‹ Magnétisme: encyclopédie magnétique spiritualiste (volume 5)Chapitre 20 sur 47 · CE QUE C'EST QUE LE MONDE SPIRITUEL · texte numérisé non relu

CE QUE C'EST QUE LE MONDE SPIRITUEL

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II est évidemment contradictoire d'admettre que l'homme a une âme, un esprit immortel, et

de nier l'existence des esprits, de croire à une autre vie, 1 on autre monde, et de nier les relations que l'esprit peut avoir avec cet autre inonde et les esprits qui l'habitent. H est contradictoire de reconnaître et d'évoquer l'Esprit saint, et d'interdire tout commerce avec les esprits en général, sous prétexte qu'il n'y en a pas ou qu'il n'y en a que de mauvais. C'est comme si on interdisait le commerce avec les hommes qui sont des esprits incarnés, sous prétexte qu'il y en a beaucoup de mauvais et que pas un ne peut vous donner de bons conseils.

- N'est-il pas plus raisonnable d'admettre que quand notre esprit n'est pas occupé A faire manœuvrer le corps auquel il est attaché, il jouit de la même liberté que les esprits désincarnés, et qu'il communique avec eux de pair à compagnon, puisqu'il est de la même nature, et doit les rejoindre un jour. Ainsi dans le rêve, l'esprit en congé profite de l'engourdissement du corps pour aller fraterniser avec les habitants du monde extérieur qui ne diffère pas autant qu'on le croit de celui-ci, car c'est à peu près le même, moins la matière, et encore, l'apparence de la matière peut-elle causer, dans le royaume des esprits où tout n'est qu'apparence, des conflits analogues à ceux d'ici bas. Qui n'a pas crttendu dans son demi-sommeil des bribes de conversations, des querelles, des interpellations,

des bruits, des causeries dans un lieu voisin, entre gens qu'on ne connaît pas et qui s'évanouissent au réveil? Du moment où l'assoupissement vousga* gne, où le corps ne sent plus $on $oi, comme dirait H. Cousin, nous entrons en communication avec les esprits j c'est absolument comme si nous avions l'oreille à la chatière du monde extérieur; il arrive même è bien des gens de s'entendre appeler par leur nom à plusieurs reprises, par une voii connue qui souvent nous réveille en sursaut ; alors la chatière ou Yail-de-bœuf se ferme; on se rappelle parfois quelques mot», quelques formes; par e&emple, une jolie figure de femme qui se change à vue d'oeil en vieille figure grimaçante qui dtsinit in piêcem f comme si elle avait voulu se montrer à nous dans toute* les phases de son existence, dU~ solving wens. Voilà un nouveau progrès i faire par la photographie, des portraits qui vieillissent à vue d'œil ; vous voyei passer des figures d'esprits comme vous voyez passer des individus dans la rue quand vous regardes par la fenêtre. Le monde des esprits ne paraît pas être infiniment plus spirituel que le nôtre; il y a même autant debrutea et d'imbéciles là-haut qu'ici bas, puisque c'est la même rocaille humaine qui a passé l'arme à gau* chc, et déserté de son corps pour s'engager dans les voltigeurs et les séph ira du monde imaginaire. Quand. ils trouvent une occasion de noua mystifier,

en entrant dans lin somnambule, une table ou un panier, ils ne s'en font pas faute; quelquefois, c'est un esprit raisonnable ou médicâtre qui vous fait de la morale ou de la médecine ; mais, quand ledit esprit s'est retiré, table et somnambule ne conservent pas le moindre souvenir de ce qu'elles ont dit ou écrit sous sa dictée, preuve qu'il y a une tierce personne en jeu, comme dit le comte deRichemont.

On se fait une trop* haute idée des esprits ; il n'y a pas plus de différence entre eux et nous qu'entre la chenille et le papillon ; c'est toujours la même bête, sauf la forme et le milieu dans lequel elle prend ses ébats. Le papillon n'a pas plus d'intelligence que la chenille, et ceux qui lui prêteraient celle d'un ange seraient dans l'erreur. Il voit un peu plus loin, son rayon s'est agrandi ; il sait quelque chose de plus qu'à l'état de chenille; c'est exactement la différence qu'il y a entre l'esprit incarné et l'esprit désincarné.

Quant à reconnaître l'avenir et Dieu, les esprits en sont aux conjectures comme nous; et ceux qni font les prophètes se gaussent d'autant plus volontiers de nous qu'ils ont à faire à des gens plus crédules ; cela les amuse là-haut comme cela les amusait ici-bas.

