‹ Magnétisme: encyclopédie magnétique spiritualiste (volume 5)Chapitre 39 sur 47 · SOMNAMBULES MAGNÉTIQUES ET MÉDIUMS · texte numérisé non relu

SOMNAMBULES MAGNÉTIQUES ET MÉDIUMS

Dès la plus haute antiquité, l'homme a reconnu qu'il passait dans un état anormal, état auquel il donna les noms d'inspirés, prophètes, sy billes, devins , voyants et somnambules. D'Abraham à Ezéchicl,de Moïse au Christ, d'Hermès Trismégiste à Salomon, des pytonissesaux somnambules de nos jours, chacun vit, dit, affirma, imposa au besoin les observations faites dans cet éfat. La foule, du commencement a la fin des temps, auditeur d'une instruction qui ne l'instruit jamais, déifia, honora, respecta et respecte encore ce qu'elle croit être au-dessus d'elle. Il y a loin entre cette appréciation pleine d'humilité et celle pleine d'orgueil des prétendus savants qui, ne pouvant pas plus expliquer que les plus ignorants ces phénomènes de la vie humaine, les nient tout net. Dès la plus haute antiquité, les hommes crurent qu'.ls étaient trop distancés de Dieu ou trop infimes pour mériter un regard de bienveillance de ce grand Être, et ne pouvoir obtenir ce regard que par celui béatifique de ces voyants. D'un service quelconque à la rétribution, il n'y a que la distance du besoin et de la reconnaissance. Le prêtre , dit interprète de l'homme avec Dieu, naquit donc d'une somno-

lence de l'homme. Trouver après on aussi doux sommeil la sébille assez garnie pour garnir à son tour l'estomac, sans goutte de sueur répandue, est une assez bonne position dans la masse des mauvaises qui pullulent sur ce globe pour entretenir ces doux rapports spirituels qui sont si bénéficiâmes aux voyants, fut chose facile. Des prêtres sortit l'Église, la hiérarchie, la mise en pratique, par des actes d'imitation, des bonnes ou fausses vues de ces voyants. Idoles, autels, décors, étendards, actions, impositions, tout ce que nous voyons en nos jours, découla et fut le produit de ce passe-temps d'inspirés. Être allé comme Moïse jusqu'à renfermer la parole divine dans le saint tabernacle d'or ou de pierres précieuses, ou comme Salomon, tirer de la fameuse pierre philosophale les roues d'or qui supportaient ses magnifiques chars, ou, comme les religions en général, et le catholicisme en particulier, personnifier Dieu dans un homme, dans un grain de farine, dans une image donnée ou vendue à tant le milligramme, n'a été qu'un même but pour tous : vivre le mieux possible de la crédulité humaine. Si les petits ruisseaux font les grandes rivières, comme on ledit vulgairement, les petites croyances font les grandes dominations. C'est ce qui est découlé et ce qui découlera à tout jamais du non libre examen des phénomènes desquels nous parlons et de toutes

proposition! philosophique*, domestiques et politiques imposées. Il y aurait dii volumes à faire pour écrire l'histoire de tous les cercles plus ou moins mystiques qui se sont formés et succédé, ayant pour point de départ un bon ou mauvais coup d œil dans l'inconnu.

Nous n'entreprendrons pas cette tâche , qui se* rait trop pénible à remplir et trop peu goûtée par les êtres auxquels elle serait dédiée ; nous arriverons d'un bond a Mesmer, qui, dans sa studieuse pratique, reconnut l'existence de cet état et le nomma état de crise. Puis nous passerons à Puy~ ségur, qui le décora du nom de somnambulisme ; à Deleuze , qui en fit le premier un historique aussi complet que possible, et nous arriverons à M. Du Potet , qui en fit à l'Hôtel-Dieu de Paris une pièce a la Paixans qui commanda le silence des vieux arquebusiers voltairiens. Chacun, depuis ce jour, provoqua et désira obtenir ou entrer dans cet état de voyance et de béatitude céleste ; les tètes s'échauffèrent plus par un sentiment d'orgueil que par un sentiment d'humilité; il naquit à profusion des inspirés, des prophètes, des sy billes, des devins, des voyants et des somnambules. Chacun consulta, écouta, espéra et désespéra d'obtenir des résultats dignes de sérieuses études. On tint plus à être endormi qu'à être éveillé, c'est-àdire à être quelque chose de supérieur que d'être

quelque chose d'inférieur. D'un état qui était soumis en apparence à quelque condition physique, on passa à un état qui n'en exigeait aucune.

