FASCINATION
sentiments de satisfaction ou de mécontentement qu'elle éprouve se refléteront sur son visage.
Par le touciier, on peut lui suggérer l'idée de mouvements automatiques de toute nature. En mettant dans sa main un objetdont l'usage lui est familier, elle pourra se livrer automatiquement à un ouvrage d'aiguille, de tricot ; mais au lieu d'exécuter correctement le travail, elle ne fera qu'une chaîne sans fin, répétant des heures entières la même maille ou la même tresse.
Par la vue, il est possible également de déterminer non seulement des hallucinations, n\^is encore une sorte de fascination. Ce mot est employé par les adeptes du magnétisme pour exprimer la puissance qu'ils prétendent exercer sur les personnes soumises à leurs pratiques. Inutile de dire que ce n'est pas dans ce sens que l'emploient les savants qui étudient l'hypnotisme. C'est faute d'un terme meilleur qu'ils le mettent en usage, et pour exprimer le phénomène qui consiste à capter entièrement l'attention du sujet d'expérience.
Quoi qu'il en soit, voici comment MM. Bourneville et Regnard décrivent ce phénomène :
On regarde fixement la malade, et on lui fait regarder le bout de ses doigts, puis on se recule lentemenf. Dès lors le sujet vous suit partout, mais sans quitter vos yeux ; il se baisse si vous vous baissez, et tourne vivement pour retrouver votre regard si vous vous tournez vous-même. Si vous vous avancez vivement, le sujet tombe en arrière, tout droit et d'une pièce (1).
Dans ce même état de fascination, on peut déterminer des hallucinations en simulant certains actes. Si, par exemple, on fait le geste de poursuivre un oiseau, une
(1) BournevUle et Regnard, /cono^/'apAte photographique de la Salpélrière, t. IJl.
haUucinatioQ de la vue se produit chez ThypnoUsée et lui fait voir Toiseau, qu'elle se met à^ poursaivre, et cherche à saisir par des mouvements automatiques appropriés. Si Ton a Tair de craindre un serpent, aussitôt la nr3me terreur s'empare d elle(1) ; mais aussitôt qu'on met un terme à la suggestion, elle redevient immobileet calaleptique.
Sauf d:ins quelques cas. les suggestions provoquées chez les cataleptiques n'ont qu'une durée éphémère; on ne peut obtenir d elles que des actes mécaniques et isolis, et il semble impossible de provoquer Texécu tien des mouvements qui exigent une certaine association d'idées. Ainsi, on ne peut les faire écrire qu'en leur dictant les mots syllabe par syllabe (2). Néanmoins on peut, en prenant certaines précautions, obtenir ainsi dés autographes qui différent peu de ceux qui sont exécutés à Tétat de veille. Les conséquences de ce fait sont importantes, si Ton veut bien observer que le sujet ne conserve aucun souvenir de ce qu'on lui a fait faire pendant le sommeil cataleptique.
La musique semble avoir une grande action sur Fhypnotisé cataleptique qui prend aussitôt l'attitude en rapport avec son geurâ d'expression, dansant si c-est une musique joyeuse, se jetant à genoux dans une pose de prière, si c'est un air religieux, passant soudaînemeni d'une attitude à Tautre, si la musique change elle-mime brusquement de caractère.
On peut encore dans ce même état provoquer une série d'actes automatiques qui relèvent de rimitatîon. Si Ton
1> Ch Féré. L*s hypnotiques hysi^ngues eontidérieg je if rt'fxpcrie'icf^n méJecine mentafe. {Ann, mAfico-jMycA. et JrdUidf fifvrofofffe^ 1$S3).
2^ Ch Férô. foc, ctV.
MODIFICATIONS DE l'iNNERVATION 145
exécute devant le cataleptique en état de fascination un acte quelconque, on le verra le répéter ponctuellement, qu'elle qu'en soit la nature. On le fera rire, siffler, montrer la langue, faire un pied de nez. Bizarre, ridicule ou dangereux, l'acte suggéré n'en sera pas moins exécuté avec une ponctualité, une précision absolues.
Nous ne croyons pas devoir insister sur la description de ces manifestations hypnotiques, qui n'ont rien de bien spécial, et que nous retrouverons un p'eu plus tard avec tous les développements nécessaires.
Quelques modifications se produisent dans l'innervation organique chez les hypnotiques en somnambulisme. On a noté des sueurs abondantes principalement aux extrémités, aux pieds, aux mains, et sous les aisselles. Les sujets se plaignent aussi parfois d'une sensation anormale de chaud ou de froid. Une épileptique hypnotisée par nous se plaignait à son rêve 1 d'avoir éprouvé pendant la somniation un sentiment vif et pénible de chaleur par tout le corps : elle était en sueur. La respiration serait accélérée, le pouls également (1).
Braid (2) raconte qu'avant ses expériences, examinant on sujet soumis à l'influence mesmérique, il fut frappé de l'état de son pouls au poignet; ce pouls était si petit et si rapide qu'il ne put arriver à le compter. Chez les hypnotisés, il a trouvé le pouls et la respiration d'abord plus lents qu à 1 ordinaire, mais ils ne tardent pas à s'ac- ^célérer sous l'influence de la contraction musculaire. Pour
(1) E. Chambard, Dict. encyclop. des sciences médicafeSf art. som-
lUMBULI^llB PROVOQUÉ.
(2) Hraidf Neurypnologief T^dissim, -
CULLBRKE. iO
146 PHÉNOMÈNES GÉiIÉAAUX DE L'HYPNOTISME
rhynoptisé chez qui on développe la rigidité caialeptiforme des muscles, Taccéléralion du pouls serait de cent pour cent, tandis qu'elle n'est que de vingt pour cent chez un sujet éveillé qui fait tendre ses muscles pendant cinq minutes.
Heidenhaina constaté les divers phénomènes que nous venons d'énumérer
Pau de Saint-Martin, dans un cas de léthargie hypnotique^ note également l'accélération du pouls et de la respiration, ainsi que les sueurs. D'après M. Richer, dans la léthargie, la respiration est à peu près régulière. Au début, elle est notablement accélérée, puis elle se calme et finit par se ralentir : les inspirations sont profondes, parfois stertoreuses. Au début de l'état cataleptique, il y a suspension complète de la respiration; puis elle se rétablit, mais reste lente et superficielle. Pendant la période somnambulique, cette fonction reprend ses caractères habituels, mais avec une grande tendance à Tirrégularité. Dans les états léthargique et cataleptique, la fréquence du pouls semble augmenter un peu. Il va sansdire que les suggestions modifient considérablement la circulation, suivant leur nature, ainsi que font du reste les divers sentiments que nous éprouvons à l'état de veille.
Dans un cas de léthargie cataleptiforme spontanée, chez un aliéné observé par nous, le pouls était descendu à quarante deux pulsations (1). Chez un épileptîque que nous hypnotisons en ce moment, le pouls tombe parfois à cinquante et s'y maintient pendant l'expérience.
I.e professeur Lasègue, relatant ses propres observations d'hypnotisation, déclare avoir vu manquer dans
(l) Cullerre, Catalepsie chez un hypocondriaque persécuté {Annales méd.-psychoLf mars 18T7}.