ÉTATS MIXTES
rhypnotisme. Seulement, les procédés qui réussissent dans un état ne réussissent pas dans Tautre. Ainsi, dans la léthargie, c'est la pression des masses musculaires ou un choc sur le nerf : ces moyens sont impuissants dans la catalepsie, mais le vent d'un soufflet, une goutte d'éther dans la gouttière épitrochléenne, par exemple, réussissent h déterminer la griffe cubitale. L'application de ces mêmes agents, renouvelée, défait les contractures produites. Dans une phase intermédiaire, catalepto-léthargique, les deux ordres de moyens sont capables d'agir et même de se remplacer pour faire et défaire la contracture (1).
Un de ses élèves, M. Magnin, a soutenu les mêmes idées. Nous allons résumer quelques-unes des expérien-. ces relatées dans son travail (2).
Chez une hystéro-épileptique en état somnambulique, l'attouchement léger d'une zone cutanée de la jambe détermine la contracture du muscle correspondant, et le pied, fléchi et renversé en dedans, se trouve inaftnobilisé dans cette position.
On détermine à volonté, par le même procédé, la contracture des muscles des bras et de la face.
Des excitations encore plus légères, le bruit produit par le tic-tac d'une montre, par exemple, déterminent le même phénomène. On se sert d'un tube de caoutchouc long de huit à dix mètres et dont l'un des bouts est muni d'un porte-voix. On approche l'extrémité libre du tube de telle ou telle région du corps du sujet mis préalablement en état de somnambulisme, tandis que la montre «si approchée du porte-voix. La contracture apparaît aussitôt dans les muscles sous-jacents à la zone cutanée
(1) immontpallier, Société de biologie^ séance du 4 mars 1882.
(2) P« Magnin, Étude clinique et expérimentale sur rhypnotisme, Paris, 1884.
120 PHÉNOMÈNES GÉNÉRAUX DE l'hYPNOTISHE
excitée, et^cela par mouvements saccadés, isochrones an tic tac de la montre. Des expériences de'.même genre ont été faites à Taide du téléphone et du microphone; et le» vibrations si peu intenses de ces instruments ont déterminé des contractions musculaires.
Avec la lumière d'une lampe de Drummond, ou la lumière solaire réfléchie par un miroir, les expérimentateurs ont obtenu des résultats identiques.
En dirigeant un rayon lumineux sur telle ou telle région musculaire, ils en ont immédiatement déterminé la contracture.
La chaleur agit de même. Une goutte d'eau tiède, déposée sur la peau au niveau d'un muscle, le fait immédiatement se contracturer.
M. Magnin conclut de ces expériences que dans la période de somnambulisme, « des excitations infiniment faibles peuvent donner naissance à des contractures intenses et localisées (1). »
De même, dans Tétat cataleptique, il a toujours pu produire chez ses malades des contractures intenses et localisées. Des divers agents physiques employés, le souffle, le plus léger courant d'air, semble avoir Taction la plus efficace : dirigé sur un point du tégument déterminé, on voit aussitôt se produire la contracture du muscle ou du groupe de muscles sous-jacents.
Enfin, dans la période léthargique, la contracture s'obtient non seulement par des excitations vives portées sur les tendons, les nerfs ou la fibre musculaire ellemême, mais aussi par les excitations les plus légères déjà énumérées précédemment.
Faut-il croire^ditM. Magnin, que, dans toutes nos expériences» Maguin, loc, cit.
ÉTAT CATALEPTOÏDE 121
nous ayons commis une erreur, non plus quant aux faits relatifsaux contracture?, mais bien quant à la nature des périodes del'iiypnotisme eo lesquelles nous placions le malade?
L'auteur n'hésite pas à écarter cette dernière hypothèse.
En résumé, contrairement à l'opinion défendue par MM. Charcot et Richer, MM. Dumontpallier et Magnin soutiennent que le simple réûexe cutané suffit à déterminer les contractures dans toutes les phases de Thypnotisme, qu'il soit somnambulique^ cataleptique aussi bien que léthargique. ^
M. Brémaud a également soutenu devant la Société de biologie (1) que la contracture était facilement obtenue dans la catalepsie hypnotique, chez les sujets sains. Chez un sujet mis en catalepsie et qui présente tous les signes de la catalepsie hystérique provoquée décrits par M. Charcot, il suffit d'un choc un peu violent pour contracturer immédiatement les masses musculaires excitées. Un choc brusque agissant à la partie supérieure de Taxe vertébral détermine une rigidité générale du corps qui permet de le déplacer en masse. Enfin, un courant d'air dirigé sur une région musculaire quelconque en produit la contracture s'il est dirigé sur la nuque, il amène une contracture générale. Les sujets qui ont subi un long entraînement peuvent devenir tellement impressionnables que le choc de l'air déplacé par un mouchoir ou un éventail, à quelques mètres de distance, peut suffire à amener chez eux une contracture généralisée (fig. 12).
(l) Bremaud^ Société de biologie^ 12 janvier 1884.
