‹ Magnétisme et hypnotisme: exposé des phénomènes observés pendant le sommeil nerveux provoqué auChapitre 60 sur 114 · MOUVEMENTS AUTOMATIQUES · texte numérisé non relu

MOUVEMENTS AUTOMATIQUES

dans un degré moyen d*hypootisalîon. Qu*on lève horizontalement les deux bras du sujets et qu*on les fasse tourner Tun autour de l'autre, le sujet continue à les tourner soit de lui-même, soit après injonction. L*un d'eux raconte ainsi cette expérience:

L'expérimentateur me dit : « Touroex tos bras Fun sur l'autre . Allez vite. Bien. Vous ne pouvez plus vous arrêter. » Et mes bras tournèrent violemment, indéfiniment, et je ne pus les retenir, malgré que je fisse des efforts résolus et puissants pour les comprimer, les opposant dans des actes contraires, les froissant Tun contre l'autre dans une lutte désespérée.

Cet exemple, emprunté à Durand, de Gros(l], a été fourni par un homme âgé et instruit, qui raconte ainsi ce qui se passa pendant qu*il était en état d'hypnotisme:

— Bientôt commença votre action sur moi, et je devins véritablement machine sous votre volonté motrice. Vous affirmiez un fait : de prime abord j'hésitais à croire; et tout aussitôt j'étais obligé de me rendre à l'évidence du fait accompli.

— Vous ne pouvez pas ouvrir les yeux. Et vainement j'essayais d'ouvrir, et vainement mon sourcil se relevait, et la peau de mon Tront se ridait soulevée : les paupières restaient collées.

— Vous êtes cloué sur le fauteuil, vous ne pouvez plus vous lever. Et vainement mes bras libres, qui passent pour très vigoureux encore, s'appuyant aux bras du fauteuil, essayèrent de soulever la masse inerte du bassin et des jambes : j'étais cloué.

— Levez*vou8. Vous ne pouvez plus ni vous asseoir ni vous baisser. Et tous mes efforts pour changer de place et rompre cet état de paralysie ridicule demeuraient infructueux.

— Vous ne pouvez plus ouvrir la bouche. Et mes m&choires se trouvèrent tout à' coup soudées indissolublement.

Pendant que ces opérations suivaient leur cogrs, je causais avec

(1) Dr Philips, Cours théorique et pratique de BraidUme, Paris,

les spectateurs, et je donnais à la masse du public le détail de mei impressions, soit spontanément, soit pour répondre aux questions qui m*élaient adressées.

Les expériences sur les suggestions sensorielles échouèrent complètement chez ce sujet ; il ne trouva toujours que le goût de Teau claire au liquide qu'on lui présenta, bien que l'opérateur lui suggérât l'idée qu'il buvait une liqueur ou un vin exquis. L'expérience sur l'odorat oe réussit pas davantage, il ne se produisit qu'un certain degré d'anosmie ; les odeurs suggérées restèrent non avenues.

L'expérimentateur lui enjoignit ensuite de bégayer.

— Vous allez bégayer ; bégayez, vous ne pouvez plus vous empêcher de bJ'gayer. Et il bé... bé... gaya. — Vous allez perdre la faculté d'émettre la voyelle  et même la notion de cette lettre. Essayez, vous ne pouvez pas dire A.

Il lui fut impossible de dire Â. L'expérimentateur lui dit ensuite d'écrire son nom. Il écrivit son nom moins les deux A qu'il contenait.

Pendant une séance d'hypnotisation^ raconte M. Hack Tuke, un jeune homme voulut prononcer quand même son propre nom, quoiqu'il fût sous l'influence du magnétiseur Hansen, et que ce dernier lui eût défendu de le faire. Malgré des efforts prolongés et de ridicules grimaces^ il ne put prononcer que la première lettre B et en fut réduit à des gesticulations silencieuses (1).

Un des sujets du D' Bernheim, plongé dans un somnambulisme léger, recevait toutes les suggestions qu'il lui plaisait de lui donner. 11 le faisait aussi bégayer; il l'envoyait au tableau écrire son nom, en lui suggérant

(1) Hack Tuke, Le corps et resprit, action du moral et de Cima' nation sur lephysique^ Paris, 1886.

'il ne pourrait plus écrire les consonnes, et il écrivait ee ; 'il ne pourrait plus écrire les voyelles, et il écrivait B, n, m. Chez ce sujet, les hallucinations des sens étaient itantanées. On lui suggérait l'idée d'aller s'asseoir sur e chaise où. il trouverait un chien ; il s'approchait, 'essait le caniche imaginaire, semblait craindre d'être >rdu. On lui montrait son fils qu'il n'avait pas vu deis de longues années, il restait comme en extase en le connaissant, et ses yeux se remplissaient de larmes. Il était facile de lui suggérer toutes sortes d'illusions isorielles. Le sulfate de quinine était pris pour du ère ; un crayon lui servait de cigare, et lui procurait irresse du tabac.

le liii dis que ce cigare est trop fort et qu'il va se trouver mal : ^st pris de quintes de toux, crache, a des nausées, des .expuiis aqueuses, pâiit, a des vertiges. Je lui fais avaler un verre au en guise de Champagne; il le trouve fort. Si je lui en fais lier plusieurs, il est ivre, il titube. Je lui dis : « L'ivresse est le » ; il chante avec des hoquets dans la voix; je provoque un 1 rire. Je dis : « L'ivresse est triste »; il pleure et se lamente.

