‹ Magnétisme et hypnotisme: exposé des phénomènes observés pendant le sommeil nerveux provoqué auChapitre 42 sur 114 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

PHÉNOMÈNES GÉNÉRAUX DE L'hYPNOTISME. — MOTILITÉ

I. — Complexité des phénomènes hypnotiques. — On ne les rencontre guère aa grand complet que ches les hystériques. — Nosographie do l'hypnotisme d'après le professeur Charcot. •- État cataleptique : ses caractères..

— État létliargique : hyperexcitabilité neuro-musculaire. — État somnarabuliqiie : contractures cataleptoïdes.

II. — Le réflexe cutané peut dans les trois périodes de l'hypnotisme proYoquer des contractures. — États mixtes.

III. — L'état cataleptoïde peut se rencontrer dans les direrses périodes hypnoti-

ques.

IV. — Excitation du crâne et du cuir cheyelu : expériences galvaniques de

M. Charcot ; expériences de M. Duraontpallier; expériences de HM. Férè et Binet. — Action produite, selon M. Dumontpallier, par des eicitation» excessivement faibles du cuir chevelu.

V. — Hypnose hémilatérale: chaque moitié ou plus généralement différente» parties du corps peuvent être placées dans une phase différente de l'hypnotisme.

VI. — Action des œsthésiogènes sur les phénomènes hypnotiques. — Transfert.

— Action anti-hypnotique. — Polarité du corps humain. VII. — Ordre de succession des états hypnotiques.

L'hypnotisme est un ensemble de phénomènes complexes. Tous les hypnotisés ne sont pas susceptibles dea mêmes observations ni des mêmes expériences ; il y a des hypnotisés frustes, dont on ne tire pas grand'chose ; il y a les incohérents, chez qui les phénomènes magnétiques se mêlent, se brouillent de façon à dérouter l'expérimentateur. 11 y a enfin les hypnotisés corrects, j'allais dire les classiques cbez qui, très souvent par suite de l'entraînement et de l'éducation, la névrose atteint à la

perfection. Ce sont ceux-là qu'il faut prendre tout d'abord pour sujets d'étude, et on les trouvera dans les rangs <les hystériques. De l'avis de tous les expérimentateurs, les hystériques présentent une impressionnabilité nerveuse telle, quelles offrent pour l'étude de l'hypnose cérébrale, les qualités du réactif le plus sensible qui.soit mis en usage dans un laboratoire (4).

Ce sont les hystériques qui ont servi à M. le professeur Charcot à débrouiller les symptômes de l'hypnose, à les classer méthodiquement suivant leur ordre d apparition, et suivant leurs affinités particulières, en un mot, à faire la nosographie de Thypnotisme. Le 13 février 1882, il lut à TAcadémie des sciences sa Note sur les divers étaU nerveux déteignes par Vhypnotisation chez les hystériques, dans laquelle il rattache la symptomatologie de Thypno* iisme à trois types qui sont : 1® l'état cataleptique ; 2» Tétai léthargique; 3" l'état somnambulique. Nous ne pouvons mieux faire, pour donner une idée de ces trois états, que <le résumer les travaux du savant professeur et ceux de ■son collaborateur M. P. Richer.

Wétat cataleptique, s'il est primitif (et il Test toujours ■chez les sujets où Ton voit se développer la complète succession des phénomènes de l'hypnotisme), est produit par un bruii intense et subit, Téclat d'une vive lumière, la fixation d'un objet brillant, ou tout autre procédé. On peut le produire encore chez un sujet en léthargie en lui ouvrant les yeux dans un lieu éclairé.

Le trait le plus saillant de Tétat cataleptique, dit M. Gharoot, c'est, on peut le dire, rimmobililé. Le sujet cataleptisé» alors même qu'on Ta placé debout, dans une attitude forcée, se maintient en parfait équilibre et semble commepétrifii. Les yeux sont ouverts, le regard fixe, la physionomie impassible.

(1) Bérillou, Hypnotisme expérimental. Thèse de Paris, 1884.

ttAT CATALETTIQUE 10&

ar suite de l'immobilité des panpiàrea, Ic3 larme»

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i'écoulent sur les joues. La respiration devient plus rarn il moins proronde.

tf J.

dlO PHÉNOMÈNES GÉNÉRAUX DE L*HTPNOTIÔltE

Les membres soulevés ou fléchis par lopérateur nW frent aucune résistance et semblent d'une légèreté extraordinaire ; ils prennent et gardent fort longtemps (1) les attitudes même les plus bizarres et les moins naturelles dans lesquelles on les place (fig. 9). L'excitatioi •des tendons, des muscles et des nerfs ne détermine plus ni réflexes ni contractures musculaires.

