‹ Magnétisme: encyclopédie magnétique spiritualiste (volume 5)Chapitre 22 sur 47 · APPARITIONS · texte numérisé non relu

APPARITIONS

Angers, le l3jiUJktfC5».

Mon cher monsieur Cahagnet, Heureusement de retour de Paris, et rendu à mes occupations de cabinet ci a mes pinceaux,

pour me reposer la vue, je vais rassembler ici une partie de ce qui a si bien rempli la séance du 2 juillet courant, que vous avez bien voulu m'accorder. J'ai réuni sur mon portefeuille tous les détails dans lesquels nous sommes entrés, et je vais les reproduire ci-après le plus fidèlement possible. Vous verrez plus loin pourquoi j'établis des numéros d'ordre.

Mlle Henriette Bernaul t,ma belle-sœur, appelée.

i • — Signalement physique. — Je l'ai trouvé de la plus parfaite exactitude. Toutefois, madame Adèle lui a vu le teint clair et elle avait la peau un peu brune; mais une maladie de plusieurs années a dû lui donner un teint pâle. L'âge a été un peu forcé; mais elle a été quatre ans malade.

2. — Signalement moral. — Elle était en effet très-bonne, mais très-vive ; elle avait la réplique prompte.

8. — Signalement intellectuel. — Oui, elle avait de l'esprit, de la facilité d'é locution. Madame Adèle dit qu'elle la voit entourée de livres ; qu'elle a dû les aimer, sans que ce fussent précisément des livres très-sérieux. Cela est encore trèsexact. Du reste elle s'occupait quelquefois de poésies légères.

4. — Elle ne se souvient pas de l'année de sa mort* Elle croit que c'est peu avant 1846. Je croyais que c'était au commencement de 4847*

De retour ici, j'ai reconnu que c'était en novembre

5. — Elle est heureuse, au 2* rayon ; son père, excellent homme, bon père, bon époux et pieux, est bien placé ; sa mère est moins élevée, et j'ai dû le croire facilement.

Quelqu'un qui fut chanoine, et qui donnait lieu à la critique, serait dans les ténèbres.

Si Ton m'avait demandé ma pensée sur la place qu'il doit occuper aujourd'hui, j'aurais répondu d'une manière analogue àeequ'aditma belle-sœur,

6. — Je lui ai fait parler d'une tante, du côté paternel, sans la nommer, ayant été sur terre, dans une condition qui n'est pas ordinaire. Elle a répondu: « C'est la religieuse. — Avait-elle un titre spécial dans son couvent? — Oui, elle était supérieure. — Comment nommait-on ce couvent?

— Madame Adèle dit qu'elle parait chercher à rappeler ses souvenirs; elle articule la désinence* lion, sans trouver le véritable nom. Je lui fais demander si ce n'est pas Visitation : elle répond que c'est précisément cela, qu'elle se le rappelle trèsbien maintenant; ce qui était vrai, comme tout le reste.

— Quel était le caractère de cette tante ? N'était-elle pas maussade ? — Elle était d'une douceur angélique » ; ce qui est encore très-vrai.

g. Voit-elle souvent ses frères? — Elle en a deux qu'elle aime beaucoup.

9. — Quels sont leurs noms? — Jules et Henri. — Ce nom de Jules m'a frappé, parce que je ne lui ai jamais counu de frère de ce nom. J'explique* rai cela à la fin de ces détails.

40* — Je lui ai parlé de son frère, saint Phare, mort d'un accident. Elle croit qu'il s'est noyé ; mais, sur terre, elle ne se le rappelait pas, parce qu'elle était trop jeuue quand il est mort. Elle était alors à vingt lieues de lui, et, dans la maison, on évitait toujours de parler de cet événement. Un pistolet, faisant explosion dans sa poche, lui a ouvert le ventre.

iO bis. — Je lui fais demander si c'est elle qui m'a donné plusieurs fois signe de présence la nuit, l'année dernière, de différentes manières, soit par des craquements formidables dans ma couchette, douze fois de suite, par secousses aussi répétées du matelas supérieur, soit par des apparitions lumineuses, une fois entr'autres avec une autre femme, une voix claire et sonore disant : « Henriette et sa sœur ; soit par un souffle froid sur le front, plusieurs fois répété, soit, enfin, par un rêve, pour me réveiller et pour que je pusse secourir sa sœur, ma pauvre femme, qui était bien malade sur son lit, sans vouloir in éveiller. Elle répondit affirmativement.

