ce lucide était tout mensonge ou suggéré par une pensée qui m'était inconnue. Je me renseignai également auprès de la femme d'Illion, pour vérifier si vraiment elle s'était levée, comme il est dit précédemment, lorsqu'elle était en couches, et avait dandiné son enfant sur ses genoux devant le feu, et enfin si son mari lui avait adressé quelques questions à cet égard. Cette jeune femme, toute surprise, m'affirma quelle n'avait pas entendu un seul mot de ces choses, et fut très-contrariée des mensonges de son mari, qu'elle supposait si franc et si novice en ce genre. Elle fut d'autant plus chagrine de cette manière d'agir envers moi, qu'elle reconnaissait tout le bien que je lui avais produit et mes bonnes intentions envecs lui.

lime restait à questionnera nouveau Illion sur cette supercherie de sa part. Je le fis à la séance suivante ; mais je trouvai un homme qui me sou-

tînt avec beaucoup de fermeté son mensonge

Je me trouvai donc dans le doute de savoir si vraiment cet homme dormait. Je n'en pus cependant pas douter par l'ensemble de tout ce qu'on a lu ; mais je vis par l'aveu qu'il fit à sa femme qu'il n'avait pas remis ma lettre, de crainte d'être bafoué par son patron et ses camarades, lettre dont il connaissait le contenu dans son sommeil, où je la lui avais lue, vu que lui-même n'aurait pu la lire, ne sachant pas le faire. Je vis, dis-je, qu'il conservait le souvenir à son réveil de ce qu'il disait dans cet état, que craignant les railleries de ses camarades et de sa femme, il avait détruit ma lettre et avait forgé les réponses qu'on a lues. Honteux d'avoir mené une telle conduite envers moi, il n'osa pas revenir, continua d'aller de mieux en mieux et reprit ses travaux ordinaires.

Il ressort de ce traitement qu'en quelques ma* gnétisations s'est opérée une guérison inespérée, ou au moins remise à quelques mois.

11 ressort également que les magné tistes doivent être toujours en garde contre l'ingratitude et la supercherie de ce genre de dormeurs auxquels je ne ferai pas l'honneur de donner le nom de somnambules recommandâmes.

Al p. Cahagnex.

REVUE MAGNÉTIQUE

Le collaborateur de M. Du Potet, M. S. Mono, Tient de publier un ouvrage intitulé : Du Magnétisme et des Sciences occultes.

Nous n'avons pas lu cet ouvrage, mais, d'après le compte-rendu de M. Dureau, dans V Union magnétique, nous constaterons que M. Morin croit au magnétisme, au somnambulisme et à la lucidité, le tout dans certaines limites.

L'auteur définit ainsi le magnétisme : « La « science qui traite de l'action que l'homme exerce a sur ses semblables , et plus généralement de « l'action qu'exerce un être vivant sur d'autres « êtres, sans l'emploi des moyens ordinaires de « relation. » (page 40.)

Mais, à présent^ M. Morin n'est pas fluidisté; il ne croit pas non plus à l'action de l'eau magnétisée; quand elle agit, c'est le produit de l'imagination. Pour lui 9 le magnétisme est plutôt une fascination que le contact d'un corps impondéré. Ce qui n'empêche pas l'auteur de conclure que dès a à présent, quelle que soit la valeur de l'ex plaçait tion (du magnétisme probablement), elle laisse « subsister la réalité des faits consistant ddns lésion* « pressions reçues par les personnes magnétisées, <* et dans lesmodifications considérables apportées

à leur organisme, » et enfin « qu'il guérit. »

Pour ce qui concerne les sciences occultes, tables tournantes, médiums, esprits, coups mystérieux, etc., M. Morin paraît se tenir sur la réserve, et ne dire ni oui ni non. C'est un moyen de ne pas se compromettre.

