LA VIEILLESSE EN ENEANCE, LA EOLIK ET
LES ronrcTioivs de la va hatêrielle ,
Par le lucide RAVET.
49 février 1858.
Le 10 du présent mois, j'endormis Ravet pour lui soumettre des questions photographiques. Son guide lui apparut vêtu et armé d'une certaine manière, vue que je n'avais pas provoquée, et dont l'explication ne m'est pas' permise envers le lecteur. Je mentionne seulement que ce qu'il lui a prédit dans cette circonstance s'est parfaitement réalisé.
Aujourd'hui, 19 février, je le prie de demander a son guide s'il est disposé à traiter de la vieillesse, et de l'enfance dans laquelle elle entre?
R. Le guide de Ravet, avec cet entrain bref et dégagé qu'on lui connaît, lui répond : C'est vrai, parlons de la vieillesse qui ne vieillit pas.
D. Pouvez-nous dire à quelle cause est due l'enfance dans laquelle entrent certains vieillards avant que l'âge ait assez pesé sur eux pour permettre cet état, et d'où provient généralement l'enfance de la vieillesse? '
B. Le vieillard en enfance est nne âme qui a non pas totalement abandonné son corps, mais assez pour ne plus pouvoir veiller an classement et à la direction de ses pensées.
D. Mais cette hébétude, cette atonie, d'une part, et cette exigence enfantine ou joueuse qu'on remarque dans cet état, à qui ou a quoi sont-elles dues?
R. Je vous le répète, au délaissement du corps par son directeur, son ordonnateur. Les pensées se trouvent alors, par rapport au domaine abandonné qu'elles habitent, semblables à une classe dont les écoliers, en l'absence du professeur, prennent sa -place, et exécutent les choses les plus bizarres, les plus hardies, les plus turbulentes, les plus exigeantes. Elles sont les premières à vouloir dominer, faire obéir et obtenir l'objet de leur désir. Dans d'autres cas — où ces mêmes pensées sont à l'état d'habitude — ce sont des pensées à rétat d'enfance elles-mêmes, comme vous le remarquez chez les enfants lourds, peu actifs et stationnaires en toutes choses.
D. 'Qui peut ainsi pousser l'âme à se séparer de son corps matériel ?
R. Des dégoûts pour cet état ou des absences trop longues. Vous vous rappelez que je vous ai dit, en traitant du sommeil (1), que l'âme, la nuit,
(^) Voir tome III de Y Encyclopédie, page 310.
lorsque tous les corpuscules matériels de sou corjps sont en état de repos, quittait ce corps pour prendre des impressions au dehors en rapport avec ses affections. Eh bien ! dans l'enfance de la vieillesse, ce sont des âmes retardataires, négligentes et peu soucieuses de l'état matériel, ressemblant à un professeur qui remet le soin de sa classe à son sous-maitre, ou à un chef d'atelier qui remet également le soin de son atelier à ses ouvriers. La manière de gérer les choses n'étant pas semblable chez tous les êtres, le professeur, comme le chef d'atelier, en rentrant dans leur domaine, trouvent tout dans un ordre qui n'est pas le leur, et éprouvent une fatigue très-grande à remettre les choses de leur goût en place. C'est cette fatigue qui engendre le dégoût, et le dégoût la séparation; mais comme dans cette séparation il ne peut y avoir cessation complète de rapports entre les deux états, ou ce serait un genre de suicide, l'àme ainsi séparée et unie encore à son corps souffre le double de le voir dans un tel état sans pouvoir y rétablir l'harmonie. C'est la matière qui a le dessus, et qui agit sans direction harmonique; il n'y a plus d'ordre, de distinctions, d'appréciations, de classement : c'est le trouble dans tout son triomphe.
D. Ce que vous me dites me parait être admissible pour les êtres qui, comme moi, par exemple^
ne professeot pas une affection très-grande pour l'état matériel ; mais l'enfance de la vieillesse se remarque également chez des sans-soucisy ce qu'on nomme vulgairement des viveurs, sorte de gens qui ne voient et n'aiment que l'exister matériel.
R. Ne vous fiez pas à ces apparences souvent trompeuses. Les hommes desquels vous me parlez sont parfois les plus insouciants, dans leur état de rêves, envers leur corps et l'exister matériel. Sachez que qui rit des lèvres, pleure souvent du cœur. Il se trouve également des causes par des lésions aux organes du corps qui produisent ces dérangements des fonctions des pensées.