L'hystérique en catalepsie est une statue, mais une statue à qui l'opérateur peut communiquer une sorte de vie. Si, en effet, la peau est frappée d'insensibilité absolue, les sens gardent un certain degré d'impressionnabilité, de telle sorte qu'en les excitant par suggestion, on peut transformer la statue en automate, lui inspirer certaines idées et lui faire exécuter des mouvements plus ou moins complexes en rapport avec elles. Abandonné à lui-même lé sujet cataleptique retombe dans son immobilité première.

Nous verrons tout à l'heure que la caractéristique de la période léthargique est l'hyperexcitabilité neuro-mus-

(1) M. P. Richer conclut de ses expériences que les cataleptiques ne gardent guère plus longtemps les attitudes communiquées qae ne pourrait le faire un homme vigoureux et très bien musclé, ce qui, fait- il remarquer, pour des hystériques peu musclées et parfois amyosthéniques est déjà considérable. « Au bout de dix i quinze minutes, le membre étendu commence à descendre, et au bout de vingt à vingt-cinq minutes au maximum il est retombi •dans la verticale. »

L'espace de temps pendant lequel le cataleptique garde Tattitade donnée n'est donc pas le critérium de la simulation. Il faut le •chercher ailleurs : chez le cataleptique, la contraction musculairo ne donne lieu à aucune oscillation, la respiration n*e8t pas modifiée. €hez le simulateur, un tremblement de plus en plus accentué envahit le membre étendu, et la respiration s'accélère et devient ir- Tégulière. Le cataleptique ne connaît pas la fatigue": le simulateur au contraire la subit manifestement ainsi que l'indiquent les tracés myographiques et pneumographiques. (Études cliniques sur thyt* iéro-épilepsie, 2« édition, p. 613.)

HYPEREICITiBlUTÉ NEUBO-UDSCULURB 111

ire. Dans la catalepsie, M. P. Richer (1) a observé le

Kig. m, — Aapcct d'un inditldn tnppé de M

inomène absolument inverse, c'est-à-dire la possibilité ) p. Ricber, Soeiéli de biologie, 1" décembre 1883.

112 PHÉNOMÈNES GÉNÉRAUX DE L*HTPNOTISlffE

de provoquer pendant Tétai cataleptique, le relâchemenl musculaire et la paralysie. Dans les cas les plus fa?o-l râbles, la paralysie peut être localisée à un seul muscle] ou à un groupe musculaire. Au début des expériences, le phénomène se montre plus diffus, et une excitation portée sur un seul point d'un membre détermine la paralysie de ce membre tout entier. L'effet de cette paralysie, étant donné Tétat spécial du système musculaire dans la catalepsie, produit une simple modification dans l'attitude du membre et non sa flaccidité. Par exemple, le bras étant fléchi, si on provoque la paralysie des fléchisseurs, l'action antagoniste des extenseurs mettra le membre en extension. Cependant, par une excitation prolongée, l'état de flaccidité peut être obtenu, et la paralysie, ainsi provoquée, continuera à exister dans les phases ultérieures de l'hypnotisme; c'est-à-dire que ce membre ne pourra être contracture, soit par les excitations profondes dans la léthargie, soit par les excitations légères et superficielles dans le somnambulisme.

La léthargie s'obtient primitivement par la fixation du regard ou tout autre procédé. On peut aussi la développer chez un sujet cataleptique en le mettant dans robscurité ou en abaissant ses paupières. Au début du phénomène, il se produit parfois un bruit laryngé, un peu d'écume monte aux lèvres, et le patient s'affaisse dans une résolution complète de tous les membres qui, soulevés, retombent inertes le long du corps. Les globes oculaires sont convulsés en haut et en dedans sous les paupières plus ou moins complètement closes. L'analgésiesemble complète; l'activité sensorielle n'est pas complètement abolie, mais les tentatives de suggestion ne sont habituellement suivies d'aucun effet (fig. 10).

Ce qui caractérise cet état, c'est l'exaltation de Tirrîta*

HYPEREXCiTABlLITÉ NE.URO-UUSCULAIRE 113

ité de la moelle épiDière décelée par l'exagératioa des lexes tendineux et le phénomèDe décrit par MM. Char-

) Noua devons ^mmunication de cette figure à MM, Bourru et et.