Le sujet de ces expériences était un homme de quaate-quatre ans, photographe, présentant des sympmes d'une tumeur cérébelleuse, mais n'ayant jamais rouvé d'accidents névropathiques.

Chez les grands somnambules surtout, le goût est susptible d'illusions et d'hallucinations de diverse nature, hypnotique, au gré de l'opérateur, prendra de l'eau ire pour du poison ou un breuvage excellent. M. Richet souvent fait boire à ses sujets hystériques de l'huile 1 des liquides d'un goût repoussant en leur suggérant idée qu'ils buvaient des liqueurs délicieuses. Un mor- ;au de papier baptisé gâteau par l'expérimentateur sera

i86 LA SUGGESTION HYPNOnQUE

mangé avec jouissance par le somnambulique, mëmel son réveil.

LVidorat subit à son tour des illusions analogues. On peut suggérer l'idée d'une odeur quelconque, le parfum d'une fleur ou d'une eau de senteur, des émanations infectes ou nauséeuses. Ces hallucinations pourront pe^ âister au réveil comme celles que nous avons précédemment énumérées.

De même pour l'ouïe et pour la vue. L'hypnotisé, si on le lui commande, entendra le chant des oiseaux, une musique délicieuse, la voix d'une personne amie ou encore des grossièretés, des obscénités, des injures. Il verra tour à tour des objets ou des scènes agréables, pénibles ou terrifiantes (fig. 22).

Les illusions et les hallucinations du sens du tact sont extrêmement nombreuses et aussi variées que peuvent le permettre les divers modes de la sensibilité, soit isolément, soit associés entre eux.

L'anesthésie de la peau et des muqueuses se produit spontanément dans l'hypnotisme. Quand elle n'existe pas, on peut la provoquer par suggestion. A un hypnotisé sensible, on suggère que la surface de ses téguments est anesthésiée, ainsi que sa muqueuse olfactive; on peut ensuite, sans qu'il manifeste la moindre douleur^lui traverser la peau par des instruments piquants ou lui faire respirer des substances irritantes comme l'ammoniaque.

On peut provoquer de même la cécité ou la surdité. I^ sujet sous l'influence de l'idée ainsi suggérée déclare ne plus voir, ne plus entendre, et les bruits les plus assou^ dissants sont impuissants à le faire tressaillir.

Suzanne, observée par M. P. Richer à la Salpétrière, grande hysl(^rique susceptible de passer par les trois périodes de l'byp-

tme, est mise ea BomaambulUme par la pression du verlex. liLdt on provoque à volonté chei elle des illusions si des ballations de tous les sens, eiceplâ de la vue. Un flacon entre nains devient un couteau, elle a peur de se couper et essaye

Flj. 24. - Soggctti

jaune anjcl, halluciiMtigBa provnquiu.

efermer. L'éther se tranerorme en muEc; le bruit atténué du -tam se change en bruit de cloches, en concert, enroulements tambours d'un rëgiment qui passe : elle Unit même par en- Ire le piâtiaement des cbevaux, mais ne peut let apercevoir, poudre de coloquinte se Irûnsforme en sirop de groseilles.

Tour à tour, i la voix de Tobser^'ateur, elle reçoit des coups imag^inaires, sent l'impression d'un vent froid qui n'existe pas, trouve qu*ori la chito'jiiie lorsque personne ne la touche ; elle entend la musique au milieu du plus profond silence, elle respire Todeurde 1 encens que rien autour d'elle ne peut lui rappeler, eile a dans la bouche un fort goût d'absinthe qui lui brûle même la gorge, quand elle n'a absolument rien pris.

Une autre malaJe du même auteur mord à belles dents dans une pelote qu'on lui dit être un gâteau, boit du rhum qui n'est que de l'eau pure, entend la musique militaire et Toit le régiment qui passe ; elle monte sur la tour Saint-Jacques et a le Tertige; elle voit toutes sortes d'animiux, des i:hats, des chevaux, des élf'phants ; le tout au gré de Texpérimentateur. A son réveil, elle a un vague souvenir de tout ce qu'on lui a fait voir. C'est comme un rêve qu'un trop brusque réveil aurait elTacé (i).

Dans un certain nombre de cas, chez les grandes hystf'^riques frappées d'hémî-anesthésie, il n'est pas possible de provoquer des hallucinations dans les sens qui ont p(Tdu leur activité. Ainsi les illusions du tact n'auront lieu que du côté sain, et les hallucinations colorées de la vue ne pourront être déterminées pour rœil achromatopsique.