Je dis là-haut, c'est un terme impropre, car il n'y a ni haut ni bas pour eux, ni espace entre

eux et nous. Les esprits sortis de leurs corps n'en ont pas plus de souci que le cousin de sa gatne.

Il y a réellement des esprits qui nous inspirent; tous les poètes anciens commençaient par les invoquer sous le nom d'Apollon ou des muses, preuve qu'ils avaient plus de confiance que nous dans leur existence.

Socrate évoquait son démon et tombait en somnambulisme pour causer avec lui; bien des gens en feraient autant s'ils étaient plus avancés dans la vertu. Ceux qui n'ont que de mauvais esprits n'en méritent pas d'autres ; ils ne doivent pas s'en vanter. Comme il y a bon nombre de chenilles qui ne croient pas qu'elles deviendront papillons, il y a aussi beaueoup de bipèdes si matériels qu'ils ne croient pas pouvoir devenir des esprits ; — d'accord , mais il y a esprit et esprit comme il y a fagot et fagot; ils deviendront des esprits lourds, des esprits médiocres, des esprits pointus ou obtus, comme ils le sont sur la terre. 11 n'y aura rien de changé pour eux, si ce n'est qu'ils ne pourront plus assister en ruminant à leur digestion quotidienne.

L'esprit qui conduit ma plume me dit que ces lignes sont ce qui a été écrit jusqu'ici de plus vrai sur les esprits.

Tant que l'homme sent son corps, l'esprit ne le quitte pas; quand l'assoupissement commence,

l'esprit va et tient de la chatière on de Peril-debœuf an corps ; il jette un regard ou prête l'oreille au monde eatérieur, saisit parfois un mot, toit passer quelques formés et rentre dans sa gaine matérielle au moindre sursaut. Mais quand le corps est bien insensibilisé par le sommeil naturel ou magnétique, l'esprit assiste plus longtemps à la chatière ou au vasistas; il voit les compagnes du monde fantasmatique, formes confuses, indécise?, tourbillonnantes, comme celles qu'on aperçoit le soir en chemin de fer; puis une figure, un groupe humain qui s'évanouissent de même ; ce sont là les esprits, les vrais esprits qui vous regardent ou ne vous regardent pas plus que les passants ordinaires. La preuve que ce sont bien là des êtres en dehors de votre création, c'est qu'après les avoir Vu passer, vous ne pouvez plus les rappeler, les recréer, et quand il s'en présente d'autres, c'est indépendamment de votre volonté. On peut dire que notre esprit est en voyage, car il voit sans cesse des contrées, des objets et des individus nouveaux. Quelquefois, ce sont des sites et des monuments parfaitement éclairés ; d'autres fois, ce sont des formes confuses et sombres ou de véritables déserts où il est rare de rencontrer un être vivant : d'autres fois encore, ce sont des intérieurs et des murs tapissés d'arabesques singuliers comme nos papiers de tenture.

Lee somnambules passent par toute* les alternatives de crépuscule, de jour et de nuit pendant qu'on le* tient endormi». C'est en Yain que vous les interrogez durant ces éclipses» ils ne répondent pas ou répondent au hasard, et les incrédules de triompher. Les magnétistes qui connaissent leur état, feront bien de laisser pleine liberté à leurs sujets en leur inculquant l'habitude de ne parler que quand ils verront bien, ce qoî est facile à ob* tenir par l'opération du rappel.

On nous dira : votre inonde spirituel est un monde imaginaire ; nous en convenons, mais le monde imaginaire n'en existe pa* moins et chacun en possède un spécimen en soi. Notre esprit jouit du rêve comme notre corps de la réalité. La satisfaction est la même pour ces deux entêtés. Le monde imaginaire est donc un monde réel pour notre esprit.

Dieu n'a pas tant séparé qu'on le croit le monde matériel du monde spirituel, car nous vivons autant dans l'un que dans l'autre et nous ne serons , pas si dépaysés qu'on le suppose, après avoir passé la frontière qui les sépare. C'est à tort qu'on s'afflige tant des apprêts du départ; ce voyage nous fera rejoindre d'autres amis souvent plus nom~ breux et plus cbers que ceux que nous quitterons; caria tombe nest qu'une porte ouverte sur l'éternité.

liais ces esprits étrangers, comment viennentils se manifester è nous ?