M. Morin est avocat, ancien sous-préfet, et de plus, ce qui est bien plus important, collaborateur de M. Du Potet depuis une dizaine d'années, période de temps qui Ta mis à même de juger des expériences du grand mattre, comme disent certains adeptes, et près duquel M. Morin se trouve constamment. Mais pour ne pas être d'accord , on n'en est pas moins amis, et M. Do Potet reste avec ses connaissances acquises, comme M» Morin avec celles qui lui manquent.

— Un autre ouvrage est encore échu en partage au monde magnétique. Son titre, la Magie maternelle, dilate suffisamment le cerveau, et prépare le lecteur à y puiser de nouvelles lumières. ♦. si elles s'y trouvent. Le nom de l'auteur est représenté par le signe employé dans les formules algébriques pour représenter le terme inconnu. Nous ne chercherons donc pas à résoudre l'équation, et nous laisserons l'homonyme à qui le désire, tout en témoignant le regret de ne pas trouver un nom dans un camp où chaque drapeau devrait montrer le bras qui le soutient.

Nous allons passer très-brièvement sur cet ou-

vrage, d'abord parce que nous ne nous sentons pat le courage de renouveler des discussions déjà épuisées, et ensuite, parce que nous ne conduisons pas notre plume assez facilement pour rendre nos pensées avec les formes grammaticales exigées, formes à qui tant d'hommes encore attachent de la valeur.

L'auteur affirme l'existence du magnétisme, la lucidité du somnambulisme et surtout ses déceptions* Les fluidistes sont battus en brèche, mais ne nous paraissent pas blessés. « Magnétisme, « magie, l'une des forces occultes de la corréla-» « tion des harmonies de la volonté, ne dévoile- « ront leur entière signification et leur naturace lisme, que lorsque nous déchiffrerons l'énigme « de la volonté. » On le voit :

Magnétisme? Yolonté.

Magie? Volonté.

Notre curiosité nous fait arriver au chapitre de la Théorie de la volonté, car tout est là, on le comprend.

Nous avouons notre déception dès le début, en lisant ces lignes : « Je n'apporte pas la théorie de « la volonté, j'en porte le sentiment, j'en entre- « vois la magnificence; toujours est-il que je « l'annonce. » En effet, l'auteur a écrit cinq pages sur cette théorie, et le lecteur, après les avoir lues, constate que, aujourd'hui comme hier,

sa Tolonté est soumise à des lois qui lai échappent et lui échapperont... probablement toujours; ce qui n'est pas l'opinion de l'auteur, qui est plein d'espérance pour l'avenir. Il entrevoit « la perfec- « tible humanité » douée de cette faculté. « Entré « en possession de lui-même, maniant enfin sa ce volonté, toute sa volonté, l'homme, déployant « des facultés insoupçonnées, équilibrerait définice tivement, en les fixant, ses rapports avec le « monde visible et le monde qcculte, et la somme « de ses droits et de ses devoirs recevrait égalece ment de là [sa fixation. La volonté cèle donc « la réalité d'un dynamisme, et sa théorie une « philosophie nouvelle. »

Que de pensées soulèvent ces quelques lignes! Biais contentons-nous de dire bien haut ce que nous croyons à cet égard : c'est que l'homme qui aura vécu dix ans les yeux ouverts pour bien voir, avec une intelligence aussi libre qu'elle peut Vitre pour apprécier ce qu'elle aura vu et entendu dans son milieu social, niera la possibilité de votre théorie de la volonté.

Nous ne récuserons pas, certes, les pages employées à mettre au jour les relations qui s'établissent entre la mère et son enfant pendant la première étape de la vie matérielle; oui, le sourire comme les pleurs sont des puissances qui en appellent continuellement d'autres. Que d'échan-

ges invisibles ont lieu ainsi ! et qne de manifestations visibles se présentent à nos regards! tons produits par une cause occulte. Oui, la maternité et l'enfance peuvent bien faire partie de la magie. Nous l'avouons, nous sommes ici de l'avis de l'auteur.

