‹ Magnétisme: encyclopédie magnétique spiritualiste (volume 5)Chapitre 36 sur 47 · RECHERCHES PAR LE LUCIDE TARTARIN, 18 MAI · texte numérisé non relu

RECHERCHES PAR LE LUCIDE TARTARIN, 18 MAI

J'ai dit, page 130 de ce volume, comment, dans un moment de passe-temps, j'avais endormi M. Tartarin, cultivateur à Argenteuil. En racontant le phénomène de dédoublement qu'il avait vu de ma personne, etc. Une deuxième fois j'endormis ce monsieur afin de juger si je pouvais espérer diriger cette lucidité fugace de laquelle j'ai parié. J'obtins le même état de sommeil en moitié moins de temps, mais je ne pus obtenir ni isolement ni souvenir au réveil. Un voisin de ce monsieur manquait à sa maison depuis deux ou trois jours ; sa famille était dans la plus grande inquiétude. M. Tartarin connaissait et estimait beaucoup cet

homme. Je profitai de cette circonstance pour rengager à aller à sa recherche, ce qu'il fit avec plaisir. Je vais transcrire aussi exactement que possible ses propres paroles, afin qu'on juge de la facilité que l'homme possède de se diriger, de voir, et' de disposer de cet état selon ses vœux ou selon les vœux des esprits qui lui en facilitent les moyens. — Je vois son épouse, dit le lucide ; comme elle est triste, la pauvre femme ! Je le crois bien ; ils vivaient bien ensemble; elle est bien chagrine... Je ne le vois pas, lui... il n'y est pas... Je voudrais cependant bien le voir... Tiens ! me voilà dans les champs ! Sa pauvre femme le cherche dans une

()ièce de terre leur appartenant ; elle pleure et ne e trouve pas. .. Tiens, c'est drôle, me voilà sur un pont!... mais, c'est le pont de Bezons, je le connais bien; pourquoi donc qu'on me mené là?... Je reconnais bien l'auberge de M. R... Qu'est-ce que je lui dis?... Ah! bien, qu'est-ce que j'ai l'air ? Où vais-je comme çà ? J'ai l'air d'un flâneur ! Je marche tranquillement tout le long de la Seine. Bon ! j'arrive à Saint-Germain; il n'est pas à Saint- Germain. Je ne vois rien... Revoilà ces brouillards noirs qui passent encore devant mes yeux.

— Ne faites-vous que de voir des tableaux, des lieux et des distances que vous nous citez, ou, au contraire, vous trouvez-vous bien en entier, vivant aussi libre de tous vos mouvements et de vos appréciations dans les lieux desquels vous me parlez, que dans votre état ordinaire?

— Comment cela ! Si j'étais bien sur le pont de Bezons» et si j'ai parlé avec M. R...? Je le crois bien ; où voulez-vous que je sois donc, puisque je

marchais tout le long de la Seine?... Oh! bien, ce serait drôle, si je n'étais pas tout entier là ou je vous le dis.

— Faites cependant attention que votre corps ne change pas de place.

— Qu'est-ce que cela me fait à moi, pourvu que

i*e sois où je me vois.^ Est-ce que je m occupe du ieu où je ne me vois pas ! Que mon corps reste où il voudra, pour moi je suis bien et parfaitement bien où je marche.

— Tâchez de voir à nouveau si vous pourriez retrouver les traces de cet homme.

— Voilà qui est surprenant ; je me retrouve sur le pont de Bezons...

— Le voyez-vous se jeter à l'eau?

— Non, mais j'éprouve quelque chose d'indéfinissable.

— Est-ce une sensation de peine ou de joie ?

— Ce n'est pas une sensation de joie, mais, à coup sûr, je n'ai jamais senti ce que je sens. Je me trouve si drôle !... Que va-t-il donc m'arriver?... Je suis dans un drôle d'état... oh! je vois, il est retrouvé, le voilà au bord de l'eau.

— Il s'est donc noyé ?

— Je ne sais s'il s'est noyé. Je le vois pour la première fois, là, sur le bord de l'eau de laquelle on l'a retiré ; sa famille le sait, car je vois auprès de lui son frère et son beau-frère ; c'est sans doute qu'ils veulent cacher cette mort. Oh ! ce pauvre homme, le voilà bien là; il n'y a plus de doute pour moi, il est noyé.