Cl'LLERHK. %

1 L k ?9]é:f o vH:rEa srâaAZX hk l. sipsotismi:

'! il . /I * r ^ l . V ■ i» • : j^ a x"i» : l !0 oaste •:« p h.êaoixiène . Si l'oi p'^-m:»^ Ir '^niiiiQ :" la 3ias*:ie a l'iid»» iTaii petit marten a 'l'-z ;isiz-*. .. -i^ rr- •iiit aos^t^t une coatractîoa di mii.sole îi* ?»:;il-v-j> la partie «iu. membre à laquelle il appartLrîi: nz. Il P:irtVis il v a di fusion du rêflexejîi le choo i i •.rrL'i-\:L .i'.Qae liea a de:? ci^Qtractions réflexies dan- !«^> :ii»^nr.br»^ dan oa des deax oMès du corps. Ed rn ^, rn -^ t< m ps la <! o q Srac ti»:- q miisc u laire se présente sous nue f«»rmt=r inii.sit.^e : rlle se pr^L-'aze. c«>mmedans le tétanos, et d évitant une r^^rte de contractare de courte dorée. Dans certains cas. cette contracture derient permanente. Tantôt elle affecte un membre, tanti^t enfin, le corps tout entier.

En dehors du choc, on peut obtenir aussi la contracture par le froissement ou la friction prolongée des tendons, par l'excitation directe des nerfs ou encore par la malaxation des fibres musculaires.

On peut chez quelques sujets répéter les curieuses exp/îriences de Duchenne (de Boulogne) sur Faction des rnusclf^s de la face dans Texpression des passions (2). (ies muscles n'entrent pas en contracture permanente, niîiis f'i Taide de baguettes, on peut provoquer leur contradiou soit simultanément, soit isolément, et obtenir niiisi les j(;ux de physionomie les plus singuliers, Tattenlion, In n'î/lfîxion, la douleur, la joie, le rire, le pleurer, liji conirat^luro duc à Thyperexcitabilité neuro-mus-

(1) CtiiiiTol l'I Pnul Ilichcp, Archives de neurologie, t. If. III, V. Cnnh'ihutinn <) f'i*fude de l*hypnotisme chez les hystériques; du phénninr^nr dv i' hi/ftvrr.rviltihi/ilé neuro-musculaire,

[)î) hiii'liiMiiio, MtU'unisme de la physionomie humaine. Analyse %^hHro ftfu/si'ilntfitfue dv l'expression des passions^ 2fi édition, Paris, J n. n.illlirro ol llls, 1876, 1 vol. gr. iii-8 avec planches photogra-

HYPEREXGITABILITÉ NEURO-MUSCULAIRE 115

culaire cède facilement à rexcitation des muscles antagonistes, produite par frictions ou légère malaxation. Cette contracture peut, dans certains cas, persister à Tétat de veille; par exemple quand, avant de réveiller la malade, on l'a fait passer d'abord par la période cataleptique ; ou bien encore, dans certains cas, sans aucune manœuvre préalable.

Ces contractures artificielles ont une très grande analogie avec les contractures permanentes des hystériques; et si on n'avait soin de les faire cesser en endormant de nouveau le sujet et en excitant les antagonistes, peutêtre persisteraient-elles pendant un certain temps (1).

D'un sujet à l'autre, le phénomène de l'hyperexcitabilité neuro-musculaire peut présenter de grandes différences au point de vue de la précision et de l'intensité. Chez une mêhie malade le même degré d'hyperexcitabilité est très variable d'un moment à l'autre sans qu'on puisse toujours en saisir la cause. La répétition des expériences les rend de plus en plus nettes : et au point de vue de ce phénomène comme au point de vue de tous les autres observés pendant le sommeil provoqué, les hypnotisés se montrent susceptibles d'une éducation de plus en plus parfaite.

Le réûexe qui produit la contracture léthargique a pour point de départ les nerfs sensitifs des tendons, des aponévroses musculaires, ou du corps du muscle luimême. Ce qui le démon'.re, c'est que si l'excitation se borne au tégument externe, aucun mouvement réûexe ne se produit chez un sujet plongé dans un état léthargique type dont il s'agit ici.

(1) P. Richer, Étuies cliniques sur VhyHéroépilepney 2° édition,

L'état somnambulique peut être, lui aussi, primitif oi secondaire. En exerçant une pression ou une frictioi légère sur le vertex, on peut le produire chez les individus mis préalablement en léthargie ou en catalepsie. Il se développe aussi d'emblée par remploi des moyens ordinaires. Si cet état est le plus intéressant au point de vue psychologique, il ne présente pas au point de ¥Be purement physique des caractères aussi tranchés que les états précédents.

