UN MOT AUX JOURNALISTES
DIT DHL-NEUYIÈIIE SIÈCLE (4).
Ayant dit un mot aux savants en toutes sciences et aux spiritualistes dd xix® siècle, nous pensons. deToirdiVe également un mot aux journalistes de toute opinion philosophique, et de toute nuance religieuse.
Le journaliste est un des mille et un phares qui éclftirerit ou sont commis à éclairer, dit-on, le cahos civilisateur de nos jours* A peine sorti des bancs de l'école, qu'il se croit capable de faire une critique du passé, gouverner le présent, et régler Tavenir; il se pose en observateur, en juge, en légiste, en philosophe, en sage même, et espère commander à la vénération des peuples futurs. Copiant telle appréciation, recevant telle déclaration, s'appropriant telle nouvelle^ étant dans telle prétendue confidence, agent même de telle autorité, de son pauTFe escabeau d'écrivain à tant la ligne, cet homme atteint les degrés du trône, pour en disputer les honneurs, ou la porte des académies, pour y prendre un fauteuil.
Ce progrès d'élévation s'est fait lentement, en
{i) Pïous prions tes honnêtes penseurs de ne pâs voir à leur adresse les accusations de cet article, elles ne sont adres^ée^ qu'à ceux qui sauront se les approprier.
{Note de rauteur.)
sucrant un café^ en brûlant un punch, faisant danser fillettes, que protecteur conduit au bal, et jouant à cache-cache en loge grillée, avec qui n'a plus de pudeur publique. Approchez ces iiiapp.rochables, étudiez ces boites de Pandore, essayezleur savoir, et tentez leur cupidité, vous aurez bâte de jouer à l'écarter, avec ces hommes de bonne compagnie. Il n*y a quoi que ce soit de sévère dans ce jugement, jl n'y a quoi que ce ^it de commandé par un autre dépit que celui de couiiattre Tigaarre partialité du plus grand nombre des jouroaliites de ce jour. Ge&t donc à ce genre d'homm^ que j'ai un mot à dire concernant nos études. Auquel m'adresserai'je, est-ce au politique? il me répoedfa que f es études ne valent pas la méthode diplooialiqnç qui répond si bien à ce qu'on ne sollicite pas.
Est-ce au scientifique? il me répondra que tout ce qui n'est pas matière ne peut prendre place dans »es études, et même un genre de n^atière loi futil dévoilé qu'il ne pourrait le premier en laire valoir l'existence, en vue de la priorité qui appartient de droit aux grands noms.
Est-ce au philosophe? il me répondra qu'appelé à éloigner les superstitions des études populaires, il ne peut y joindre mes propositions.
Est-ce au religieux ? cet homme quoiq^a armé de toutes les puissances anti-déyfnoniaqu^s, Bfte répondra que. lui seul, maître et ordonnateur au
besoin da monde occulte, pent faire de telles propositions, mais qu'il n'accorde le même droit à personne, qu'au diable !...
Est-ce au défenseur des Bnances, le représentant des banquiers, des commerçants? il me répondra que son maître, Voltaire, n'a point enseigné ces choses, par conséquent qu*il n'accorde pas ainsi sa confiance au premier venu.
Est-ce au petit journaliste en herbe, qui fait son entrée dans ce vaste forum de folies par un recueil de chansons, un essai de philosophie ou même un roman? Y pensei-vous, s'écriera-t il, au début de ma carrière vous ne voudriez pas me conduire vers un tel abtme. Vous ne savez donc pas que le confortabilis des choses humaines éloigne celui de choses spirituelles; suivez votre route éthérée si cela vous platt, mais par grâce, laissezmoi) dans ma route terrestre pour l'avenir de ma position.
Est-ce aux publicisjefe rtiagnétisteé? En est-il un entre eux, hors le gérant de ta Heifue spiriUialisley M. Pierrart, qui par jalousie d'étude, ignorance obstinée de ce^ questions, ou rang de position sociale, ait voulu avouer publiquement qu'il nous connaît, que nous Tavons initié ou instruit, qpe nos démonstrations méritent d'être prises eh considération? Nos lecteurs ont vu les noms récommandabies (selon les exigences de la société) que noils
arons cités à Tappui 4e procès-verbaux relatant des expériences sollicitées par ces hommes. Ont-ils également va dans la même publication une déné* gation ou une acceptation de la chose ? Non. Ces notabilités, artistiques ou littéraires, se sont empressées de se servir de publications patronées par plus digne personnage que nous, pour exposer leurs observations sur cette importante question ; mais ils nous ont laissé devant le salut de bonne compagnie, exigible au moins dans une telle circonstance. Nous n'avions ni salons, ni habit noir', ni grimaces scientifiques à leur offrir.
