SUR LES MALADIES NERVEUSES
Notre frère en Diea, M. Lejeune^ de Mém, nous donne connaissance d'un fait qu'il tient luimême de madame Guignard, témoin oculaire de ce qui suit.
Une femme de la connaissance de madame Guignard, à la suited'une contrariété^ entredans an état nerveux très-voisin de l'épileptie : cet état inquiète beaucoup les personnes qui en sont témoins et qui cherchent par tous les moyens en feor pouvoir de le faire cesser.
Cinq heures s'écoulent ainsi comme cinq mi* nutes, et aucune amélioration n'est apportée à U position de la crisiaque. Elle-même se charge de son soulagement d'une manière inattendue. Son état a été provoqué par la contrariété, il faut que le calme le plus parfait le fasse cesser, pour cela obtenir, elle prie qu'on lui apporte une carafe d'eau, ce qu'on s'empresse de faire i l'instant. Aussitôt que cette carafe d'eau est devantelle, elle accuse voir cinq personnes dedans, toutes personnes qui lui veulent beaucoup de bien, et qui, par l'état aimant et calme de leur cœur la remettront dans son état normal aussitôt qu'on aura eu l'obligeance de les prier de venir auprès d'elle. Voyant que
cette femme persistait à ne roir son retour an calme que dans racoomplissemcnt de cette bizarre ordonnance ; on alla prier les personnes demandées d'avoir l'obligeance de se présenter au pi as tôt chez la crisiaque. La première qui arriva fnt directement cdie qu'elle atait nommée la première ; aussi sutelle dire anssitAt : M. ... est disparu de dedans la carafe, il est auprès de moi. Cette communication sembla extraordinaire aux spectateurs, qui, pour la deuxième personne, prirent la précaution d'en cacber la présence A cette femme lorsque cette personne fut arrivée ; mais ce fui en vain, car A peine entrée dans la maison, la voyante sut très-bien dire: M. ... est arrivé, faites-le entrer auprès de moi. M. ... connaissant le magnétisme, et pensant que dans cet état son action serait très-^ utile, proposa de magnétiser la malade, ce qui fut accepté de tout cœur par les personnes présentes, très -inquiètes sur les suites de cet état.
Le magnétiste fut assez heureux pour, en quelques minutes, rétablir les fonctions vitales en bonne harmonie et éviter aux trois autres personnes restées dans la carafe, — selon la voyante,— de sortir de cette cristalline enceinte, pour venir auprès d'elle. Les témoins de la puissance de ces quelques manipulations s'cnquièrent auprès de notre ami, s'il est en leur pouvoir d'en faire autant, ce que M. Lejeune leur certifie,
en leur donoant les premières notions à ce sujet. Notre ami nous communique également un aatre fait que voici : <x Le 13 février 1859, un individu tomba en crise épileptique devant noire porte, se débattant affreusement et arrachant ses habits par lambeaux de dessus son corps. Bientôt entouré des pasants, chacun crut reconnaître dans son mal une crise épileptique, moi-même le premier; mais, le souvenir de la triste fin de notre frère Blesson, dans un cas semblable , me vint à l'esprit , et je craignis un moment de magnétiser ce crisiaque ; cependant Tamour fraternel l'emporta sur l'amour de moi-même » et, en quelques instants, aidé de ma femme , qui tenait sa main appuyée sur mon épaule, je calmai cet homme. Il se releva paisible, me regardant avec autant d'étonnement que je le regardais moi-même ; car il était nu comme un vers. II n'était pas resté un lambeau de ses vêtements sur son corps. Je m'empressai de lui faire passer un de mes pantalons, et d'achever mon œuvre par l'offre d'un bon bouillon, etc. Le corn* missaire étant présent, visita les papiers de cet homme, afin de s'assurer que nous n'avions pas été les jouets de ces crisiaques de commande que lâchante publique ramasse à chaque instant sur le pavé; mais ses papiers portaient qu'il était atteint d*épileptie depuis sa naissance et que sa conduite était honnête.
)» Pour le tirer de cet état» j'aYais pesé seule-
ment le ponce sor la racine du nez et l'autre main
sur la région du cœur. Dans cinq minutes d'un tel
contact, j'avais fait cesser une crise qui chez cet
homme dure ordinairement deux et trois heures*
Devant de teU résultats, qui peut nier la puissance
du magnétisme humain ?