M. X. . . nous fait remonter à l'origine de la magie ; il fait passer devant le lecteur le nombre prodigieux des hommes qui ont passé pour des magiciens, d'après j'aveu de l'histoire et des travaux qui sont restés de ces savants. Grand dieu 1 quelle nomenclature t tous les pays du globe ont fourni leur contingent à l'étude de ces questions. C'est une historique quia son importance; mais là encore nous n'avons aucune clef à nous servir, soit pour pratiquer ou pour expliquer. Nous ne savons même pas si nous devons affirmer la foi de l'auteur dans les faits qui composent ce qne l'on appelle spécialement la magie.

Beaucoup de notes, de documents viennent appuyer la réalité de son existence. Ges recherches ont même dû causer un grand travail à l'auteur, et ces extraits ne sont pas les pages les moins intéressantes de l'ouvrage.

Après une relation abrégée des hommes qui ont, sous différents règnes, propagé ces doctrines avec l'aide des rois de l'époque, ou secrètement, malgré tour défense, l'auteur arrive à l'époque actuelle.

Je cite, a On connaît, propagatrices de la Mes- « méri-magie, les remarquables séances de M. le « baron Du Potet et sa Magie dévoilée, leur am* « plitication éclairée (prix doux : 100 francs). — « Honni soit qui mal y pense. »

« Les études néo-nécromantiques de M. Àl- «c phonse Gahagnet captivèrent l'attention, déter- « minèrent des expériences analognes et leur « frayèrent la voie. Ces études ont un point de « départ vrai et saisissant, preuve superbe de la « voyance rétrospective de l'extase magnétique. « (Cet auteur en est encore là depuis tant d'an"» « nées ! ) On regrette que M. Cahagnet, préten* « tendant à dévoiler les arcanes de la vie future, « reprenne en sous-œuvre la cause entendue et « jugée de Swedenborg, tranche et rogne dans les « écritures, l'histoire, la philosophie, la politique, « etc. Ses attaques envers le catholicisme, qu'il « n'est point de taille à supplanter, et envers le « protestantisme, manquent de nouveauté, de « mesure, de goût et de critique. La confnsion des « langues punit chaque essai de Babel.*— Qui trop « embrasse, mal étreint. »

D'après cet extrait, on le voit, l'auteur ne croit pas à la possibilité des apparitions ; il est en cela bien moins avancé que les encyclopédistes voltairiens qu'il méprise, et qui écrivaient dans le Diction* naire phylosophifue, article Magie, tome VI, édi-

tion 4785 ... « Cette âme, qui subsistait séparée « de son corps, pouvait très-bien se montrer dans « l'occasion, revoir les lieux qu'elle avait habités, « visiter ses parents, ses amis, leur parler, les « instruire. Il n'y avait dans tout cela aucune ina compatibilité ; ce qui est peut paraître. » Qu'en dites-vous, monsieur X..«? ces voltairiens qui veulent être logiques !

Mais nous le voyons que trop, monsieur X..., nous nous permettrons de vous dire : Vous admettez bien ces apparitions, mais dans les Écritures seulement, ou chez les extatiques animées de la foi catholique, comme dans Jeanne d'Arc, « dont Vaucouleurs attend la statue, et la catholicité française la canonisation, » dites-vous.

Vous ne voyez de véritable signe magique que dans la croix, parce qu'elle apporte avec elle des ordres d'idées qui vous conviennent et que vous craignez de voir combattre par les lucides et les médiums, contre lesquels vous fulminez avec toute la bile que pourrait produire seule l'intolérance religieuse. Comme vous le dites, vous ne voulez pas que la raison cherche à se convaincre en dehors de « la révélation du sentiment universel et des « Écritures, de l'enseignement traditionnel de la « grande Église d'où s'élève le génie de Bossuet, « et qui triomphera du tranchant des armes du vol- « tairianisme et de celui des bourreaux ? »

Cette raison « indocile à la souveraineté évangélique » irait butinant au milieu du monde chercher des puissances qui la satisfassent, et dont vous prenez la partie bouffonne pour ôter le côté sérieux de ces manifestations, vis-à-vis de l'étudiant sincère entendons-nous bien dire. Voilà ce que vous ne voulez pas.

