‹ Magnétisme: encyclopédie magnétique spiritualiste (volume 5)Chapitre 40 sur 47 · LE MÉDIUM YOUM ET LE SAINT-SIÈGE · texte numérisé non relu

LE MÉDIUM YOUM ET LE SAINT-SIÈGE

Le premier, ou pour mieux dire, le plus fort médium qu'a possédé l'Amérique est arrivé en France pour rendre le public parisien témoin de ses puissantes facultés. Nous disons ses facultés, parce que ce médium possède toutes celles reconnues individuellement chez chaque médium, facultés divisées en cinq catégories qui sont : 1° Écrire par le secours d'Esprits, comme nous le remarquons chez nos médiums français } 2° obtenir des réponses à ses questions par des coups frappés

par ces mêmes Esprits, soit sur les meubles ou sur le parquet et les murailles de l'appartement, obtenir jusqu'à des réponses orales des Esprits, réponses qui sont entendues par les consultants eux-mêmes; ce médium obtenait également, dit-on, des attouchements sentis par les personnes présentes ; 3° faire tourner et obtenir à l'occasion la suspension des tables, sans aucun attouchement; 4° obtenir l'apport d'objets matériels passant, dans certains cas, a travers les plafonds ou les épaisseurs des murailles et des bois ; 5° pouvant, selon certaines conditions, être suspendu lui-même et être transporté ainsi d'un endroit à un autre de l'appartement. Un tel sujet ne pouvait se présenter plus à propos à un peuple qui, loin d'étudier consciencieusement ces importantes questions, les nie au contraire avec une très-orgueilleuse persistance. Mais, comme nous l'avons déjà dit tant de fois, Vhomme propose et.... dispose; par conséquent, le médium Youm fut à peine arrivé en France qu'il perdit de suite ses puissantes facultés. Grand fut son désappointement, car ce jeune homme ne possède aucuns moyens d'existence, ni d'éducation, capables de le tirer d'embarras. Si l'on ajouté à ce revers de la médaille qu'il ne connaît pas la langue française, on le plaindra assurément; c'est ce qu'a fait un certain prince qui, ayant entendu parler de l'arrivée en France de cette célébrité spiritualiste, courut au-devant d'elle pour lui offrir son appui, vu que ce prince est grand amateur des manifestations spirituelles de nos ioijrs. Quel fut le désappointement de ce prince de Connaître celui du médium? Mais comme un prince n'est pas un homme

semblable à un autre, il n'en persista pas moins à offrir son appui à Youm. Ce dernier se mit en prières, pria sa mère, qui, spiritualisée, l'avait guidé spirituellement jusqu'à ce jour, de prier, elle et ses amis, d'obtenir de celui qui en dispose les facultés qui lui étaient ravies. Il y eut grand mouvement parmi les Esprits agitateurs des tables; des pétitions furent adressées à qui de droit, et l'on obtint une commutation de peine réduite à quelques mois. Le médium doit recouvrer ses puissantes facultés à la fin de l'année, et d'ici-là le prince s'engage à le traiter sur le môme pied que ses propres enfants. Tout le monde sait qu'un prince n'est pas un homme confiné dans quelques pieds de terre, comme la masse des travailleurs; il voyage et vit pour son plaisir. Le nôtre emmena donc notre pauvre Youm en Italie, patrie qui connut Romulus, Brutus et Constantin, patrie devenue la cité sainte depuis que Pierre a conquis le capitôle avec un simple bénitier. Arrive dans cette Babylone moderne, notre médium erre dans les salons du prince , salons qu'emplit la catholicité. Du simple curé au cardinal, du savant à l'académicien, du gentilhomme au noble de vieille souche, chacun prend place, propose et discute, sans s'apercevoir qu'un plus grand personnage que lui ne sait quelle contenance tenir à ses côtés. Youm est un simple homme sachant à peine signer son nom, n'ayant aucun dehors attrayant ni aucune manière qui puissent attirer l'attention de ce noble monde, qui, dans tout autre moment de sa grandeur passée, se serait prosterné d'admiration à ses pieds. Le parti catholique sent son infériorité