» Signé : Lejeune, »
Le fait raconté a M. Lejeune par madame Guignard se trouve conGrmer celui qui s'est passé, presque sous nos yeux, à Argenteuil, il y a quelques mois. M. Daguay, mécanicien, homme d'une aussi grande énergie morale, que persévérant no* vateuren l'art mécanique» habitant Argenteuil et notre voisin, nous a entendu parler souvent magnétisme ; mais l'espèce de cuite qu'il porte au système Raspail , éloigne de son observation toute autre manière de guérir l'homme. M. Daguay sait pourtant que nous ne sommes nullement hostile à son Dieu ; mais que nous avons l'amour de rechercher le meilleur des dieux. Lorsque nous nous passons la fantaisie de tailler ensemble des bavettes méca* niques, dirons -nous» il nous arrive d'en remonter les rouages et d'en ignorer le premier propulseur. C'est là où le ciel se présente à nos yeux et que la terre nous parait trop petite pour contenir un si grand secret. Si chaque dent d'un rouage quelconque recherche la dent voisine pour entretenir
cette belle «Uianee, ème du mouvement de chacune et de tout ce qui succède au présent ; si chaque levier cherche le point d'appui si nécessaire à sa force balancielle ; si chaque moi cherche un moi séparé qui prouve qu'il n*est pas le tout qui le eootient; nous cherchons souvent ensemble l'alliance qui relie la molécule aux molécules, la forme aux formes et le mouvement aux mouvements.
M. Duguay est un homme sérieux, comme tous les mathématiciens et comme tous les mécaniciens; il lui faut une enclume, une forge, du charbon, nn soufflet, 4iq bras nerveux qui conduise l'un et l'autre, et surtout une intelligence qui enfante et dirige le tout. Nous voilà revenu dans le grand temple à la porte à secret, dont la serrure est l'œuvre du plus grand des mécaniciens, et dont la clef est dans ses seules mains.
J'offre à mon voisin et ami cent comparaisons qni conduisent non à la solution de sa question, mais à celle que je lui propose. Je Tébranle, mais je ne le convainc pas. Qui pourra le faire? qui pourra enrichir son avoir d'une médaille de plus, lui le médaillé de tous les corps d'agriculture? Je l'ignore. Mais un enfant en syncope, une jeune fille de seize ans prête à se spiritualiser, une condamnation du formulaire de Raspail et de l'art médical appelé à cet effet, seront un puissant stimulant pour éveiller cet Esprit hors ligne à notre éUide,
et produire en conséquence do la puissance de volonté. M. Noël, locataire et ami de M. Dbguay^ a une jeune personne^ sa nièce, qui un jour tombe dans uii état indéfini, état qui résiste A tous re« mèdes pendant cinq heures. Un habile médecin, appelé à cette occasion, ne peut répondre de U rendre à l'eiistence matérielle. La désolation est grande dans tous les cœurs. La jeune fille le mé* rite. Sa mort paraît certaine pour dans un mo<ment, si elle n'est certaine pour le présent; son cœur ne donne signe d'agitation que par instants, le corps extérieurement est mo(t. Quand il faut se résoudre à espérer tout du temps, Tart phar^ maceutique ferme son laboratoire. M. Duguay se dit en lai-méine : Si M. Guhagnet allait avoir raison, et que le magnétisme soit plqs fort que tontes les drogues connues et à connaître. Qui sait? N'ai-'je pas un bras qui vaut le Sien? une main habituée h la manipulation et un Esprit dévoué aux recherches? Voyons; je ne manque pat de volonté. Je m'empare, de ma main noircie par la forge, de ce front blanchi par les lys; je veux y rallumer le feu de la vie. Pourquoi ne réussirai-je pas, si cela est possible? Jb le vbcx:, bnfànt, aÉYBiLLB-Toil Gos mots, dits comme un tel homme de fer peut les dire, ont une puissance miraculeuse; l'enfant les a entendus. Outrant et portant tm yeux ahr son sauveur, elle lui dit ces
mots de la voix la plas tendre et la plos reconnaissante : oc Merd. Oh ! que votre mam me fait de bieiiy laUseZ'là où elle est ; laissez-la ou eue EST. )» La position de la crisiaqae s'améliorant petit à petit, elle rentra dans son état normal pleine de reconnaissance pour son magnétiseur ; et M. Dogoajy se trouvant plein d'étonùement, se demande encore aujourd'hui s'il a voulu et s'il a produit ce qu'il a vu de ses yeux. Nous lui répondons oui. Mais reportant ses idées vers ses inventions, il nous demande si son hache-paille ou autre instrument aratoire de son invention ne sont pas plus présents à son observation que les faits magnétiques?
L'enfant sauvée par vous est permanente devant vos yeux, lui répondons*nous» ce qui doit mieux prouver que toute observation à votre intelligence, et la convaincre que l'incompréhensible est aussi facile à manifester que le compréheasible : ce n'est qu'une question d'actualité « et rien de plus. Les produit qui veut, les explique qui peut.