Allons, acceptons ensemble les abus dans tout, mais ne rejetons pas les faits mis devant l'homme pour être étudiés.

Le catholicisme n'a pas de raisons ni de puissances suffisantes pour calmer la soif dévorante de l'âme studieuse. — En religion comme en études, sachons ne pas être enthousiastes. Pour conclure, citons enfin une pensée de M. X., et terminons notre petite appréciation de la Magie maternelle par sa croyance à cet égard.

« La magie, sans doute, est un art, une science, « une patience, une spontanéité, un coup d'oeil, ce une méditation et un exercice, mais elle est a encore, et surtout, une exception, un don, une « sanction et une élection, comme le génie. »

Devant cette définition, que pourrait faire et produire une théorie de la volonté, la supposant possible et trouvée ? Rien, toujours des états pour agir et des conditions pour recevoir, tel il est indiqué dans la Magie magnétique d'A. Cahagnet. En somme donc, rien de nouveau en magie, et

un vol orne de plus dans la bibliothèque magnétique.

Nous trouvons dans la Messager du i 9t avril, le fait suivant avec le petit commentaire d'usage de la part de la rédaction vis-à-vis les esprits forts abonnés du journal. Les lecteurs apprécieront à leur point de vue, et diront si le mot hallucination est une explication suffisante à cette vision.

« UEvening-Post de New-Yorck publie un fait assez curieux dont un certain nombre de personnes avaient déjà connaissance, et sur lequel on se livrait depuis quelques jours à des commentaires assez amusants. Les spiritualistes y voient un exemple de plus des manifestations de l'antre monde. Les gens sensés ne vont pas en chercher si loin l'explication, et reconnaissent clairement les symptômes caractéristiques d'une hallucination. C'est là aussi l'opinion du docteur Cogswell lui-même, le héros de l'aventure.

« Le docteur Cogswell est bibliothécaire en chef de VAstor Library. Le dévouement qu'il apporte i l'achèvement d'un catalogue complet de la bibliothèque lui fait souvent prendre pour son travail les heures qui devraient être consacrées au sommeil,

et c'est ainsi qu'il a l'occasion de visiter seul, la nuit, les salles où tant de volumes sont rangés sur les rayons,

« II y a une quinzaine environ, il passait ainsi, le bougeoir à la main, vers onze heures du soir, devant un des retraits garnis de livres, lorsqu'à Si grande suprise il aperçut un homme bien mis qui paraissait examiner avec«oin les titres des volumes. Imaginant tout d'abord avoir affaire à un voleur, il recula et examina attentivement l'inconnu. Sa surprise devint plus vive encore lorsqu'il reconnut dans le visiteur le docteur ***, qui avait vécu dans le voisinage de Laiayette-Place, mais qui est mort et enterré depuis six mois.

« M. Cogswell ne croit pas beaucoup aux apparitions et s'en effraye encore moins. Il crut néanmoins devoir traiter le fantôme avec égards, et élevant la voix : « Docteur, lui dit-il, comment se fait-il que vous qui, de votre vivant, n'êtes probablement jamais venu dans cette bibliothèque, vous la visitiez ainsi après votre mort ? » Le fantôme, troublé dans sa contemplation, regarda le bibliothécaire avec des yeux ternes et disparut tans répondre.

« Singulière hallucination, se dit M. Cogswell. »

« Il retourna à son travail, puis s'alla coucher et dormit tranquillement. Le lendemain, à la même

heure, il lai prit envie de visiter encore la bibliothèque. A la même place que la veille, il retrouva le même fantôme, lui adressa les mêmes paroles et obtint le même résultat.