D. Des enfants se sont trouvés ne pouvoir entrer dans le plein des fonctions vitales des pensées, par conséquent sont restés idiots pendant toute leur existence terrestre.
R. Parce que leur àme, trop absente de son corps, n'a pas organisé, ni dirigé en premier lieu l'ordre de ses pensées : c'est la même cause, c'est la même indifférence qui produit les mêmes effets.
D. Quelle différence votre ^guide fait-il entre le genre d'enfance dont vous parlez avec la folie?
R. Une très-grande. L'enfance, comme je vous l'ai dit, est le règne et la domination de la chair sur Tesprit; quand, au contraire, dans la folie, c'est le règne et la domination de l'esprit sur la chair. Dans le premier état, l'homme ne sait pas
assez, et dans le deuxième, il sait trop. Il est vrai qu*îl n'obtient pas plas harnnoniqué existenee; mais an moins il est dans la vraie existence, dans l'état de folie, et n'est, an contraire, que dans le sommeil de l'existence dans l'état d'enfance.
D. Est-ce l'homme qui détermine, comme dans le cas d'enfance, l'état de folie?
R. Oui, dans la folie, c'est ou l'orgueil des pensées, ou leur tension trop soutenue vers un point qui déterminent cet état.
D. Il y a cependant beaucoup d'états de folie qui ne laissent pas présumer qu'il en doit être tel que vous le dites; par exemple, dans ceux où certains malheureux se trouvent poursuivis par des bètes féroces, par des assassins, des gendarmes, par des idées d'impudicité, de vol, de crime même, par des idées de grandeur ou de dépendance, de divinité ou d'athéisme; enfin, mille idées bizarres. qui mettent la médecine, la physiologie et toutes les sciences aux .abois.
B. Tous ces genres de folie ont des causes particulières. Il y a celles que je vous ai citées qui embrassent toutes les aspirations déréglées dont un grand nombre des cas que vous me citez dépendent ; mais il y a les cas d'obsession étrangère et personnelle qui sont également très-communs.
L'obsession étrangère provient de vengeances suscitées par l'être ou ses aïeux, par des jalousies de
position, par des besoins de faire le mal et de troubler les êtres. L'obsession personnelle provient, au contraire, de Tindividu même, dont l'œil est tellement illuminé par l'état de ses pensées, qu'il a la puissance de les voir extérieurement, telles elles se produisent intérieurement en lui. Il les viviBe, les anime de sa surexcitation d'activité, de manière qu'elles sont pour lui aussi matérielles que les vôtres le sont pour vous lorsque vous les avez rendues objectives à votre œil matériel par le revêtement dont vous les couvrez dans tous vos travaux manuels.
D. Vous me parlez de vengeance invoquée par les aïeux ou Tètre même, de jalousie et de besoins de mal faire. Si cependant il en était ainsi, il n'y a personne à l'abri de ces vengeances, ni privé de porter envie aux jaloux?
R. N'abordez pas cette question, elle est trop compliquée. Ces dépendances et ces méchancetés existent, croyez-en ma parole ; mais elles sont maîtrisées et paralysées par des influences plus fortes : là c'est la science du droit et du devoir, n'y touche pas qui veut.
D. Touchons un peu celle de l'obsession personnelle ; car moi-même je suis un peu sous sa dépendance. Je m'obsède, avec connaissance de cause, de différentes dépendances que ma raison récuse, mais que mon corps me force de subir. Comment
puis-je ainsi être en réyolte ouverte contre ma raison ?