envers cet homme; il sait que dans quelques mois ses facultés lui seront accordées de nouveau ; il sait que Pie IX n'est p^s saint Pierre, quoiqu'il passe n'être qu'un avec ce vainqueur d'Appolonius de Thyame. Si Youm s'enlève en l'air, le plus puissant des arcanes de l'Église de Dieu ne pourra peut être faire redescendre à terre ce maudit Américain (je me trompe : Youm est d'origine irlandaise). Ce sera un affront. Ce coquin de médium est capable de soustraire toutes les hosties consacrées du saint tabernacle sans en ouvrir la porte. Il ne faut pas qu'un tel scandale arrive dans Rome. On entoure notre magicien moderne de tous les soins possibles ; ceux qui parlent le mieux sa langue lui font entendre qu'il doit avoir vendu son ème au diable pour opérer de telles merveilles, et que, s'il n'a recours au plus tôt à la protection du pape en personne, qu'il s'expose, dans quel

3ues-unes de ses ascensions, de ne plus redescenre et d'être emporté par Satan même dans la Géhenne. Le pauvre homme est dune très-faible intelligence; il se voit entouré de toutes les assurances possibles et, d'un autre côté, de tous les périls possibles ; le non moins à craindre pour lui est de perdre la protection du prince, dont les salons sont si fréquentés par la sainteté catholique. Aucune menace, cependant, ne lui est faite en ce dernier genre. Nous supposons même que son protecteur est étranger à ce stratagème; mais la réussite n'en a pas moins lieu, et notre infortuné Youm rentra dans le giron de l'Eglise en déclarant qu'il n'a pu opérer tant de merveilles que conduit par le diable en personne. Nous ne savons

si le maître- bourdon de la catholicité annonça ce triomphe à l'univers ; mais nous savons qu'il a été frappe de suite une médaille en l'honneur de cette victoire ; médaille représentant d'un côté l'Immaculée-Conception, et de l'autre les Esprits infernaux d'Amérique vaincus par ladite Immaculée- Conception. Youm doit donc être à jamais rave des médiums diaboliques qui désolent en ce jourïa catholicité, sans que cette dernière ait le courage de défendre à ses enfants de lier aucun rapport avec eux.

En effet, que diraient tant de prêtres qui, aujourd'hui, ne seraient pas convaincus de l'existence future de l'âme humaine, s'ils n'en avaient chacun une demi-douzaine dans leur table ou tout autre meuble commis à cet effet? Que diraient-ils, demandons-nous, quand après avoir lu tout ce que la bibliothèque du Vatican renferme de livres, démontrant la vérité de cette proposition, d'avoir été moins convaincu par tant d'affirmation que par une simple manifestation du pied de leur guéridon. C'est que tous les prêtres, comme le commun des hommes, n'ont pas fait abnégation de leur appréciation sur les marches de l'autel, qu'ils fréquentent plus par besoin que par conviction.

Personne n'a été plus à même que nous de recevoir de ces confidences.

Peu importe à l'Église catholique, apostolique et romaine ; elle tient Youm dans son giron et ne le lâchera pas assurément. Que nos frères d'Amérique s'en consolent : pour un Youm de perdu, ils en trouveront cent, car le diable a la faculté d'engendrer, comme le plus pauvre roquet de notre

monde. Par conséquent, le combat n'en sera que plus compliqué et la défaite plus honteuse pour les champions vaincus.

Nous tenons ces détails de M. le comte F..., auquel Youm les a contés lui-même il y a quelque temps, en revenant à Paris, et s'informant d'un confesseur qui pût sauvegarder son âme dans la capitale voltairienne.

Alp. Cahagnet.

30 juin 1856.

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