« Voilà qui est curieux, pensa-t-il. Il faudra que je revienne demain. »

« Mais avant de revenir, M. Cogswell examina les rayons qui semblaient intéresser si vivement le fantôme, et, par une singulière coïncidence, reconnut qu'ils étaient tous chargés d'ouvrages anciens et modernes de nécromancie. Le lendemain donc» quand, pour la troisième fois, il rencontra le docteur défunt, il varia sa phrase et lui dit : ce Voici la troisième fois que je vous rencontre, docteur. Dites-moi donc si quelqu'un de ces livres trouble votre repos, pour que je le fasse retirer de la collection. »

« Le fantôme ne répondit pas plus cette fois que les autres ; mais il disparut définitivement, et le persévérant bibliothécaire a pu revenir à la même heure et au même endroit, plusieurs nuits de suite, sans l'y rencontrer.

a Cependant, sur l'avis des amis auxquels il a raconté l'histoire, et des médecins qu'il a consultés, il s'est décidé à prendre un peu de repos et à faire un voyage de quelques semaines jusqu'à Charlestown, avant de reprendre la tâche longue et pa-

tiente qu'il s'est imposée et dont les fatigues ont sans doute causé l'hallucination que nous Tenons de raconter. »

On lit dans le Salât public, de Lyon :

« M. Neyret-Sporta, dont la mort a provoqué de si sympathiques regrets dans toute la presse, avait publié il y a quelques temps, dans un journal littét-çire, un compte-rendu du dernier ouvrage de Victor Hugo.

« A la suite de ce compte-rendu, l'illustre poëte adressa à Neyret-Sporta une lettre des plus affectueuses; il vient d'en adresser une nouvelle à la mère du jeune écrivain dont l'avenir s'ouvrait sous.de si brillantes espérances.

« Voici cette lettre, qui, dans quelques lignes, en dit plus que tous les éloges qu'on a pu faire de Neyret-Sporta :

« Hauteville-Housse, 5 juillet 4860.

« Madame,

« Permettez- moi de mettre ma douleur aux pieds de la vôtre. Je n'avais jamais vu votre fils, mais je le connaissais ; son visage n'avait point passé devant moi, mais j'avais vu son àme. C'était un noble et généreux esprit ; il avait en lui la plus

féconde des muses, l'enthousiasme; il était grand par le cœur, c'était un poëte. La renommée l'at* tendait, la tombe l'a pris. Inclinons-nous devant ces profonds secrets de la mort ; peut-être na-t-il fait que changer de lumière : la gloire est une clarté, le ciel est une splendeur. Ne le plaignons pas d'avoir échappé à la gloire, puisqu'il s'est réfugié au ciel I

«c Vous, madame, vous pleurez et vous n'écouterez pas les consolations. Aussi je n'essaye point de vous en apporter. Le jeune talent de votre fils eût, en grandissant, été votre couronne. Sa vie était votre joie. Hélas ! que dire ? Je vous apporte, madame, mes larmes et mon respect.

a Victor Hugo, »

Nous avons pensé être agréable aux lecteurs de Y Encyclopédie magnétique, en leur présentant cette lettre d'un littérateur et poëte célèbre à tant de titres et qui, pour consoler une mère de la perte de son fils, vient répandre le beaume de l'espérance dans cette Ame attristée, en lui faisant entrevoir Y immortalité Aq celui qu'elle pleure.

Nous voudrions communiquer cette foi, basée pour nous sur l'étude, à toutes les Ames qui pleurent un absent, et leur faire comprendre ces trois vérités que nous empruntons à la lumière des morte, savoir :

4* Qoe la vie terrestre, est an drame inconnu ;

2° La mort en est l'intermède ;

2* Et l'immortalité, le dénouement.

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