Si nous nous adressons au feuilletonniste, autre genre de journaliste, nous sommes mis à la question par mille exigences commandées par ce besoin de décors, d'ensemble, de premier et dernier plan, de couleurs aux tons puissants et aux tons dégradés, c*est tout un atelier de Robert-IIoudin qu'il faut, faire fonctionner, plutôt qu'un atelier de Descartes. Bah! la. métaphysique ; bah ! la puissance de contagion; bah! la puissance o( culte, motrice des formes ; bah ! l'harmonie des rapports des règnes; bah! un Dieu, un ciel, des espaces infinis, des immortalités, des individualités éternelles. Qu'est-ce que tout cela'près des douces excentricités de telle lorette, près de celles de tel fashionnable, près de telle entrée en scène d'un acteur, d'un coup d'archet d'un artiste, du gros bon sens de la jnère Tro-
chc'lo, de, de, etc. La métaphysique, la religion, rinconnu, ne valent pas telle rénumération d'absurdités écrites, ne valent pas telle assemblée d'actionnaires pour telle entreprise, ne valent pas tel bénéGce réalisé et encaissé ! Que venez-voas nous parler métaphysique devant notre géométrie? Que venez-vous nous parler religion devant notre Cosmogonie? Que venez vous n^us parler inconnu devant nos vaisseaux bardés de fer. Noos ne pouvons, sans danger pour la réputation de nos noms, traiter de ceui dont vous parlez. Après comme après, les prêtres, les philosophes et les sages ont assez agrandi le cercle de l'ignorance ; nous ne pouvons prêter la main à telle œuvre.
Nous avons observé, nous avons produit, nous avons conclu comme vous , mais conclu dans notre for intérieur et non publiquement, parce que ouvrir la porte de ce^te classe d'études , c'est ne pouvoir arrêter le torrent dans sa course, c'est revoir et alimenter celui auquel nous devons le retard qui se manifeste dans la civilisation, c'est appeler un trop grand nombre d'intelligences incapables de classer, et d'admettre l'admissible; c'est reparquerà nouveau, dans le terrain de leurs exploiteurs, les masses que nous voulons en aiïranrhir : voilà pourquoi nous parlons aux vivants le langage des vivants, en attendlant que les morts leur parlent le langage dçs morts.
Vous pensez et parlez, répondons-nous^ comme il vous platt de le faire, mais non comme il convient de le faire à un homme qui approuve les dangers que .le marin encourt pour lui faciliter de bons rapports avec les limites du globe qu'il habite, et qui n*ose s'exposer lui-même à braver ces dan* gers; non comme il convient de le faire à un homme qui applaudit à telle expédition guerrière, dont il recueille les lauriers sans risques aucuns, quand les pourvoyeurs de ces lauriers les ont arrosés de leur sang et de leur vie ; non comme il convient de le faire à un homme qiii approuve telle révolution, qui lui a rapporté tel honneur immérité, quand les agents de cette révolution paient de l'exil ou de l'oubli ce service rendu.
I^oujours silencieux sur les causes de vos succès 4>\k de votre bonheur, vous se traitez que des effets de ces succès et de ce bonheur. Tous les moyens qui vous rapportent éclat et profit vous sont préférableSt avouez-le, à ceux qui rapportent lumière et dignité à vos lecteurs* Vos prétendues études da bon, du juste et du bien ne sont que des moyens servant votre bonheur personnel, et non le bonheur général. Vous savez que je vous ai fréquenté, que je connais votre savoir et vos aspirations. Youssavez que je vous tiens pour des avortons, en fait de Ubres pensegrs, pour des esclaves monétaires, pour d'indignes frères en bons rapports sociaux? Youssavez
que ee n'est pas un Antonelli qui vous dit ces choses, qae ce n'est pas un baise savatte, que ce n'est pas un mystique béat, qui avale les mystères comme simple pastille. Jamais je ne vous ai proposé de croire que ce que vous produiriez vous-même. Jamais je ne vous ai refusé de produire devant vous, et de vous apprendre à produire. Jamais je ne vous ai soumis une proposition comme venant du ciel, de telle autorité, ou de telle révélation, sans vous inviter de Tétudier avec moi, d'argumenter ensemble, de conclure ensemble et de prononcer ensemble. Eh! bien, que faites-vous tous depuis douze années que je vous adresse mes ouvrages (1)^ avez-vous pitié d'un fou en lui conseillant de cesser ses aberrations ; avez-vous peur d'un homme qui cherche n parler le langage de la vérité. Pourquoi me donnez-vous raison dans mon cabinet d'études, et déversez- vous en public sur les choses que je traite le sarcasme de vos estaminets.
Voyons, journaliste du xix® siècle, vous êtes digne de vos appointements. Si j'avais quelques coupons
(4) Ne voulant pas faire de personnalités dans cet article, Je n'ai pas cru devoir publier le nom de tous les publicistes auxquels j'ai adressé à leur parution mes Etudes sur r Homme, opuscule que je croyais digne de ratteniion générale, et qu'on ne peut taxer de mysticisme. Pas un seul des écrivains auxquels je Tai adressé ne m'en a accusé réception, VUnion magnétique seule en a faiblement parlé.
(Note de Vatiieur).
de la banque à tons offrir, nn plas grand nombre de rères instruits en seraient le résultat. Honte à Yous! honte à ?ous! Je ne vous ai demandé jnsqa'a ce joar qu'an impartial eiamen; je vous demande aujourd'hui un peu de digne couYenance.
Alp. Cahagnbt.