Je dois faire observer que le jour même où le lucide dit voir retiré de 1 eau l'homme qu'il vou-

lait voir, il fat effectivement retiré de la Seine an homme au pont de Bezons ; l'on crut dans le pays que c'était celai dont la disparution inquiétait tout le monde, mais l'homme trouvé ainsi était un étranger à la ville. Comment ne pas admettre devant une telle erreur les propositions que j'ai faite* sur ce sujet dans les Arcanes de la vie future dévoilés, et dans mes autres ouvrages, oui sont : qu'il suffit au lucide ou aux personnes présentes de désirer fortement que telle chose soit pour qu'elle soit effectivement pour lui. C'est simplement an effet d'enveloppe des choses ou des êtres dans le* images de la pensée présente des personnes qui questionnent. Oui, je le répète avec plus d'assurance que jamais, chaque chose nommée devant un lucide est instantanément présente à ses yeux, elle se trouve dans le nom même prononcé, elle peut être changée de forme, ainsi que de manière d'être, à chaque accotement que l'on fera de son individualité avec le nom d'une chose quelconque : semblable à un objet que Ton enveloppe dans plusieurs doubles de papier de différentes couleurs; qui ne voit nue le papier eitérteur ne connaît que la couleur de ce papier; il en est ainsi des autres* M. Tartarin s'est dit en voyant le cadavre retiré de l'eau, ne serait-ce pas celui que je cherche? Comme il connaissait beaucoup cet homme, il se l'est représenté par le mirage de sa pensée et s'est trouvé envelopper le cadavre qu'il voyait dans l'image de celui qu'il cherchait. Il en est de même des parents qu'il a vusautour de ce cadavre ; comme il savait que d'activés recherches étaient faites par ces parents, il s'est dit : Oh ! bien sûr qu'ils savent

— SOG —

qu'on a trouvé an homme au pont de Bezons, et sa pensée a fait à l'égard de ces personnages ce que la pensée de tout le monde fait en toutes les circonstances de la vie, en voyant chacun intérieurement les choses et les êtres, tels on les fait et on les croit. Il ne faut qu'un peu d'observation à l'homme pour se rendre compte de ces cas d'erreurs pour le lucide. Ce dernier est d'autant plus trompé qu'il est aux prises avec la vie de ces images, comme nous l'avons dit tant de fois, vie aussi pleine d'activité et d'objectivité pour lui que celle de l'état terrestre.

L'homme que nous cherchions fut trouvé noyé quelques jours après, mais à un autre endroit dans la Seine que celui où l'avait vu Tartarin. Y auraitil eu prévision tronquée sous l'empire des mêmes missances dont nous venons de traiter? Nous 'ignorons ; mais il nous reste prouvé une fois de plus que l'univers d'images des choses humaines, images non imagées après coup, mais bien préexistantes aux faits, offre a notre âme toutes les mêmes certitudes désirables de pondérabilité, d'activitéet d'actualité que les formes matérielles lui offrent elles-mêmes. Nous ne pouvons donc trop attirer l'attention des étudiants sur cette question capitale, question qui est la clef des plus hautes solutions métaphysiques qu'aient suscitées le somnambulisme, l'extase, la folie, l'hallucination, etc.

âlp. Cahagnet.

ETUDES ÀNÀTOMICO-MÉDICALES 21 et 26 janvier 1856.

Somnambule Ravet et somnambule Adèle Maginot.

Le cadre d'un ouvrage ayant pour titre : Révélations d'outré-tombe (voir la fin de ce recueil), Quoique considérablement élargi, se trouve trop troit pour y insérer les études que je ne cesse de faire avec le somnambule Ravet, duquel j'ai parlé tome 1 er de Y Encyclopédie. Je me trouve forcé d'en reverser l'excédant dans cette publication. Il serait fâcheux» je le pense, de laisser dans l'oubli des détails de l'ordre de ceux qui suivent. Le 21 janvier, je questionnais le lucide précité sur des doutes concernant la mission desguiaes des hommes de la terre, séance qui est mentionnée dans l'ouvrage précité; après quoi Ravet demanda quelques conseils à son guiae pour le traitement d'une plaie qu'il a à la jambe, plaie qui l'inquiète et le fait beaucoup souffrir.