Ces faits nous conduiraient à en citer un grand nombre si nous les enregistrions au fur et à mesure que nous en avons connaissance ou que noas en produisons nous-mème. C'est ainsi que, ces jours derniers, M. Ogier, cultivateur à Osny, nous arrive de bon matin eq voiture, le.visage fatigué par
vingt-qoatre heares de souffrance d'anrhamatiflme aiga compliqué d'un effort. Notre ami Sinet étant allé acheter un sac de blé dans ce pays, eut besoin d'un coup de main pour le charger dans sa voiture ; M. Ogier, fort et vigoureux jeune homme, vint i son aide; soit qu'il fût dans une fausse position, ou que son rhumatisme à l'état anodin pour le moment, attendtt cette occasion pour passera l'état aigu, toujours est-il que des douleurs affreuses se firent sentir, du cou au coude du bras droit, et gagnèrent même la main, qu'elles mirent dans un état de paralysie. Sinet connaissant la puissance du magnétisme humain et ayant vu doubler sa foi dans cette puissance depuis que j'ai eu le bonheur de lui enlever dans une heure une scia tique des plus fortes, se mit de suite à magnétiserM. Ogier. Il parvint à engourdir la douleur pour un moment; mais elle reparut plus forte qu'avant cet essai. Sinet ne se découragea pas et recommença à plusieurs reprises k magnétiser cette douleur tenace. A chaque fois il produisit le même bien ; mais son réveil semblait à chaque fois n'en être que plus vif. La journée se passa ainsi, et le soir, Sinet étant épuisé et forcé de regagner sa demeure , dit à M. Ogier : je ne connais qu'un homme qui peut vous enlever cette douleur, c'est M« Cahagnet d'Argenteuil ; allez le voir demain, et vous serez gcéri. La nuit fut terrible. Cet homme plein de
force (NTOYait à peine retenir les cris qne lai arrachaient ces élancements doaloareax que connaissent et peavent seuls apprécier ceux qui sont affectés de tels rhamatismes.
Le lendemain^ M. Ogier se mit en route de bonne heure et vint me trouver. Je connais cet homme et je lui porte beaucoup d'intérêt , mais je no me sens pas ainsi disposé envers tout le monde, à jouer à attraper quelques fragments de leurs propres maux, pour le plaisir de la philantropie.
Je suis un vrai mont«de-piété en ce genre, où chacun a déposé en gage de tels coupons névralgiques, qu'on ne s'empresse pas de me débarrasser, et dont je resterai nanti ma çie durant.
Je balançai) je dois le dire, è entrer en rapport avec ce nouveau-venu. Ce ne fut que vers deux heures de i'après-dtner que, voyant souffrir si patiemment et si désespérément cebon jeune homme, je me sentis prêt à tenter l'expérience. Je le fis monter dans ma chambre, le priant de dépasser la manche de sa chemise, ce qui ne se fit pas sans un gros soupir qui valait bien un bon cri ; puis je posai ma main sur la carotiile, enveloppant ainsi la clavicule et une partie du cou. J'attendis un moment la force nécessaire è une telle œuvre, car, je le répète avec intention, je ne peux opérer en ce genre, si je ne passe pas dans un certain état, in-
dé6ni pour moi, mais état Décessaire an genre de succès qae je désire obtenir. Je n'entrai dans cet état qae cinq minatesaprès l'apposition de ma main sar l'épaule de cet homme ; oh I alors^ je fus transformé 9 et je ne pus comprendre comment j'avais pu voir souffrir ce malheureux pendant quelques heures sans l'avoir soulagé. Je n'étais plus le même homme; je ne pensais, je ne voyais , je ne sentais plus de la même manière ; je redevins l'ouvrier du grand atelier philanir<hfraternel , manipulant avec force et aisance et attendant avec une confiance avetpgle la gaérison complète de cet homme par cette manipulation. Après trois quarts-d'henre d'un tel travail, M. Ogier remettait très«aisément sa manche de chemise et disposait de son bras sans aucune douleur. Il s'en retourna à Osny bien content, on doit le penser, et me récrivit quelques jours après. qu'il n'avait ressenti qu'une très-légère crîie le soir même de cette magnétisation , crise qui avait duré peu de temps et n'avait pas reparu depuis, Si M. Ogier est heureux de m'avoir rencontré, je ne le suis pas moins de m'ètre trouvé sur ses pas. Je ne désire qu'une chose , qui est la force de pouvoir répéter souvent de telles cures, et de les voir tenter avec confiance par tous ceux qui en auront connaissance*
Atp* Cahaohbt.
CORRESPONDANCE