AU XIX» SIÈCLE
Ou ètes-vous, nos chers antagonistes de 1848, avec vos arguments de compérage, de dupe, d'enthousiaste, de mauvaise observation, de crédulité, et, enfin, de communication de pensées dans nos
propositioDS d'éyocatioDs d'outre-tombe, de soinnambalisme, etc.?
Où sommes-noas nous-mêmes, devant cette féerique Amérique; cette nation qui laisse loin derrière elle la transmutation de Teau en yin , des noces de Cana» puisqu'elle transmue le cuivre en
or, sans le secours de la mftne de Moïse I qui
laisse loin derrière elle les ascensions de Christ et d*Appolonius de Thyanne, de tant de saints et de saintes, en nous prouvant que nous ne devons pas plus désespérer des voyages lunariens, h quelques jours, que Grégoire de Tours ne désespérait de son message à Rome, tout en ne quittant pas ses chers paroissiens I
Que vous devez triompher en ce jour au monde spirituel, cher colonel Roger» dont .j'ai cité les curieuses assertions. Magie magnétique , assertions qui vous ont fait passer pour fou dans le monde magnétique, savant d'alors? Que reste- t-il : nier aujourd'hui des fables égyptiennes , des légendes druidique, des pythonises, des contes de tous les peuples, et des fantaisies de toute imagination en délire ?
La mer Rouge s'ouvrant , les Josué arrêtant la course présumée du Soleil, les Christ marchant sur les eaux, les Loth même changé en statue de sel ne sont que des manifestations bien isolées , devant celles réitérées, compliquées et universelles
da nos joani BlaQifQitatîoQ» qui font douter do toat • être, de toute substance , de tout Hou p de toat globe, de tout Ciel même !
Manifestations qui matérialisent et dématériali'sent les choses de nos appréciations par le seul fait de la pensée I qui distanoieot et fusionnent le tout dans la partie » et la partie dans le tout I qui ex* pliquent et embrouillent A tout jamais les causes et les faits! qui fascinent et convainquent tout être jusqu'à le faire affirmer et douter de ^on être même!
Oh ! mes seigneurs , nous ne savions pas qu'en levant un coin de ce voile mystérieux, il y a douxe ans, nous verrions autant de choses; et que, si bien ridiculisés par vous , nous vous verrions un jour plus ridicules que nous devant les explications que nous vous demandons de ces faits trop au^ dessus de notre faible intelligence, pour être défini par nous.
ALBERT Legrand avec ses jardins fantastiques, Porta avec ses charmes narcotiques, Agrippa avec ses conjurations magiques, Paracblsr avec ses Esprits enfermés dans le pommeau de sa canne, Cagliostro avec ses soirées nécromaotiques, Mesmer avec ses crises magnétiques, le baron De PoTET avec ses cercles magiques ne sont plus en ce jour que de simples mortels comme le vulgaire. La tourmente des révolutions spirituelles a réduit
lêtir tfôM en poussière, comme celle des rérola* tiods metérielleB anéantit les Empires.
Teus trottent en nos jours , d'adolescents enfants, de timides jeunes filles, de rustes et iilétrés prolétaires, de sots et antagonistes savants, de Tireurs et caustiques écrivains, de luxurieux et mondains propriétaires, il n'est pas jusqu'à l'armée, dont les principaux chers laissent là leurs armes meurtrières pour celles plus fraternelles des communications d'outre-tombe. Le magistrat, légiste même, laisse de cAté ses innombrables lois terrestres pour étudier celles spirituelles ; nous voyons jusqu'au prêtre, qui , inquiet sur l'avenir de ses Dieux, essaie du fond de son sanctuaire sacré une toute petite apparition.
On peut donc dire que, de la boutique au cinquième, du salon à la mansarde , du palais à la chaumière, chacun opère à sa manière; appelle, converse, conclut, publie, comme il l'entend, ses impressions d'outre-tombe. C'est une véritable résurrection générale qui veut que les morts ne sortent pas de leurs tombeaux en nos jours qu'en Esprits, mais bien en toute la seule substance qu'ils admettent, puisqu'ils rentrent dans leur existence dans toute leur force matérielle, dans leur continuation d'usages terrestres dans leurs propriétés ; étudient de nos études, parlent de notre langue, travaillent de nos travaux, et ne sont enfin séparés
de DOQS que de l'épaissear de la rétine et da contact de nos sens, que de la sensibilité de Tépiderme.
