APPARITION TIERCE
M. Tildeman(l), studieux et riche étranger, très-amateur des phénomènes spirituels, ayant lu tout ce que nous avons écrit sur cette question, désirant se convaincre par lui-même de la véracité de nos recils, vient, accompagné de son épouse et d'une jeune dame américaine, solliciter d'Adèle une apparition pour cette dame. Cette dernière, quoique habitant au sein des manifestations spi-
(\) Demeurant 4, rue de l'Arcade, à Paris.
rituelles les plus curieuses qui aient existé sur la terre, ne parait pas être au courant de ces phénomènes , aussi semble-t-elle être indifférente aux détails que lui donne la lucide sur la personne demandée par elle : mais comme en tout ce que nous faisons nous n'en conduisons pas les phases différentes, l'intérêt de cette dame augmente au fur et à mesure que les détails se succèdent. Le signalement est très-exactement décrit par la lucide, ainsi que les curieuses particularités que nous devons taire ; mais ce qui devient plus intéressant encore, c'est qu'à côté de la dame apparue, la lucide voit une jeune fille âgée d'une quinzaine d'années , qu'elle prend pour être la fille de cette dame, cette dernière n'ayant point de fille de spiritualisée . La personne pour laquelle elle apparaît sans être demandée, ne peut la reconnaître au signalement détaillé que lui en Tait la lucide ; plus heureuse, après un moment, elle reconnaît très-parfaitement cet Esprit pour être la sœur de la spiritualisée, au lieu d'être sa fille... Pendant ces recherches, un jeune officier, étudiant militaire, se présente à son tour auprès de la spiritualisée, sans avoir été demandé par personne, bien entendu, et se fait reconnaître pour être son fils... La consultante prie la lucide de lui décrire la maladie qui avait occasionné la spiritualisation de ce jeune homme ; la lucide dit aussitôt : Je ne
vois aucune maladie... Attendez... Oh! que c'est drêle... voilà qui est drôle. ..
— Eh! quoi est drôle? demandai -je à Adèle.
— En voilà une manière de se s pi ritualiser!... Imagine-toi que je le visitais tout en le suivant par derrière, car il marchait d'un bon pas; ne voilà-t-il pas qu'au moment où je m'y attendais le moins, son corps s'affaisse sur lui-même et son Ame s'élève... Il n'y est plus... Je ne vois plus rien... A ce récit, la dame fut très~émotionnée, et nous dit : Mon frère est mort noyé!...
Je pensai qu'on avait voulu éviter à la lucide de voir ce triste spectacle, et qu'on lui en avait fait voir assez pour qu'elle sût que c'était un accident, une cause imprévue qui avait occasionné cette spiritualisation. On doit' penser que grand fut l'étonnement de cette dame, et qu'en un seul instant elle fut aussi convaincue de la possibilité de communiquer avec les spiritualisés qu'elle avait pu en douter avant.
Adèle avait un peu fatigué dans cette séance, ce qui fait qu'elle était peu disposée à tenter une autre apparition pour M. Tildeman lui-même ; cependant elle en essaya, et la personne demandée n'apparut pas dans les conditions à être reconnue. C'est une tentative manquée ; cependant la lucide a été très-explicite, et les détails ne manquent pas.
M. Tildeman fait quelque effort de mémoire pour appliquer ce signalement à quelque membre de sa famille... Une lueur l'éclairé soudain, il demande à Adèle si l'Esprit apparu porte bien les noms sous lesquels on l'a demandé ?
— Oui, répond la lucide, hors qu'il en portait un troisième qui était le premier des trois.
— J'y suis, s'écrie ce monsieur, c'est un cousin que j'ai eu aux Indes, où il se spiritualisa à l'âge, de là manière et dans les conditions que vous venez de me décrire..
La conversation devint alors plus familière entre le spiritualisé et la lucide, et d'une séance supposée manquée, nous obtimes une très-instructive séance qui, a elle seule, éloigne encore une fois de plus l'argument de la lecture des pensées.
Alp. Cahagnet.