44. — Je lui fois demander ce qu'elle pense de son beau-frère dePrat: elle répond qu'il était extrêmement vif, mais que ses emportements passaient comme l'éclair, et que c'était le meilleur homme du monde, franc, loyal, généreux; ce qui était très-exact.

42. — Je lui demande encore si j'ai quelque chose de remarquable pour elle avec moi. — • Elle répond : « Un bijou ; je crois que c'est une bague. — Que contient ce bijou ? — Des cheveux. — À qui sont-ils ? — Ce sont les miens, et elle dit qu'elle voit avec plaisir que je porte ce signe de souvenir. C'était un petit médaillon que j'avais en dessous de ma chemise, qu'on ne pouvait pas voir, et qui contenait en effet son chiffre, fait jadis avec ses cheveux.

43. — Enfin, je lai propose de se manifester A moi le 4 S août prochain, à trois heures après midi, dans mon cabinet, que je tiendrai dans l'obscurité la plus profonde. Elle s'y engage, en disant qu'il faudra me mettre en rapport mentalement avec elle pendant huit ou dix jours avant celte époque, et elle dit A madame Adèle que ce sera l'heure des vêpres.

44. — Madame Adèle me dit : mais elle n'est pas seule ; je vois avec elle une autre femme, plus grande qu'elle, et le signalement qu'elle m'en donne me fait reconnaître sa sœur, qui l'accom-

pagnait lorsque deux femmes, à l'état de lueur, m'ont apparu la nuit, et qu'une voix à dit :

* Henriette et sa sœur. » Mais madame Adèle lui donne de trente à trente-cinq ans, et elle n'en avait, à peu près, que vingt-six quand elle est morte. Je vais encore expliquer la cause de cette différence d'estimation.

15. — Pourriez- vous me dire de quelle maladie elle est morte? — Je lui vois à l'estomac une décomposition de sang, qui est tourné en eau. — En effet, elle est morte hydropique.

Je passe quelques détails qni n'intéressent que moi.

Dans ces sortes de sujets, quand on écrit pour le public comme vous le faites, monsieur, on ne saurait trop répandre de lumière pour faire reconnaître la vérité à des adversaires ou intéressés à la mettre sous le boisseau, ou d'une méfiance que rend coupable la sincérité de l'écrivain. La vôtre ne peut soulever aucun doute ; mais» dans vos expériences, vous ne pouvez rien garantir que d'après l'assurance d'exactitude et les explications des personnes qui évoquent quelques parents. Je vais donc vous faire les observations qui sont ici nécessaires.

Tout d'abord 9 pour répondre à ces sceptiques incorrigibles, qui pourraient dire : «Etes-vous bien sûr du sommeil magnétique de la somnam-

traie ?» Je dirai que j'ai fait une remarque qui n'a peut-être jamais été faite; c'est qu'à l'instant où vous l'ayez magnétisée, ses yeux se sont renversés, la prunelle descendant tout-à-fait au-dessous de la commissure extérieure des paupières, exactement comme un moribond rend fe dernier soupir ; remarque qui me paraît très-essentielle, puisqu'elle établit une certaine analogie avec la fin de notre état physiologique, qui met l'âme en liberté.

Ces sceptiques sont portés à penser que les lucides peuvent puiser leurs réponses dans les pensées des évocateurs, ou en supposant vraie la présence des défunts, que ceux-ci ont la même puissance. Je vais leur fournir la preuve qu'ici ce qui était i ma connaissance n'a influencé en rien les réponses.

Au N° 4, la différence d'Age est de suite justifiée par quatre ans de maladie.

N* 4. — Je croyais que Tannée de la mort de ma belle-sœur était au commencement de 4847.

Elle a cependant dit qu'elle croyait que c'était en 4846. Elle n'a donc pas répondu suivant ma pensée.