Arrière donc le magnétisme, le somnambulisme, l'extase et tous les états préparatoires connus pour faciliter ces communications ! C'est en plein joar, en pleine nuit, a tout heure, toute seconde que ces êtres , dont on suspectait jusqu'à la mémoire, sont auprès de nous et semblent youloir transmuer les deux mondes oa les deux genres d'élre^ en un seul. Mais hélas! quel est cet état que le leur, dont la manière de produire est si incomprise et si peu en rapport avec la nAtre, comme nous l'avoDs dit tant de fois? État qui n'est qu'un étemel enfantementy qu'une éternelle éclosion, qu'une éternelle objectmté de la pensée de Vitre qui opère?... Où sont les règnes, les matériaux» les lieux, les distances, les pondéralisations de cet état, devant tout ce que nous enregistrons tous les jours ? devant ces transports du pondéré par l'impondéré! devant ces transpersions de la matière par la matière, sans que l'une ni l'autre soit en aucune partie altérée?
Devant ces transports à grande vitesse de pensées qui, certes, laissent loin derrière eux ceux de nos vapeurs et de nos électricités ;
Devant ces écritures sjiperbes, sans moyen d'écrire connus ; devant ces musiques harmonieuses sans instruments visibles... devant ces voix ange-
lîqnes résonnant comme des harpes éoliennes aux oreilles de leurs auditeurs.. • devant ces mains lumineuses se promenant comme un soufOe de zéphir dans la cheyelure des plus élevés des nations. •• devant ces voix agitées à Toccasion; ces cris, ces hurlements, ces colères, ces turbulences^ allant même jusqu'à mettre en danger l'existence de leurs auditeurs matériels.
sages Zoroastre, Hermès trimesgiste, Orphée y Pythagore , Salomon , Conrucius , Platon , Moïse, Christ, Mahomet, Socrate, Pyrron, Timon, Pic-de-la-Mirandole , Boehm , Descartes , Bacon, Télésio, Malbranche, Leibnitz! etc., etc., que sont devenues les leçons de vos studieuses écoles de^vant le grand-livre de la nature, le livre des sept sages, le livre des douze philosophes au corps glorieux , qui est ouvert à nos regards ?
Que sont devenus vos lieux de sacrifices , vos antres magiques, vos sanctuaires sacrés, vos autels vénérés devant la simple demeure du dernier d'entre nous? Que vos disciples viennent donc s'asseoir sur les bancs de cette grande classe générale et éternelle, afin d'entendre, devoir, de palper, ce que vous n'entendiez, ce que vous ne voyiez, ce que vous ne palpiez qu'à grand frais d'études, de sacrifices, de retirement du monde, de privations en tous genres, de prières , de macérations, de méditations, sur VanachrUey du mépris
le plttB flOQTeraiD de la cbair^ de la terre et même de ses cieax I
C'est aa sein d*uQ recueillement qoi n'exclut nallement le doute ni le sans^souci de la chose. C'est au plus incapable , comme au plus capable; an plus fou y comme au plus sage de la société , que les faits les plus merveilleux qui se soient jamais vus se présentent; que les révélations les plus scientifiques se font ; que les honneurs les plas grands arrivent I
Voilà où nous en sommes au dix»neuvième siècle, où nous pouvons dire que la fameuse Rome catholique à moins enregistré de mirhcles en seize siècles de son règne, que l'Amérique , et voire même Paris en seize jours de notre tem|\s.
Si c'est le Diable qui nous sert ainsi, il ne doit pas avoir négligé la procréation ; car chacun de nous a autant de membres de sa famille à son service qu'il peut en désirer. Que fait donc en ce cas la fameuse eau lustrale , l'eau du Jourdain, l'eau philosophale , l'eau bénite en dernier lieu» dont chaque demeure est pourvue comme anti-démoniaque ; et cette antique verveine revivifiée dans le buis bénit qui, de compte-à-demi avec le manche à balai, défend Tentrée de nos demeures à ce maudit de Dieu?
Les guéridons, les meubles de toutes espèces, voire même la tête des plus rassurés n'eu toornent
pas moins vers l'endroit le pins sombre de l'appartement^ appartement qui semble Ini-mème ne pas rassurer les plus convaincus» sur sa solidité et sur son existence à l'occasion.
Écoutez ces petits bouts d'histoires , mes chers savants, et donnez-nous-en l'analyse ou la loi, si vous le pouvez !