132 PUtSOJtÈXES GÉItÉRAEX DE h'BTPXaTBME
Qu'on D0U5 permette ooe rêfieuoD. Noos avons dé dît, et tout le inonde s'accorde i le reconnaître, que névrose des hypootiques, surtout des hypnotiques hyst riques, est susceptible d'une éducation de plus en pi parfaite à mesure qu'on répète les expériences. Ne pon rait-on pas supposer que si les by'pnDtiques de M. Charc et celles de U. Dumoutpallier ont réagi différeaune dans les expériences conduites par ces observateurs, ce
tient, au moins en partie, à un entraînement des sqjc dirigé des deux parts dans un sens différent?.
Dans une communication faite à la Société de biologl M. Paul Hicher maintient tous les faits observés p M. Charcot etlui, et semble penser que M. Dumonlpalli et ses élèves ont expérimenté surtout sur des sujets i présentant pas de caractères tranchés, ce qui expliqu rait la divergence des résultats expérimentaux obtem
(I) P. Richer, De» phinomknti mwo-musvulairet de Fkypnolii»
ÉTAT CATALEPTOÏDE 123
par eux(l). Jl déclare avoir rencontré beaucoup de cas où les phénomènes sont incomplets, rudimentaires,^t se mêlent confusément. 11 existe des sujets exclusivement somnambules ou léthargiques:
Chez quelques-uns, les deux formes de contraclure dont nous venons de parler existaient en môme temps dans une même phase de rhypnotisme, participant ainsi de la léthargie et du somnambulisme.
Chez d'autres, il n'est pas possible de séparer la phase léthargique de la phase cataleptique ; il se produit alors une sorte d'état mixte qui se manifeste par les phénomènes de l'état cataleptoïde. Dans cet état cataleptoïde, les yeux sont le plus souvent fermés, les globes convulsés; les membres gardent l'attitude qu'on leur donne^ mais il y a dans les articulations une certaine raideur; rhyperexcitabilité musculaire et les réflexes tendineux existent dans une certaine mesure. En somme, il ne s'agit pas de catalepsie véritable, mais de contracture musculaire déterminée par les manœuvres de l'opérateur qui déplace le membre. Il faut en général insister pour que l'attitude donnée se maintienne, et la friction ou le massage des muscles produit toujours la résolution du membre ainsi contracture.
L'état cataleptoïde se manifeste également dans le somnambulisme, comme nous l'avons vu en étudiant cette période du sommeil provoqué :il ne diffère du précédent qu'en ce qu'il coexiste chez le sujet avec les symptômes ordinaires de l'état somnambulique (i).
De la méthode à suivre dans les éludes sur rhypnolisme, [Progrès médical, 1884, p. 5, et Comptes rendus de la Société de biologie, décembre 1883.)
(1) P. Richer, loc, cit.
f>^ 4^t)it^ misli^ «r>ot a»l!ni« i^^pt^ment par MM. 1
O 9« vjot ^, 41: > ienytir :k ses astran, que des phases Uffre^^i^ns^ I«s trmîtj «f on'ofi «stn les pr»s>ieQts,et, en som i^of Set "HatJ diSèftats iéaizs iaas .'hTpojse De sont que âejçrèi «f ooe méae aflfeetixiy -iezrés eotr? âe»qaeis il ne saura Mf'Àr de transition brusfcie. L'hTpaotisaie doit être eoTÎs eoflime on procédas essentrei'emeat prozrpssify et d-'puîs V de ir«ri!'e jo<qo'à la léthar^e qai nous semble être le degré le | pff/ond dusommeîl proroqu'», onobserre tous les intermédtaii soît do moins ao p!as et sans pirler des pério-jes mixtes, le si oaiiribulismeet la catalepsie. Cela est si vrai qu'on peut, au mo d'une mhùt excitation suffisamment prolongée, faire passer le jet de l'état de reille à letat somnambulique, puis insensiblea à Tétai cataleptique et de lâ, enfin, à l'état léthargique (2).
O» idée», comme on le voit, différent notablemeni c<elle» de» observateurs précédents. M. Dumontpallie iriHinték plusieurs reprises sur Texistence de nombrei] phitses intermédiaires entre les trois états tranchés déc par M, Charcot. Dans ses communications à la Société biologie, il a cherché notamment à établir les rappo: Huivant lui très directs, qui unissent le somnambulis et la catalepsie. Ainsi, sur une malade somnambuliq UNO pression légère exercée sur le vertex amène la es lepsicî : c»t la môme pression répétée quelque temps ap l'ait apparaître de nouveau l'état somnambulique ( Ainsi la môme cause fait et défait son œuvre qui, d Ins dnux cas, no peut évidemment différer que par Hiinpjos nuances.
(1) Dutnontpallior et Magnin, Comptes rendus de la Société Am/«),vi>, 1H82.
(2) P. Mu^ulii, Étude clinique et expérimentale sur Vhypnotû irlu» 1884.
[») ^ociiHé de biologie, 23 février 188 2.