GUÉRISSEURS ET TOUCHEURS
pour leur agent les cures du diacre Paris ; ils auraient peut-être quelque peine à expliquer par l'intervention du fluidQ ces miracles post mortem. Du moins adoptentils, comme nous l'avons dit précédemment, les miracles opérés par les vivants.
Depuis le xi* siècle, non seulement les rois de France, mais encore la plupart des rois d'Europe et même de simples barons s'attribuèrent le pouvoir de guérir certains malades en les touchant. Que faisaient-ils, sinon du magnétisme sarïs le savoir? Cela est si vrai, nous dit Du Potet, que le même moyen a réussi parfois entre les mains des médecins. Du reste, la tradition n'a jamais été interrompue; les rois de France eurent de nombreux prédécesseurs et des plus illustres : Pyrrhus et Vespasien, pour n'en point citer d'autres, produisaient la guérison des maladies par simple attouchement.
Dans les siècles derniers, dit encore Taiileur que nous venons de citer, nous savons qu'il existait une foule de thaumaturges, dont les plus célèbres, Valenlin Greatralces et Gassner, guérirent un grand nombre de maiadeF, et ces guérisons sont attestées par une infinité de médecins. Toutes ces guérisons, je ne crains pas de le dire, n'ont eu d'autre cause que le magnétisme animal (1).
Greatrakes et Gassner, le premier surtout, étaient des toucheurs, dont la célébrité mérite de nous arrêter un instant.
Valentin Greatrakes, Irlandais de bonne maison, était un homme d'épée. Un jour, en 1662, il apprit par une révélation, qu'il avait le don de guérir les écrouelles. Il essaya son pouvoir sur quelques scrofuleux, les toucha et les guérit. Quelques années plus tard, de nouvelles inspirations l'avertirent qu'il pouvait guérir la fièvre, les
(!) Du Potet, loc. cit.
plaies, les ulcères, Thydropisie, et un grand nombre d'autres maladies. Bientôt sa réputation fut immense. De toutes parts autour de lui, les malades affluaient et, par de simples attouchements dirigés de façon à chasser le mal du centre vers les extrémités, il produisait des cures merveilleuses.
Par l'application de sa main, dit un auteur du temps, Greatrakes faisait fuir la douleur et la chassait aux extrémités. L'effet était quelquefois très rapide et j'ai vu quelques personnes guéries comme par enchantement. Ces guérisons ne m'induisaient point à croire qu'il y eût quelque chose de surnaturel. Lui-même De le pensait pas, et sa manière de guérir prouve qu'il n'y avait ni miracle ni influence divine. 11 paraît qu'il s'échappait de son corps une influence balsamique salutaire (1).
Quand les douleurs, dit un autre, étaient fixées dans la tôte ou dans les viscères, et qu'il les déplaçait, elles produisaient parfois des crises effrayantes et qui faisaient craindre pour la vie du malade.
Ainsi Greatrakes produisait ces crises si favorables que Mesmer considérera plus tard comme essentielles à la guérisôn.
Un siècle plus tard, en Souabe, Gassner produisait aussi des crises, mais par un procédé moins simple. Etant prêtre, il ne pouvait se conduire comme un simple toucheur laïque. Aussi mêla-t-il largement la religion à ses pratiques.
Convaincu que les maladies sont, les unes d'ordre naturel, les autres dues à l'intervention du démon» il commençait ses cures par un exorcisme probatoire, c'est-à-dire destiné à constater la présence du diable. Si
(1) Louis Figuier, Histoire du merveilleux dans les temps modemeu Paris, 1881, t. III, p. 128 et suiv.
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Tétat de souffrance était de cause naturelle, la conjuration restait sans effet; dans le cas contraire, elle forçait le démon à révéler sa présence par des convulsions. 11 s'emparait des malades de la dernière catégorie et les traitait à sa façon; quant à ceux de la première, il les abandonnait aux médecins, mais, si Ton en juge d'après sa pratique, ceux qui échappaient à sa compétence étaient assez rares.
Il commença par ses paroissiens, qui furent si satisfaits de lui que sa réputation s'étendit bientôt non seulement à toute la Souabe^ mais à la Suisse et au Tyrol. Puis il se mit à voyager, répandant les guérisons sur sa route. Lorsque ensuite il se fut fixé à Ratisbonne, on vit j usqu'à dix mille malades accourant simultanément vers lui, camper sous des tentes autour de la ville.
L'une de ses cures les plus célèbres fut celle de la fille d'un seigneur allemand. Elle était atteinte d'hystérie. Quoique fort soulagée par un traitement que lui avait fait suivre un médecin de Strasbourg, elle voulut voir Gassner. Ce dernier lui .persuada qu'elle n'était point guérie, et procéda immédiatement à ses exorcismes. Ils jetèrent la jeune fille dans d'épouvantables convulsions que le thaumaturge suspendait à volonté en prononçant le mot : Cesset. Le diable qui possédait la jeune Emilie savait le latin; il obéissait scrupuleusement à tous les ordres que lui donnait Gassner en celte langue. Lui ordonnait-il d'agiter les bras de la malade, aussitôt elle commençait à trembler des mains. Au commandement, elle entrait en crises ou tombait en catalepsie; au commandement elle revenait soudain à elle. — Agitentur brachial Qi les deux bras s'agitaient. — Paroxysmus veniati et la crise survenait, violente. — Cesset paroxysmus in momento! et elle se relevait le sourire aux lèvres.
— Tollantur pedesf et d'un coup de pied elle renversait une table. — Habeat angusiias circa cor! et elle tournait les yeux d'une manière effrayante. — SU quasi mortua! le visage devenait livide, le nez s'étirait, la bouche s'ouvrait démesurément, la tête et le cou sa raidissaient et le pouls cessait presque de battre. Au formidable Cesset tout s'apaisait comme par enchantement. Inutile de dire que la jeune Emilie, qui avait reçu une éducation très soignée, connaissait parfaitement le latin.
Il ne sera pas nécessaire, dit M. L. Figuier, de beaucoup insister pour établir que, dans ces exorcismes de Gassner, il n'y avait rien autre chose que des manipulations magnétique?... Ainsi Gassner faisait du magnétisme sans s'en douter, comme M. Jourdain faisait de la prose sans le savoir. Mesm-^r lui-même Ta bien re* connu. S'expliquant avec Téiecteur de Bavière sur les miracles de Gassner, il dit que ce prêtre ne guérissait ses malades qu*en ima* gination. Plus tard, il lui utlribua certaines dispositions au moyen desquelles il faisait du magnétisme animal sans le savoir.
De nos jours, il y a encore des guérisseurs, des sorciers et des possessions démoniaques.
Tout le monde a gardé le souvenir des cures merveilleuses du zouave Jacob, dont le nom avait, il y a quelques années^ conquis assez de notoriété pour être rapproché des toucheurs célèbres dont nous venons de raconter les prodiges.
Bon nombre de guérisseurs d'une réputation moins universelle sont répandus dans les diverses régions delà France. Dans l'Ouest, un certain nombre de personnes appartenant au clergé sont réputées posséder le pouvoir de guérir les maladies. Certain curé de notre voisinage est considéré comme ayant le don de voir, au travers do corps, les maladies des organes internes. C'est un voyant non somnambule. Il obtient des guérisons surprenantes.