Ravet jouant, il y a quatorze ans, avec un camarade, reçu de ce dernier un coup de pied sur le devant de la jambe droite, à la suite duquel il y eut une plaie qui resta ouverte malgré tous les soins qu'il y apporta pendant ce long laps de temps, jusqu'au jour où, dans une nuit, son frère spiritualisé lui apparut dans un rêve et lui révéla un remède qui amena promptement la cicatrisation de cette plaie. (Voir, tome 1 er de Y Encyclopédie, l'article : Guérison par un mort). La plaie resta

fermée pendant près d'une année, après quoi elle se rouvrit à nouveau. Adèle parvint à la fermer, mais elle se rouvrit encore après, an moins, neuf mois de cicatrisation, et c'est pour elle qu'en ce jour le lucide questionne son guide. Ravet a les ïambes couvertes de varices d'un volume incroyable, qui, je le pense, ajoutent à la difficulté de la guérison parfaite de sa plaie.

Un deuxième accident lui arriva, il y a environ on an, et faillit lui occasionner les mêmes troubles que le premier. Ravet sentait depuis quelque temps une gène sous la cheville intérieure de la même jambe; croyant que c'était une écharde qui s'était logée dans Tépiderme, fouilla cette place à l'aide d'un outil tranchant et offensa un petit nerf imperceptible, qui s'était allongé de lui-même au dehors de Tépiderme et avait formé une petite grosseur que Ravet croyait être le produit d autre chose. Deux mois de traitement magnétique et un peu d'onguent Ganet finirent, non sans peine, à fermer cette petite plaie. Il se trouve qu'en ce jour cette même plaie menace de s'ouvrir à nouveau, et, ce qui est le plus incroyable, c'est qu'une semblable plaie s'est ouverte juste au même endroit, à l'autre jambe en regard de celle qui avait été causée par l'imprudente ouverture qu'avait fait Ravet.

Je prie le lucide de demander à son guide ce qui peut occasionner cette persévérance que met sa première plaie à s'ouvrir ainsi après une cicatrisation aussi longue, et qui peut, en même temps, avoir produit le phénomène de l'ouverture de la deuxième plaie?

— *Oft —

— C'est l'habitude que l'humour a pria* {£ pas ser par eette ouverture.

— Pour comprepcjre une tellp l)abitude, j) faut supposer que cette humeur est susceptible d'en prendre une et, par conséquent d'ayoïr conscience de ce qu'elle fait.

— Elle en a parfaitement conscience.

— Je pourrais admettre ce que vous dites, d'après la vie que je supposais et que vous pqus $vei confirmé, qui anime les plus simples moltéeules matérielles; mais l'humeur qui est sortie n'çpt plps là pour se souvenir qu'elle a sorti par cp trou, et l'humeur à sortir n y ayant jamais sorti n$ peut eu avoir pris l'habitude.

— Avez-vous besoin d'avoir passé par pu chemin quelconque, que vous savez qui cpqdujt 4 tel endroit, pour connaître ce chemin et vous en çervir au besoin ? Je vous ai déjà dit qu'il n'y avait rie* d'inanimé ni de non pensant dans l'univers ; par conséquent, les corpuseules qui forment la sudstance humorale s'instruisent entre eui et savent, par ce moyen, par où leurs camarades opt sorti pour passer dans un autre état, qui est un moyen de liberté pour eux. Cette plaie était un chemin dont la porte est continuellement gardée par des leurs, et lorsque les grandes expatriations sont nécessaires (vu l'abondance des masses), les portiers enlèvent, comme ils ont su les placer, lefeupaté* riaox obstruants qu'ils avaient mis là peur up temps nécessaire, la porte se trouve réouverte et l'émigration continue à nouveau.

— De quoi est composée cette humeqr?

— De I écume du sang ?

ts.

— Qui produit cette écume ?

— Le trop ou le pas assez des constituants du «ng.

— Pourquoi la deuxième plaie s'est-elle ouverte d'elle-même?