M. Du Potet provoqua et obtint le premier, nous le pensons, cet état dans ses séances dominicales; là on vit renverser et réduire à néant toutes les propositions que tant d'auteurs ont faites dans des ouvrages très-remarquables, tant en magnétisme qu'en cabale. L'homme ne devait pas restera cette belle halte scientifique; il fut jusqu'à produire l'état de médium, et ce dernier offrit à nos yeux les faits les plus merveilleux et les plus contestés de la magie et de la cabale. Les fées, enfermées depuis quelques siècles dans quelque grotte égyptienne ? en compagnie de l'auteur du beau roman des Mille et une Nuits y sont sorties tout à coup de leur retraite plus belles, plus puissantes et plus actives que jamais. Moïse, Christ, Appolonius, Pierre, saints et saintes du calendrier catholique, ne sont plus que de petits physiciens auprès des médiums de nos jours. Quelques heures de lecture des livres qui traitent de leurs facultés sont suffisantes à édifier sur cet état. C'est moins des seigneurs médiums dont nous voulons parler que des simples valets en cette science, que des simples copistes sous la dictée, ou la propulsion d'Esprits. Là encore nous nous trouvons devant la crédulité populaire et l'orgueil d'être envieux, d'être ce

qu'ils ne sont pas. Existe- t-il une maison à Paris, maintenant, qui n'ait pas son médium écrivain, qui ne cherche pas à dire mieux que la maison voisine, à être plus protégée spirituellement, plus instruite sur les choses à venir, et qui, pour changer, puisse se garer du moindre accident ou incident non prévu dans ce sublime état? Non, c'est le badigeonneur qui entreprend d'un seul coup d'imiter Raphaël, ou le cuisinier qui veut être un César.

Il n'existe pas, selon nous, une seule pensée, une seule proposition , ou une seule instruction qui ne soit soumise à l'état d'éclosion, de maturité et de sagesse. L'esprit de l'homme est appelé à connaître et traiter sciemment de toutes les parties de l'œuvre de l'Éternel ; mais dans ce travail il est soumis, comme sur la terre, à la connaissance des notes de musique avant de faire de la musique, à connaître ses lettres avant d'écrire, à connaître la valeAr des chiffres avant de calculer; enfin, à passer par tous les anneaux de la chaîne éternelle. Si parfois il étend ses facultés par un état de fraude, comme la curieuse jeune fille le fait à l'égard du roman qu'elle lit, et dont elle est impatiente de connaître le fin en laissant de côté les premières pages pour les dernières. Ce lucide, ce médium, cet inspiré, sera en tout semblable à cette jeune fille, il connaîtra la fin mais non les

détails du sujet qu'il traite. Si vous le forcez d'entrer dans cette étude, vous ne tardez pas a reconnaître qu'il n'y a pas si loin de son intelligence à la vôtre que vous pourriez le penser ; vous vous suivez pas à pas, seulement qu'il marche le premier par l'effet de l'état dans lequel il est plongé.

Le médium, les tables, et tous les moyens en vogue aujourd'hui de correspondre avec le monde des causes, sont, selon nous, bien inférieurs aux somnambules magnétiques, et aux moyens d'appréciation et de contrôle de ces derniers. Les somnambules ont, en plus, l'avantage par leur état physique, d'offrir des preuves qu'ils sont bien ce qu'ils disent être et ne trompent pas, quand le médium au contraire n'offre aucun moyen de contrôle et peut voir son état contesté par le premier venu.

Je suppose ici de la loyauté de part et d'autre, et une égale perfection dans leur état respectif. Le somnambule magnétique est encore bien supérieur, en ce que tous ses sens sont acquis à l'appréciation des choses, qu'il voit, qu'il palpe, qu'il observe, et dont à l'occasion il subit les puissances. Il est vif, démonstratif, entraînant, dominant môme à l'occasion, quand le médium est lent, embrouillé, inquiet lui-même sur sou état et sur ce qu'il écrit. D'un côté, c'est la vie litre qui anime les productions de l'intelligence, et de l'autre,

c'est un bras esclave qui les enchaîne des liens du doute.

Si Ion passe maintenant à l'observation de tout ce qui peut résulter de supercheries et de mensonges volontaires à l'occasion de l'état des médiums, on aura cent choses contre une qui vous prouveront que vous auriez mieui fait de ne rien demander à ce moyen imparfait, que d'avoir été la dupe de la sottise humaine, et de compromettre ainsi des études aussi sérieuses et aussi sacrées que celles que nous proposons depuis tant d années. Si au lieu de vous empresser d'écrire sur cette matière, vous lisiez ce qui est déjà écrit, vous joindriez vos observations à celles existantes et n'en seriez que plus éclairé. Si au lieu de vous ériger en souverains maîtres de vos maîtres (le monde spirituel), et de mettre si peu d'ordre dans vos besoins de connaître, vous demandiez humblement la lumière nécessaire à votre instruction ; ne mêlant point ainsi les affaires de l'esprit et celles du corps, le présent au futur, le pouvoir et le non pouvoir faire pour l'homme en toutes choses; vous n'altéreriez pas votre foi comme vous le faites par les enfantillages de vos classes ou de vos séances. Ce qui fait la valeur du diamant, c'est sa limpidité. Ce qui fait la riche éducation de l'homme, c'est son humilité ; méfiez-vous autant de ces médiums de toutes tables comme de ces

somnambules de toute école. Les plus éveillés dans ces sortes d'études ne sont pas fort souvent ceux qui croient l'être. Que de brocanteurs de religion et de philosophies nouvelles sont i l'état naissant en ce jour, dans tous ces petits cénacles que ne perdent pas de vue les tricornes jésuitiques, pour, en cas échéant, passer d'une table & une autre. Soyez prudents, vous dis-je, si vous avez quelque souci de votre prétendu progrès ; car si vous ne marchez pas comme l'écre visse, vous n'en faites pas moins le tour d'un cercle vicieux que vous prenez pour une ligne droite.

Croyez-en un homme qui a fait quelques études sur ce sujet,

ALP. CAHAtiJKET.

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