PREMIÈRE SÉANCE
LA SOIINAMBCLE.
Pardonnez moi, monsieur, on m'a dit que chez vous, Aux morts/ à votre gré, l'on donnait rendez vous; Quils répondaient à ceux , dont l'Âme inconsolable Les priait d'apparaître au lucide admirable , Qu'à cet effet vos soins avaient su préparer. Une telle séance oserai je espérer ?
(t) Une jeune persosne, ^somnambule naturel ie, est envoyée par de ses amia chez le Mni,'né(Utc précilé, aiin que ce dernier (f ur la rocommandaiion <]ui lui en a été fjite) lui propose d'élre endormie, pour calmer, si faire se peut, la douleur lrès-\ive qu^elle épreuve de la perte de l'ami de son cœur. Le Magné* liste connstl cette perte, c'est pourquoi ii aborde celle ques* t'on avec rindiscrétion que comporte ses premières réponses.
LB MAGMÉTISTE»
Ifislrunent impuissant, sans U bonlé divine, le ne sais qu'obéir, sous elle Je mlneline.
Quel être à vos regards manque donc en ce jour ? Si Jeune, quel regret?... Serait-ce dcTamour?...
hk SOltNAMBtLE.
Quel regrel?... C'est un mort que mou cœur vous réclame; Léon, mon bien-aimé! la moitié de mon âme; (Se disant à demi-voix^ en pleurant,) Léon qui ne vit plus!... folle que je suist Qaeviens-je demander aux ténèbres des nuits .^
' {3*adr€ê8ant au Magnétiste,) Si jeune, pensez-vous, on ne devrait connaître Que le toit paternel, que les jeux, le bien-être. G'est ce que j'ai connu jusque dans son berceau ^ C'est ce que m'a ravi le marbre du tombeau.
Si je pouvais le voir, que je serais beureusel En pensant à la mort, je serais moins peureuse. Mais que dis-je?... Excusez, monsieur, c'est du transport. Quand on est mort, bêlas! tout en nous est bien mort.
LS «MiNÉTlSTE.
Voulez-vous me prêter votre tête a^çitée
Par cent vœux sans espoir, une foi contestée,
Que j'en calme le feu?
LA SOMNAMBULE
Calmez et tête et cœur.
Gonduisez-moi vers lui, si le veut le Seigneur.
LE MAGN^TistB, 86 disant à voix basse après un instant
de magnétisation.
Quinze minutes sont tout au plus écoulées; Oui, Tune à l'autre ses paupières sont collées,
Aarai-Je fait erreur, en créant un tableau Lancé vers Thorizon par mon pauvre cerveau?
Où serait-ce bien lui?... Si c'est lui qu*il revienue, Qu'avec le mien son coBur un instant s'entretienne.
(Elle attend un bon moment; ne le voyant pa$ revenir,
elle reprend,) Non, il ne revient pas... Je ne Tai pas créé, Sans quoi Je le créerais, deux, vingt fois à mon gré. Je n'en peux savoir plus. Quel énorme mystère ! Que savons-nous, hélas 1 habitants de la terre. Sur ton œuvre, ô mon Dieu! si riche de grandeur, D'harmonie et d*amour, de grâce et de candeur?
u MAGNÉTiSTE, voyant que la Lucide fait de grande efforts pour revoir l*étre de son affection^ croit devoir ne pas prolonger cette séance, et lui dit à cet effet ,
Nous cpnnaissons bien peu jusqu'où notre puissance Peut atteindre, ou mieux voir tant de magnificence. Tout connaître en un jour ne nous est pas permis. Aux ordres du Très-Haut sachons rester soumis. Que cette étude soit aujourd'hui la première. Rouvrez vos yeux, enfant, à l'obscure lumière Qui vous cache celui que vous verrez demain, Si votre tête encor veut s'offrir à ma main.