Précisément comme le fait notre propre esprit, quand il rentre dans son logis au moment du réveil; c'est une sentinelle qui relève l'autre. Ainsi, le somnambule bien endormi est un étui vide de son esprit, un autre esprit s'en empare et le fait manœuvrer, parler, écrire et penser d'après ses facultés, qui n'ont souvent rien de commun avec celles de l'esprit du sujet, lequel ne se rappelle de rien quand son esprit lui revient et que l'autre s'en va ; ce qui explique comment l'esprit d'emprunt parle souvent à I? troisième personne de l'autre.

Les magnétiseurs me comprendront, mata les profanes ne verront que du gai i ma thias double dans nos explications pourtant si terre-à-terre et si claires. La table ou le somnambule sont tout un, un esprit étranger les anime l'un et l'autre, mais les médiums sont plus aisés è comprendre, il faut s'en tenir aux médiums, chercher des médiums.

On ne peut pas obtenir grand'chose sans eux; mais, dans aucun cas, nous ne devons faire abstraction de notre raison et de notre jugement, sous peine d'être mystifié par les esprits farceurs qui ont exactement les mêmes défauts et les mêmes qualités, après qu'avant, en-deçà comme au-delà de la frontière.

Les médecins ont nommé hallucinations, les

apparitions qui surviennent dans certaines maladies, mtys ce sont bien là des esprits et non des créations de la fantaisie, comme ils le supposent gratuitement et sans preuves. Il faut avoir assisté comme nous aux dernières crises d'une jeune phtisique pour être convaincu de la réalité de ces apparitions qui ne laissaient aucun souvenir au réveil. Jamais rien de plus dramatique n'a été mimé par le meilleur acteur.

— Non , non ! tu ne l'auras pas ! s'écriait-elle enserrant son enfant sur son cœur ; ma mère me fait signe de la suivre; elle veut prendre mon en- Tant!

Elle se dressait debout comme un ressort, et poussant un cri navrant, elle retombait anéantie sur son lit, dormait pendant une heure, puis se réveillait calme et tranquille, s'arrangeait une robe pour le bal, faisait des projets de voyage en Italie, et quelques heures après, le même drame épouvantable recommençait. Hélas! tous ces appels de sa mère morte depuis deux mois, ont eu leur dénoùroent fatal dans Tannée ; grand-père, père, mère, fille» petite fille, gendre et frère, sont morts à peu de semaines d'intervalle et sous nos yeux.

Dans le monde des esprits,nl n'y a pas de bètes; du moins, nous n'y en avons jamais vu , cela s'explique : les animaux n'ont pas d'Ame; en voilà une preuve métaphysique, au moins.

On ne mange pas, on ne boit pas dans le monde des esprits ; on n'y fait rien enfin de ce qui concerne les besoins da corps, parce qu'il n'y a plus qu'à satisfaire ceux de l'esprit, telles que la méditation, la contemplation, la conversation, l'adoration des œuvres du Créateur, ou le contraire pour les esprits pervertis, endurcis, pendant leur passage sur la terre ; l'incarnation étant une épreuve dont beaucoup d'esprits ne savent pas profiter. Nous dirons un jour comment les esprits se créent et s'augmentent à l'infini.

Les esprits perfectibles se parent, s'élèvent, elles esprits bruts s'assourdissent et descendent comme la lie au fond du vase ; le départ s'opère d'après les lois naturelles et immuables, et chacun prend librement sa place dans le milieu qui lui convient. On n'a pas besoin de chasser les galériens de la société des académiciens et des sages, ils s'en vont naturellement et de préférence parmi les forçats, comme un ouvrier déserte un gala diplomatique pour aller à la guinguette.

Les maladies du corps sont inconnues ; celles de l'esprit subsistent dans le monde imaginaire.

Il y a des esprits moroses, splénatiques, sérieui ou gais jusqu'à la folie ; il y a même des fous complets, qui déraisonnent quand on les interroge, et font gambader les tables à tort et à travers jusqu'à blesser les assistants. II y a enfin tout ce qui tient

de loin ou de près à la vie spirituelle et qui peut l'entretenir : campagnes, Yer dure, lacs, mer et ciel, mais pas de chemins de fer, pas de télégraphes, pas de moulins à vent ni & vapeur, et pas un seul restaurateur. C'est triste, direz-vous, mais c'est propre et beau ; les voyages de longs cours y sont très-aisés ; on n'a pas à craindre la pluie, le vent, la faim, le froid et les voleurs. C'est un vrai paradis; il me tarde d'y aller pour échapper aux tuiles des singes grimpés sur la gouttière,

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