R. Oh ! vonSy c'est tout une complication d'étude et de maladie. Par yos études, vous fouillez très-profondément dans le domaine de vos pensées, vous les remuez toutes, et ne les facilitez pas de rentrer dans leur domaine respectif. Elles sont sans cesse dans l'attente de répondre à votre appel, ce qui fait que quelques-unes, que vous avez plus particulièrement agitées, vous agitent à leur tour. En recherchant la cause de tout ce que vous étudiez, comme vous le faites, vous vous éloignez trop de l'état matériel, ce qui fait que cet état vous parait plus pesant qu'à un autre. Vous ne le subissez qu'à regret; par ce fait, vous négligez de prendre soin de votre corps et de satisfaire à tous ses besoins. La chair a ses exigences aussi, ce qui fait qu'elle vous impose avec force de lui donner ce que vous lui devez. Vous devez penser que l'épuisement doit s'en suivre, et la maladie doit envahir tout l'être. Yos organes, par leur constitution, ne sont pas en bon état; par conséquent ils ont besoin, plus que chez d'autres, de soins et d'attentions assidus, ce que vous n'observez pas à leur égard. Par vos méditations soutenues, vous faites des cours continuels à tous les corpuscules qui composent votre corps, sur tout ce que vous observez. Vous leur enseignez, sans vous
en douter, ce que vous découvrez vous-même ; vous les rendez dépendants, par ce fait, de vos dépendances propres. Ces corpuscules de notre vêtement matériel sont, par rapport à nous, comme des élèves à l'égard d'un professeur : selon la chose enseignée, se trouve être Tétude et le savoir des élèves. Il en est ainsi chez tous les êtres qui méditent, qui dissèquent, dirai-je, les choses de leur observation ; ce qui fait la puissance de leurs convictions sont celles de tous leurs constituants. Vous, par un exemple que je vais vous citer, vous étudiez tous les degrés de la propreté; vous voyez en ce genre ce que quatre-vingt-dix-neuf êtres sur cent ne voient et ne se doutent pas. Vous arrivez, par ces observations, a ne plus oser tou« cher la moindre chose sans vous laver les mains, ce qui est une dépendance dont vous voudriez bien ne pas être esclave maintenant, en vue de l'impossibilité absolue d'être vraiment propre dans toute l'acception de ce mot. Qu'en arrive-t-il? Que vos doigts, et toutes les parties externes et internes de votre corps susceptibles de contact, par* ties que vous avez instruites et soumises à vos exigences , sont maintenant dépendantes ellesméipaes des habitudes que vous leur avez fait prendre. Les papilles de vos doigts vous paraissent être sèches et agitées jusqu'à ce que vous les ayez trempées dans Teau. Celles de votre estomac s'engour-
dissent également à I*idée qui leur est communiquée par votre regard d'une chose qui ne vous semble pas être propre. Cette même chose leur répugne, et de la la non fonction digestive, et même, à Foccasion, Tagitation par la convulsion et la douleur aiguë. Il vous faudrait, pour vous guérir, passer le même temps dans une méditation opposée, a6n de leur enseigner que ce que vous leur avez appris ne doit pas être, ce qui est une question de temps beaucoup plus longue que vous ne le supposez. Ces observations obsédantes sont contagieuses; car moi-même, d'après ce que vous m'en avez enseigné et fait observer, je me trouve très-souvent obligé de quitter de manger, ou de toucher à une chose pour laver mes mains, ce que je ne faisais pas avant de connaître ce que vous m*avez dit à cet égard. Par cet exemple que je prends chez vous, vous voyez que chez tous les êtres il doit en être de même, les uns c'est sur un sujet, les autres sur un autre : chacun est soumis à ce genre de dépendance obsédante, et cela d'après les observations diverses de tous.
D. On remarque cependant les mêmes dépendances chez les enfants dont l'intelligence n^est pas encore susceptible de telles observations. Notre petite sœur, Âlphonsine Maugis, se trouve en ce moment dans un état semblable; cette enfant n'a que cinq ans au plus.
R. Cette enfant est tenae très-proprement par ses parents ; au moindre attouchement d*une chose sale ou à la moindre tache, on la gronde, en lui faisant apercevoir qu'elle ne doit pas toucher a ces choses. Les parents, sans s'en douter, font à l'égard de son corps ce que \ous avez fait à Tégard du vôtre, ce qui a déterminé chez elle cette grande répugnance qu'elle a en ce moment. La maladie qu'elle vient de subir a mis aussi les nerfs de son petit corps dans un état de crainte et dinquiétude difficile à décrire. Si vous voyiez cela comme moi, vous diriez quelle immensité de responsabilité ' dans la conduite de tant d'êtres; que de savoir et de juste classement de» choses il faut posséder pour obtenir Tharmonie parfaite de la vie matérielle. Mon guide me dit : un temps viendra ou les anatomistes, les médecins et les physiologistes étudieront Thomme dans tous les détails des organes qui le composent. Dans ce jour, la médecine essaie de diviser son savoir, en le classant par spécialités d'études, en ne traitant que d'une espèce de maladie ou d'opération chirurgicale. Mais ces spécialités sont encore toutes matérielles; elles se renferment dans la connaissance et le classement des constituants visibles et sensibles des êtres. Au temps où je te parle, ces mêmes études, au contraire, se porteront sur Vinterne et non sur l'externe des êtres; sur la vie stimulante, et non