— Parce qu'il s'est trouvé quelque ouverture imperceptible qui a facilité cette plaie à s'ouvrir. L'humeur se trouve sans cesse charriée dans le torrent de la circulation du sang; elle se trouve quelquefois entravée dans son cours par des compressions ou quelque autre cause ; les corpuscules qui la forment se groupent alors et font des efforts très-grands pour continuer leur route ; dans ces efforts, ils forment ce que vous nommez des inflammations ; ces dernières engendrent des déchirures et des plaies. Une fois la plaie formée, elle n'est pas facile à fermer, si elle se trouve surtout a voisiner les conduits abondants de la circulation •

— Ces corpuscules ont-ils un siège d'action, une organisation quelconque ?

— Certainement, c'est tout un petit peuple qui a son gouvernement, ses lois, ses habitudes et ses besoins, vous savez que je vous ai déjà dit cela.

Qbs. Je ne pense pas que Ravet ait quelque propension pour un système qu'il ne m'est nullement difficile n'accepter, vu que j'en ai déjà beaucoup traité dans mes ouvrages. Ce lucide est de l'avis de presaue tous ceux que j'ai vus, concernant leur santé, qui est de se méfier plus de leur savoir que de celui d'un autre lucide; il préfère que je consulte Adèle à ce sujet afin d'avoir son opinion sur un traitement à suivre. C'est ce que je fis quelques jours après. Voici ce qu'Adèle^jous dit :

— Pourquoi cette plaie s'est-elle réouverte ?

— Parce qu'on n'a pas continué, malgré qu'elle était fermée, à la couvrir au moins pendant deux mois de l'onguent qui l'avait fermée.

— Qu'aurait fait cet onguent sur des chairs en bonne santé?

— Ces chairs n'étaient pas en aussi bonne santé qu'elles n'eassent plus besoin de fortiGant, et cet onguent en est un.

— Gela ne me dit pas pourquoi elle s'est réouverte !

— Parce que l'humeur a pris l'habitude de passer par là !

— Tu parles d'habitude, quelle habitude peut avoir une humeur qui est dans le corps de faire une chose qu'elle n'a jamais faite, car si elle l'avait fait une fois elle ne rentrerait pas dans le corps pour recommencer ?

— Des enfants oui ont l'habitude de courir dans les champs ou au bord de l'eau ne se trouvent-ils pas victimes parfois les uns ou les autres de quelque trou ou de quelque chute qui les fait tomber aedalos ou dans un précipice ; défendez à tous ceux du quartier d'aller près de ces lieux dangereux, vous ne réussirezqu a stimuler leur envie à y aller, et par là vous aurez beaucoup plus d'accidents à déplorer; il en est ainsi du cours qu'a pris cette humeur, depuis de nombreuses années qu'elle passe (par l'effet de la circulation) auprès de ces ouvertures par lesquelles tant des leurs disparaissent ; tous savent très-bien que ces ouvertures existent et y passent lorsqu'ils ne veulent ou ne peuvent plus vivre entre eux.

— fil —

— Pour que cela arrive tel ta le dis, il faudrait que cette humeur fut vivante et pensante.

— Où donc qu'il y a auelque chose de mort dans la création, et s il n'y a rien de mort, tout n'agit-il pas ? Agir et penser sont une même chose ; on ne peut faire l'un sans l'autre ; eh bien ! vous êtes bons là vous autres, de croire que tout cela ne pense pas ; eh ! qui donc penserait pour eux? qui donc conduirait ainsi des êtres morts dans ce que vous dites qui fait votre vie? Tiens, tes savants vivraient cent ans les yeux ouverts comme je les ai, ils ne sauraient pas encore le pourquoi de tout cela ; mais sache donc que nous sommes tout un monde, tout un univers vivant, etc.

Adèle conseilla à Ravet ce qu'il avait à faire et moi je restai pour la première fois sous l'impression produite sur mon esprit par cette définition presque identique des deux lucides sur les constituants de la matière. Ravet ayant lu mes ouvrages aurait pu penser comme moi, mais Adèle qui n'a rien lu, qui ne veut rien lire, et qui n'est bien qu'à sa cuisine, me dire de telles choses, a droit à me surprendre, elle qui n'a pas la communication de pensées, et qui, si elle l'avait, me l'aurait dit certainement, aussi explicitement plutôt, je dus en conclure que nous étions à TA, B, C de ces connaissances et que j'étais dans une bonne voie à leur égard. Que les magnétistes studieux se livrent à ces études, surtout lorsqu'ils auront lu l'ouvrage précité, ils ne regretteront pas leurs peines. Au». Cahagnet.

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