N° 6. — Quand je lui ai demandé le nom du couvent dont sa tante était supérieure» je savais bien que c'était la Visitation. Cependant j'ai dft le lui rappeler.

N° 9. — Quand je lui ai demandé quels étaient les noms de ses deux frères avec lesquels elle

limait è se trouver; elle * répond* : « Jules tt Henri» » Elit avait bien uo frère du nom A'Hwri, maia alla n'a pas pu prendre dans ma pensée le non de Jules, que je n'ai jamais entend? prononcer dsQS la famille ; mais elle peut avoir raison. De tous mes beaux-frères, l'ataé n'était jamais nommé qne Bernabet. Longtemps prisonnier de guerre, il est mort en 1814, en quittant l'Angle* terre. Comme tous les chrétiens, il avait des noms de baptême. Il est asseï d'usage que U» parents donnent un de leurs prénoms au premier enfant. Or, sa mère s'appelait Jylie. Son premier enfant, étant un garçon, elle aura voulu qu'il s'appelât Iules i de même qu'elles donné son nom de Julie à son seoond enfant, qui était une fille; de même qu'après «voir en Honri eUo a voulu avoir Henriette.

N° 10, -~ je savais très-bien que son frère Spint-Pbara s'était blessé mortellement avee un pistolet de pocbe» Si ma pensée avait dû être interrogée par ma sotur ou la lucide, il ne m'aurait pas été répondu comme on le voit sous ee n«» , N« 12. —Lorsque j'ai demandé à ma belle- 9 sœur si j'avais quelque chose de remarquable pour elle, sur moi, elle aurait dû répondre tout de suite : « un médaillon, » si elle avait consulté ma

N« 44, ~ Malgré la plupart des réponses een-

forma à la vérité, j'avais quelque tratnte qu'an esprit étranger ne se fût présenté sons lé nom de ma belle-sœur Henriette, lorsque j'ai entendu avec plaisir M n6 Adèle dire : a Mais elle n'est pas sente; je vois pris d'elle Une autre femme, plus grande qu'elle, belle femme, grasse, figure ronde, etc. » À Bon signalement j'ai bien reconnu la malheureuse sœur d'Henriette, morte dans une attaque d'épilepsie A viogt-iii ans. M°" Adèle lui «tonne de trente A trente-cinq ans* Gela n'est pas étonnant, car, soit en raison de la corpulence ou de sa maladie, qui la vieillissait, lorsque je la vis, peu de mois avant sa mort, je la pris pour une sœur de ma belle- thère.

Enfin il est remarquable qu'ici elle se présente accompagnée de cette même sœur (elle n'en a pas d'autres de mortes), comme dans l'apparition que j'ai mentionnée plus baut, sous le n° 10 bi$.

J'ai omis de faire remarquer quelque chose d'essentiel sous ce ti° 10 bi$. Ha belle-sœur dit A M** Adèle qu'elle m'a souvent donné signe de présence, notamment une fois , parce qu'étant couché A plat, au-dessous du traversin, j'étais oppressé, et en danger d'apoplexie. Ne sachant pas que ce pAt être la cause de l'une des manifestations de ma belle-sœur, ni que je lui dusse cette attention, je n'en ai eu aucune idée ; mais je me rappelle fort bien un réveil insolite, et, perdant

respiration, je dus m' appuyer le dos sur le dossier démon lit.

Voilà les détails que je me plais à mettre sous vos yeux, avec une sincérité égale à celle que vous mettez dans vos écrits, et qui devraient confondre tous les zoïles qui se mettent à vos trousses, parce qu'ils sentent que, du jour où ils seront forcés de reconnaître l'existence, la présence possible et l'action auprès de nous des Esprits, ils devront briser l'idole de l'athéisme, et s'incliner au nom du Dieu que conçoivent et que vénèrent ceux qui sont des sages, parce qu'ils sont des penseurs.

Je souhaite que cette lettre soit un coup de bélier de plus donné à cette forteresse de l'incrédulité dans laquelle se retranche l'orgueil, la fatuité, et qui doit crouler par la seule puissance des faits. — Votre tâche est glorieuse. Continuez, et à vous le triomphe.

Adieu, ipon cher Monsieur Cahagnet, Votre affectionné,

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