DESLON
pour ces exercices troublants. Au plaisir des dames! telle était renseigne que Tune d'elles donnait à la salle •des crises. Pourtant, les mœurs de Mesmer n'ont pas été incriminées, mais l'Académie des sciences n'en considéra pas moins ses pratiques comme dangereuses pour la moralité publique.
Le succès de Mesmer fut immense, il fit des prosélytes Jusque dans le sein de la Faculté de médecine de Paris où l'on compta bientôt trente docteurs magnétisants. Peslon, docteur régent de cette Faculté, embrasse avec •enthousiasme sa doctrine, et de son collaborateur devient bientôt son rival. Une société d'adeptes, sous le nom de Société de l'Harmonie, se fonde à Paris et ne tarde pas à voir grossir le nombre de ses membres.
Cependant la nouvelle doctrine ne parvint pas à obtenir le droit de cité dans la science officielle. Dès son arrivée à Paris, Mesmer s'était mis en relations avec l'Académie des sciences, mais sans pouvoir s'entendre avec cette •compagnie sur les conditions dans lesquelles il devait faire devant elle la preuve de son système. Plusieurs tentatives d'accommodement restèrent sans résultat. L'Académie voulait quelques garanties de la sincérité des •expériences projetées; Mesmer voulait être cru sur parole: on rompit de part et d'autre.
Deslon, traduit devant la Faculté de médecine, fut violemment accusé d'avoir manqué à l'honneur et aux règlements professionnels; en vain chercha- t-il à justi* :6er sa conduite et à défendre les propositions de Mesmer; 11 fut frappé de suspension et menacé de radiation, s'il n'abandonnait pas le système.
Bientôt le gouvernement intervint dans cette querelle, et pour la vider, chargea la Société royale de médecine, qui fut plus tard TAcadémie de médecine, de faire on rapport sur le magnétisme. Il désigna plusieurs membres de cette Société parmi lesquels se trouvait Laurent de Jussieu ; il leur adjoignit plusieurs membres de la Faculté et cinq membres de l'Académie des sciences, dont trois 1 étaient des hommes illustres : Franklin, Lavoisier et' Bailly. Deux rapports furent faits, Tun au nom de la Société royale, l'autre au nom de la Faculté et de l'Académie des sciences. Voici les conclusions de ce dernier, dû à la plume de Bailly.
Les commissaires ayant reconnu que le ffuuie magnétique animal ne peut être aperçu par aucun de nos sens ; qu'il n'a eo aucune action ni sur eux-mêmes, ni sur les malades qu'ils lui ont soumis ; s'éLant assurés que les pressions et les attouchements occasionnent des changements rarement favorables dans l'économie animale, et des ébranlements toujours fâcheux dans Timagination; ayant enfin démontré que l'imagination sans magnétisme produit des convulsions, et que le magnétisme sans imagination ne produit rien, ils ont conclu d'une voix unanime sur la question de l'existence et de l'utilité du magnétisme, que rien ne prouve l'existence du fluide magnétique animal; que ce fluide sans existence est par conséquent sans utilité; que les violents effets que l'on observe au traitement public appartiennent à rattouchement, à l'imagination mise en action, et à cette imitation machinale qui nous porte malgré nous à répéter ce qui frappe nos sens...
A ce rapport qui devait être rendu public, en était joint un second, secret celui-là, qui dénonçait les pratiques mesmériennes comme dangereuses pour la moralité publique. L'auteur y faisait remarquer que les femmes ont les nerfs mobiles, que leur imagination est vive et exaltée, qu'elles sont fortement disposées à Timitation, et