DEUXIÈME SÉANCE
u SOMNAMBULE.
Vous me voyez, monsieur, au rendez-vous fidèle.
Mon front vous appartient, prenez-en la tutelle;
Mais Uiissez à ma main toute sa liberté
Pour satisfaire mieux ma curiosité.
Aucun témoin ne vaut quelques mots d'écriture;
Nul ne sait mieux qu'un peintre étudier la peinture.
Je m'abandonne à vous.
LB HA«liiTlSTB«
J*accepfe avec plaisir.
Allez où je voudrais aller ii mon loisir.
ÂYertisscz-moi quand vous déploierez tos ailes Pour mieux vous élever aux sphères étemelles.
LÀ sOMNAiiBULE, aprè* un instant de magnétiêotiim*
Ues ailes sooi en moi ; l'espace, l'univers,
Les mondes et les deux en moi se sont ouverts.
Se sont ouverts en moi, n'est pas ce qu'on doit dire,
Jlais sont représentés^ comme en un vaste empire.
Toutes les nations ont leur ambassadeur
Pour faire respecter leurs droits et leur grandeur.
Par eux on peut connaître, exposer et défendre
Les usages, les lois, les droits communs, s'entendre
Avec plus d'harmonie et de facilité,
En tout cœur, tout foyer être mieux écoulé.
Voilà ce que Je suis, où je suis, et dois être
Un être renfermant ou comprenant tout être.
Dans cet état, mon cœur se trouve trop heureux
Pour ne pas satisfaire au moindre de vos vœux.
LE lUGNÉTlSTE.
De mes vœux, le plus cher est d'appeler celle ùmhtt Qu'hier s'est présentée un moment par trop somI>re, Pour que vos grands beaux yeux puissent mieux la fixer. Et votre âme avec elle un instant converser.
LA SOWIAIIBDLE.
Oui, mon L.éon chéri! de mon cœur l'espérance. L'ange de mon berceau, mon seul ami d'enfance..; Il ne peut être mort... la mort n'existe pas. Que les hommes sont sots avec leur noir trépas! Est-ce que du Sdgneur l'œuvre grande et si belle Peut être anéantie et devenir mortelle?
Allons donc 1 ce néant est une folle erreur
Qui loin d'piottr pour Dieu fait naître la terreur.
Quelle sensation, au moment, éprouvai-je?
Quel éire est près de moi?... C'est lui! mais le verrai*j6?
Oh!...
LB MAGifÉTiSTE, se disant à part.
Elle est avec lui, lafssQns-les un moment; Surveillons, prévoyons tout trouble, tout tourment; Apprêtons nos questions pendant ce court silence. Non... vaut mieux qu'elle écrive, et vue et conférence, Sous celte impression, les détails mieux rendus Feront plus sur son cœur et ses sens confondus. LÀ SOMNAMBULE, uprès avoif écrit quelques lignes et gardé
un moment de silence.
Merci, mon Dieu, merci, votre immense sagesse Plane trop au-dessus de noire petitesse , Pour êlre de nos cœurs comprise dans ce Jour. L'aveugle-né ne sait que palper le contour De tout ce dont il veut reconnaître la forme. Et là son Jugement à sou tact se conforme.
L'homme non moins aveugle, en tout ce que ses yeux Ne peuvent découvrir, ne veut admettre mieux. C'est ainsi qu'il n'admet qu'une seule existence, Vu que seule elle fait à ses sens résistance. Mais là, dans mon interne, est un autre exister Qu'on ne peut méconnaître et non plus contester : C'est par lui que Je vois, que je sais tant de chose. Et que la tombe; hélas 1 que Je croyais bien close Sur tout mon bien-ahné n'a pu le contenir.
Ni son âme si belle un moment retenir.
Je suis bien avec lui, Je lui parle à mon aise; Je l'entends, je le sens, jusqu'à ce qu'H me plaise* Pe voir ou d'éprouver une autre émotion.
(Ha somnambule écrit encore quelques lignes.
UE MAGinSTlSTE.
Qui sait si dans ce cas TimaglnattOD
Ne jouerait pas an rôle à fohre fnsQ, ma chère,
En créant un faux être, une image éphémère?
L4 SOMNAimJLB.
Si c'est à mon Insu que mon esprit agit, Loin dé rapettsser la question l'élargit.
En m'absoii>ant ain&i dans un invisible èire Qui sait ce que j'ignore, et paraissant Irien Cire Détaché, distancé de mes yeux, de mes sens.
Plein de yariélés, de savoirs en tous sens, De manière 2^ charmer votre noble oMIgeaiice, Et vaincre très-souvent votre triste exigence, C'est toujours accorder un sublime pouvoir A cet être inconnu de votre grand savoir.
En plus, si c'est par lui que j'annule l'espace. Que je vois le passé, l'avenir, ce qui passe. Que je suis dans tout lien que je ne connai:» pas. Que je vois toute vie et me ris du trépas.
Qu'on puisse véfificx et ma vue et BU)n dire, Loin d'annuler l'Esprit on en prouve l'empire, Et l'on fait exister, par la force des £iils, Cet être qu'on récuse, en en marquant les traits.
Hier, vous-même encore accusiez la nature De ne point nous prouver l'existence future*
LA sohkaheiile.
Hier, comme aujourd'hui, J'ignorais ce que peut L'homme dans cet état qui le fait œ qa'U vent; J'avais trop accordé de vie ft la matière.
Et de mort à l'esprit qui lui sert de lumiètr ; De moteur, de sensuel, d'eûler, de sontlen.
Qui la fait être tout, quoique simple lien
Entre deux spuls états de la aAiM «ibstance» Qoe l'optique, trompé par trop peu de constanoe, . Certifie on récase à son gré, sans souci, En disant que cela ne peut être ceci.
LE MAGNÉTISTE.
Je suis content de vous; mais la métaphysique Vous éloigne, Je crois, du sujet tout physique Pour lequel vous avez entré dans ce sommeil.
Occupez-vous de lui, pour qu'à votre réveil Vous puissiez croire au moins avec plus d^assurance Qu'il a fait près de vous un acte de présence.
LA soMNAMBULB, apréê un moment (Pentretim avec Léon,
du.
Vous poserez un doigt là, voyez, sur mon front» Lorsque mes yeux ouverts, les vôtres fixeront; Puis Je me souviendrai de ma douce surprise.
Et que sur le néant J'étais bien mal apprise; Je saurai que Léon m'a dit... Mais permettez Que Je garde pour moi...
LE MAGNÉTISTE. ■
Je permets. Admettez, A votre tour, que Je dégage vos paupières De l'agent qgi les lient depuis une heure entière Goses, comme si vous vouliez toujours dormir, Et sur tous nos tracas à Jamais les rouvrir.