GUÉRISSEURS ET TOUCHEURS
moins surprenantes cependant que ses diagnostics dont on nous a rapporté quelques-uns.
Les guérisseurs par secret foisonnent dans tout ce pays. Ils sont considérés comme affiliés au démon, et la confiance qu'ils inspirent n'existe pas seulement dans les classes ignorantes et rurales. ^
Les paysans ont une foi absolue en la puissance de ces thaumuturges de bas étage qui forment des espèces de dynasties, se transmettent leurs pouvoirs de père en fils, et apportent en naissant, comme un signe tangible de cette puissance, des stigmates emblématiques figurés en quelque endroit de leur corps. Le chef d'une de ces familles a une envie de fraises sur la joue gauche ; son fils a un christ dessiné sur la langue, et sa fille porte au même endroit une couronne de rosaire (1), de couleur bleue, marron et jaune.
La possession démoniaque est encore fréquente en Vendée. L'un prétend qu'il est au pouvoir de la mauvaise chose : c'est ainsi qu'il qualifie le malin esprit qui le poursuit sans cesse, et qu'il voit tantôt sous la forme d'un chat ou d'un chien, tantôt sous la figure humaine : ça le pousse, ça le fait aller, et il est obligé d'obéir. A une autre on a jeté un sort : assise à sa porte, elle a.vu passer dans l'ombre de la nuit une bête ressemblant à un ours, qui a tourné autour d'elle pour l'ensorceler : c'était le diable. En voici un troisième qui est devenu possédé du démon d'une façon singulière : un jour, étant allé à confesse, au moment où le prêtre leva la main pour le bénir, il sentit un vaisseau se rompre dans sa poitrine. C'était le diable qui s'emparait de lui.
Les somnambules lucides, ou plutôt les dormeuses,
(1) L'image d'un chapelet.
CULLERBE. 3
34 LE MAGNénSME A TRAVERS LES SIÈCLES
comme on les appelle, jouissent d'un crédit illimité; oa les soupçonne aussi d*accointances avec Tesprit des ténèbres. On les consulte en toutes choses, et leurs oracles ont parfois pour le moral de ces gens crédules de désastreuses conséquences.
VU
Mais ce n'est pas seulement en Europe et dans la chrétienté que les elTets du magnétisme se sont manifestés à travers les siècles.
Depuis 2,400 ans, les Fakirs et les Djoguîs de l'Inde pratiquent Thypnotisme dans un but de dévotion qui est de s'unifier à Dieu dans une sorte d'extase. En se regardant pendant quelques minutes le bout du nez, ils tombent en catalepsie, et peuvent alors émerveiller la foule par des attitudes extraordinaires qu'ils gardent un temps indéfini. Au dire de certaines personnes, les Djognis ne pratiqueraient pas seulement l'hypnotisme, mais encore le magnétisme dans ce qu'il a de plus merveilleux et de plus incompréhensible.
Il y a^ parait-il, trois écoles de Djog dans l'Inde, Tane située sur les bords du Gange, l'autre sur la côte d'Orissa^ la troisième dans le sud de la péninsule; et elles communiqueraient hypnotiquement entre elles de la façon la t)lus régulière.
S'endormira distance, rester hypnotisés des jours et des se» maines entières, aussi immobiles que des stylites, s'anéantir dans une volonté supérieure qui substitue les cerveaux les uns aux autres ; échanger à des milliers de milles les impressions les plus précises, tout cela est un jeu pour les Djo^uis. Voilà bien de quoi décourager les somnambules européennes les plus lucides*
FAKIRS ET DJOGUIS 35
Les moines chrétiens du mont Athos observaient des pratiques semblables à celles des Fakirs, mais au lieu de leur nez, prenaient leur nombril pour point de mire •et tombaient en extase cataleptique après une contemplation suffisamment prolongée de cette région.
Depuis quarante siècles, .exposait en 1860 le D' E. Rossi, du Caire, une classe d'Égyptiens fait sa profession du Mandeb, qui n'est autre chose qu'un mélange de sor- •eellerie et d'hypnotisme. Ces magiciens font généralement usage d'une assiette en faïence parfaitement blanche. Dans le centre de cette assiette, ils dessinent avec une plume et de l'encre deux triangles croisés l'un dans l'autre, et remplissent le vide de celte figure géométrique par des mots cabalistiques, pour concentrer le regard sur un point limité. Puis, pour augmenter la lucidité de la surface de Tassiette, ils y versent un peu d'huile.
Ils choisissent en général un jeune sujet pour leurs expériences, lui font fixer le regard au centre du double triangle croisé. Quatre ou cinq minutes après, voici les effets qui se produisent : Le sujet conomence à voir un point noir au milieu de l'assiette, ce point noir a grandi quelques instants après, change de forme, se transforme en différentes apparitions qui voltigent devant le sujet. Arrivé à ce point d*hallucination, le sujet acquiert souvent une lucidité somnambulique aussi extraordinaire que celle des magnétisés (1).
D'autres opérateurs, sans avoir recours à cet appareil charlatanesque, se contentent de faire fixer à leur patient une boule de cristal, et obtiennent sans plus de difficulté le sommeil hypnotique.
' (1) Demarquay et Giraud-Teulon, Recherches sur V hypnotisme, Paris, 1860, in-S, p. 62.
3t5 LE MAGNÉTISME A TRAVERS LES SIÈCLES
"^ Les sorcières arabes et les marabouts marocains emploient, au dire de M. de Pietra Santa (i), des procédés analogues. Avec une matière colorante noire, les sorcières décrivent sur la paume de leur main un cercle au centre duquel est indiqué un point noir. La fixation de ce point amène rapidement le sommeil hypnotique et l'insensibilité. Les marabouts, sur une table recouverte d'un linge blanc, placent une bouteille pleine d'eau, derrière laquelle brûle une lampe. Le sujet s'installe à quelque distance et fixe le point lumineux ; il ne tarde pas à s'endormir et reste plongé parfois dans un état complet d'anesthésie.
Dans la province de Constantine, la tribu des Beni- Aïssaouas pratique certains exercices qui rappellent les scènes qui se passaient autour du baquet magnétique de Mesmer.
Ils s'asseyent par terre au nombre d'une douzaine, entourés de musiciens jouant du tambourin et des castagnettes. Ils commencent à exécuter alternativement des mouvements verticaux et latéraux de la tête et du tronc. Peu à peu le jeu, en même temps que la musique, s'accélère ; et au bout de vingt minutes les jongleurs se livrent à des contorsions violentes, les yeux sanglants, hors de la télé, l'écume à la bouche, le corps inondé de sueur. Alors l'insensibililé arrive, et ces forcenés se traversent les tégu« ments de coups de poignard, avalent du verre pilé, marchent sur des barres de fer rouge, jusqu'à ce que, épuisés, ils tombent dans un profond sommeil.
Nous en avons fini avec ce rapide exposé du magné* tisme qui s'ignore. Nous allons passer maintenant à l'histoire du magnétisme qui s'affirme comme doctrine*
(1) Pietra Santa, Union médicale^ 2 janvier 1860.