Dans le sommeil somnambulique, les yeuK sont clos ou demi-clos (I), et les paupières sont souvent agitées de petits frémissements. La raison musculaire existe, mais à un moindre degré que dans la léthargie. On ne constate pas riiyperexcitabilité neuro-musculaire, mais on observe cependant, sous TinQuence d'excitations minimes ])ortées sur les téguments, un faible soufQe, de légers attouchements par exemple, la production d'une rigidité musculaire qui diffère de Thyperexcitabilité neuro-musculaire de la phase léthargique en ce qu'elle ne cède pas, comme cette dernière, à l'excitation des muscles antagonistes; tandis qu'elle s'évanouit au contraire sous Tinfluence de l'excitation même qui a servi à la provoquer. Elle diffère aussi de celle de l'état cataleptique en ce qu'on éprouve une certaine résistance quand on veut modifier l'attitude d'un membre mis dans cet état de rigidité que M. Charcot propose d'appeler cataleptotde OQ pseudo-cataleptique j pour la distinguer de Timmobiliti sans raideur, qui appartient seule à l'état cataleptique.

La contracture somnambulique peut persister dais différentes conditions :

i^ Pendant l'état léthargique; on peut alors provoquer la (1) On ob.ie.it chez de nombrjux sujets hypaotiaables im M

CONTRACTURES CATALEPTOÎDES 117

traction léthargique dans tous les muscles qui ne sont pas en contracture somnambulique, etcomparerfacilement les deux ordres de phénomènes ; 2o pendant iVlat cataleptique, qui ne saurait être provoqué que dans les parties non somnambulisées; 3^ pendant la veille. La contracture somnambuiique peut être alors dilTérenciée de la contracture léthargique, qui, comme nous Tavons vu, est susceptible aussi de persister à l'état de veille^ en ce que l'application des aimants produit le transfert de la seconde, tandis qu'il est sans influence sur la première (1).

Les téguments sont frappés d'analgésie, mais certains modes de la sensibilité de la peau, le sens musculaire et les sens spéciaux sontle siège d'une hyperexcitabilité considérable qui permet de provoquer par suggestion chez le sujet des phénomènes automatiques extrêmement complexes et variés.

On fait cesser le sommeil somnambuiique en exerçant une légère pression sur les yeux; le sujet devient alor^ léthargique. C'est l'état cataleptique qui se produit au contraire, si on ouvre largement les paupières.

Telest l'exposé sommaire de ce qui constitue en quelque sorte l'hypnotisme idéal. A côté de cette page qu'on considérera comme détachée d'un traité didactique de pathologie nerveuse, il convient d'en ajouter une qui représentera plus particulièrement la clinique. C'est qu'en effet, la diversité des faits est telle qu'il y aurait quelque témérité à affirmer qu'ils doivent tous rentrer dans la classifî-

somnambulique avec yeux ouverts qui ressemble beaucoup à Tétat de veille en raison de la tendance du sujet à l'activité, qui même semble parfois plus grande qu'à l'état normal.

(1) P. Richer, loc, ciL, p. 619. .

cation établie par le professeur Charcot. C'est surtout' quand il s'agira des hypnotiques ordinaires que nous ' verrons Tiro possibilité de constituer des groupes ainsi tranchés. Mais sans nous écarter de notre but, qui actuellement est surtout Texposé de l'hypnotisme chez les hystériques, nous pouvons déjà, sans cesser du reste en cela de suivre l'école de la Salpêtrière, faire quelques réserves indispensables.

Il y a lieu, en effet, fait observer M. P. Richer (1) d'attacher une importance capitale aux phénomènes neuro-musculaires qui caractérisent chaque période de l'hypnotisme des hystériques, mais il ne faut pas s'atten dre à les retrouver avec netteté chez un cinquième à peine des sujets. Chez les autres,

Souvent les phénomènes neuro-musculaires de la léthargie et de Tétat somnambulique se confondent, pendant que Tétat cataleptique conserve les caractères qui lui sont propres. Quelquefois la confusion est encore plus grande f^t les phénomènes neuro-musculaires restent les mêmes, quelle que soit la phase de Thypnotisme«

Et l'auteur cite une observation très concluante, d'une hystérique susceptible de passer par les trois périodes hypnotiques et chez qui, pendant la durée des trois états, l'aptitude à la contracture persistait d'une façon identique.

M. Dumontpallier, à qui on doit de remarquables recherches sur rhypnotisme des hystériques, n'admet pas que les contractures provoquées soient de nature différente suivant les périodes du sommeil nerveux, et il a cherché à démontrer que Thyperexcitabilité neuro-musculaire pouvait se manifester dans toutes les périodes de

(1) P. Richer, toc, cif.^ p. 644.

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