Uq étudiant spiritualiste anglais d'une honorée condition» vint en octobre 1858, accompagné d'une notabilité bien connue de tous les spiritualtstes parisiens, M. !•••, nous demander une apparition, en s'exprimant à peu près ainsi :
Bonjour mossieu Cahagnet, mooi connaît beau* coup vous, je ai lu vos ouvrages à Naeple, où je ai beaucoup éprouvé de satisfachionne, je fueuxen féliciter vous, et je dis à vous que je suis croyant au spiritualisme; je ai beaucoup étudié et fvu des choses surprenantes, par conséquent je crois aux morts, qu'ils sont aussi vivants que nous, gé désire foir par Adèle des Esprits ; car gé sai que c'est là lé plus sûr moyen de satisfaire le curiosité, et dé convaincre les incrédules. Pour prouvé à fvous que gé crois gé dirai que gé téjeunai avec mossieu lé comte deche dèche docbe d'ouche, foila quelques joars; après téjeunai, mossieu lé comte dit à mooi, foulez^fotts foir des Esprits? gé répondis
à mossiea lé comte : mooi désire beaucoup foir des Esprits, gé fyeux bien. Il y avait encore sur le taeble les yftses du téjeunai j gé croyais qu'on allait enlevé ces vAses du dessus le taeble, qui était fort grande et très-lourde; maismossieu lé comte dit : ce n'est pas la peine y et il rassembla ces vftses au milieu , dé manière qa'ils né gênent pas nous. Presque aussitôt des coups violents et plus doux sont frappés dans les marailles et lé plancher dé Tappartément. C'était un bacchanal du diable ; puis^ nous, tout debout, né touchant pas A le taeble du tout, . mooi ai fva le taeble se levé haut, haut, comme ça (environ dixhuit centimètres), à dé repri^s différentes... Gé peux assurer fvous que je ai bien fvu. Gé certifie afoir bien fvu... foulez-fous démander mossiea
R. Je vais mettre Adèle en état de voir cet Esprit, donnez-vous la peine de prendre un siège et de nous accorder quelques instants. (Je mentionne la séance suivante pour donner une idée à mes lecteurs du scepticisme du consultant, et leur prouver que ce qu'il affirme avoir vu, il l'a bien vu).
R. Mooi, gé fveux, gé fveux bien mossiea Cahagnet , gé aime beaucoup fvous et madame Adèle.
Lorsque Adèle fut en sommeil, nous appelâmes l'Esprit précité, et la lucide en donna comme d'ha^
bitade le sigoalemeiit très-détaillé. Notre yisitenr immobile comme une statae, n'afârmait^ ni n*\n* firmait ces détails, en6n ne sachant plas qu'ajouter a ce qu'elle venait de dire, la lucide cessa de parler. Notre étudiant prit alors la parole ainsi :
Ce est bien cela; mais gé né connaissais pas beaucoup cet homme , mooi gé né peux pas certifier que Adèle fvooit bien lui, gé préfère démander un autre que gé connais mieux.
Adèle appela ce deuxième Esprit, en donna éga* lement le signalement détaillé, puis se tut devant le mutisme du demandeur, qui, prenant aussitôt la parole, dit : ce est bien lui, gé réconnais que Adèle fvoit bien, mais gé fveux une particularité visible ; voyez Adèle, ce mossicu avait une particularité visible, trjS-visible, alors si vous le dites à mooi, gé croirai au mort qu'il est présent.
Adèle après dix minutes de vaines recherches, ne voyant quoique ce soit de saisissable, ni d'ap* parent à Tœil, dit ne rien découvrir de particulier dans cet Esprit.
Fvoyez, fvoyez, bien Adèle, gé dis à fvous que c'était bien visible ?
Adèle épuisée ne découvrant aucune particularité, je hasardai de demander à notre étudiant^ si cette particularité était un vice de conformation physique, externe ou interne?
Mooi gé dis à fvous que c'est visible comme lé
joQr, fvojei Adèle. Ne voalaot pu fatigaer da vantage la lucide, je loi dis de saspendrê ses re« cherches, et je priai le demandeur de nous citer cette particularité, puisque nous ne pouvions la voir.
Ce mossieu, Esprit maintenant, gé l'ai beaucoup connu mooi, gé n'en connais qu'une partie^ qu'un peu par Adèle. Cependant elle a bien fvu ; mais il avait été militaire, et dans le bataille, il avait reçu une balle dans le tète, trente ans et plus avant le mort à lui. Cela est une particularité bien visible, gé crois; donc ce n'est pas lui tout à fait qui est venu.
D. Cette balle avait-elle laissé des traces extérieurement?
R. Non, tutout, il avait eiftré par l'œil, dam la coin, qu'il était aussi noir que lé mien, mais il était dans le tète assurément, donc ce n'est pas lui; demandes une autre. ... M°^^ ***
Plus heureux à cette troisième demande, notre visiteur, fut transporté de joie, et en marqua sod contentement à Adèle, par les compliments les plus afTectueux ; et tout en s'en allant, ne cessa de répéter, il a dit qu'il était mort en couches, ce est d'une exactitude frappante ; puis tout ce qu'il a dit : Ah I dé ce coup c'est bien lui ; mooi suis content.
Obs. Si j'ai tenu i reproduire i peu près Utté-
jPikneDt los expressions de cet étranger, c'est moins dans le but de ridiculiser le genre de parler de cet honorable spiritualiste, que de donner un aperçu frappant des difficultés d'exécution qui sont semées sur nos pas, et de faire ressortir combien la réussite, en de pareils cas, doit avoir de mérite ^ux yeux des hommes studieux.
Le lendemain de la séance précitée, deux non moins honorables visiteurs m'instruisirent du fait suivant arrivé à l'un deux. M. Génin, 22, rue Bénard, à Batignolles, et M. Burret, employé dans un bureau, demeurant également à Batignolles. Ce dernier s'exprima ainsi qu'il soit ;
Cher Monsieur Cahagnet, j'étais, vous n*en pouvez douter, très-croyant aux manifestations spirituelles, puisque j'en ai traité dans un ouvrage spécial; mais je n'avais pas été témoin de faits de l'ordre de celui que je vais vous conter. Sachez que me trouvant, il y a quelque temps, chez M. Le* comte Dourches , que vous connaissez très-bien, j'ai obtenu, par l'entremise de sa médium, mademoiselle Blanche, de l'Écriture spirituelle, c*estâ-dire ce que vous allez voir. Je désirais depuis longtemps voir par mes yeux cette manifestation spéciale, et me trouvant un jour chez M. le comte Dourcbe, je fus mis en demeure d'obtenir l'objet de mon désir. Je présentai à cet effet un morceau de papier blanc à M. le comte, ipii le tint un ins*
tant dans les mains, puis le remit à Blanche <{ai, après un semblable moment, me remit mon papier, que voici ; regardei ce qu'il contient. Ce monsieur me montra nn carré de papier, sur lequel je vis i grand peine une ligne longue de cinq à six centimètres à peu près d'une écriture si fine que je ne pus en lire un seul mot ; cependant je crus analyser le dernier, comme voulant dire amour on à nous. Ce monsieur désirant quelque chose de plus lisible pria de recommencer Texpérience; an deuxième papier présenté par lui subit les mêmes conditions^ puis lui fut rendu portant seulement pour tout signe, une forme de V d*nn centimètre environ sur tous les sens. Une troisième expérience aurait bien été sollicitée par ce monsieur, s'il avait osé; M. lecomte^ s'en apercevant, lui dit donneznous un troisième morceau de papier, celui que vous avez dans votre main, par exemple, et assurez-vous bien s'il ne contient aucune écriture. Ce monsieur ouvrit aussitôt ce morceau de papier qu'il tenait plié en quatre, depuis un instant dans sa main ; quel fut son étonnement de voir au milieu .une semblable ligne d'écriture à celle qu'il avait obtenue par Tintermédiaire du toucher de M. le comte et de sa médium. Ce papier n'avait pas quitté la main du consultant, avait été plié en quatre par lui , et n'avait été nullement ouvert. Com* ment pouvait-il contenir une semblable écritare à
la précédente ? ne pouvant répondre à cette question; je promis à ce monsieur de la poser h nos antagonistes afin de connaître leur fin de non recevoir.
Où sont les communications de pensées, les contagions^ les hallucinations devant ces faits, qui se produisent en tous lieux et par tout être en nos jours!... Comment expliquer cette manière d'écrire dans un papier plié en quatre^ que tient danf sa main un homme non méfiant ; mais doutant du succès? .
Mon rAle est de citer... Concluez chers savants^
ÂLP. Cahagnet.