A côté de ces perturbations organiques que la suggestion peut déterminer dans le corps humain, citons des faits du même ordre, absolument nouveaux, qui viennent d'être mis en lumière. '

Au congrès tenu par l'Association française pour Tavaucement des sciences, à Grenoble, au mois d*août 4885, de curieuses expériences de nature à élucider la questions! controversée des stigmates sanguinolents des extatiques religieux (2), ont été relatées par MM. Bourru et Burot,

(1) P. Richcr, /oc. cii., p. 702, 703.

(2) Voyez Warlouiont, Rapport médical sur Lou'se LaUau, la sHonatiaée de bois dliaine, Uruxelies, 1873.

>rofesseiirs à l'ËcoIe de médecine navale de Rochefort. les expérimenlaleura sont parvenus à produire ce fa-

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meux miracle par simple suggestion chez un h] épilep tique mâle soumis à leur observation (1).

Ce malade, hémiplégique et hémi-anesthésique à droit hypnotisable et susceplible de recevoir des suggestions c sorte. L'ayant mis en somnambulisme, Tun d*eux lui d< suggestion suivante : « Ce soir, à quatre heures, après t' dormi, tu te rendras dans mon cabinet, tu t'assoiras dans teuil, tu te croiseras les bras sur la poitrine et tu saigni nez. » A l'heure dite, les divers actes suggérés furent ei et quelques gouttes de sang sortirent des narines du patie

Un autre jour, l'un de ces expérimentateurs Payant er traça son nom avec un stylet mousse sur ses deux avantlui disant : « Ce soir, à quatre heures, tu t'endormiras et gneras aux bras sur les lignes que je viens de tracer. » ] arrivée, le sujet s'endormit, les caractères tracés sur la ] dessinèrent en relief rouge vif, et des gouttelettes de s; montrèrent en plusieurs points du côté non anesthésié (fi|

Ce malade ayant été transférée l'asile d'aliénés de La Ro le D' Mabille, médecin-directeur de cet établissement, ren cette expérience et obtint le même succès. Ayant tracé une sur chaque avant-bras, et prenant successivement les deux du sujet : « A quatre heures, commanda-t-il, tu saigneras bras, — et de celui-ci. » — Je ne peux pas saigner du côté ( dit le malade en désignant ainsi son côté paralysé. Au n précis indiqué, le sang perla à gauche, et non à droite.

Ces expériences furent ensuite répétées devant un non public médical. Le 4 juillet dernier, le sujet étant somnam notre distingué collègue traça une lettre sur son poignet ordonnant de saigner immédiatement en ce point. « Cela i grand mal, » objecte le patient. « Il faut saigner quand m

(l) Berjon, La grande hystérie chez VHomme^ phénomènes hition et de dynamogénie, changements de la personnalité^ des médicaments à distance. Paris, 4886. Nous devons à MM. et Burot, la possibilité de reproduire deux figures qui ont < bliées dans le travail de M. Berjon, nous leur en exprimon notre gratitude.

SOMNAMBULISME PROFOND 19 f

lui comnande Topérateur. « Les muscles de Tarant-bras se coa«» tractent, le membre devient turgescent, la lettre se dessine rouge «t saillante, enfin des gouttes de sang apparaissent et sont constatées par tous les spectateurs. Toutefois il faut signaler que, dans cette dernière expérience, il y eut une erreur de lieu. Ce fut la lettre tracée au voisinage Tavant-veille, qui laissa suinter du sang.. Peut-être la suggestion n*avait-eile pas été assez précise, peutêtre l'exécution était elle trop rapprochée du commandement, car « c*était la première fois que la suggestion n'était pas faite pour un temps éloigné de quelques heures.

Depuis ces expériences, de nombreux auteurs ont sîgaalé la puissance de la suggestion sur les phénomènes de la vie végétative chez certains sujets. Chez Tun, une simple suggestion verbale ramène les règles, chez un autre produit une vésication sur une partie désignée des téguments, chez une troisième détermine de la diarrhée, etc. Ces faits sont désormais bien connus et hors de toute discussion.

A un degré encore plus avancé d'hypnotisation, la conscience disparait, la spontanéité psychique est supprimée, et le sujet devient dans toute la force du terme un automate soumis à la volonté, au caprice de Texpérimentateur. Mais dans cet état même, il existe encore quelque chose de propre àllndividuainsi annihilé; c'est la façon dont son cerveau réagit sous TinQuence de la suggestion, et qui n*est ni la même, ni égale chez tous.

Un des phénomènes les plus extraordinaires de cette phase, c^est la possibilité de faire perdre à un somnambulique la notion de sa propre personnalité et de la transformer en une autre.

Durand de Gros dit à une jeune fille en expérience : Vous êtes un prédicateur! Aussitôt, elle joint les maios, fléchit les genoux, puis, la tête inclinée et les yeux au ciel, elle prononce, avec une expression de piété fervente, quelques mots d'exhortation (I).

M. Bernheim (2) dit à un de ses sujets : Tu as dix ans, tu es un enfant, va jouer avec les gamins. Et il se met à faire le sia)ulacre de jouer aux chiques, à l'attrape, à saute-mouton, le tout avec des détails d*une précision surprenante. 11 lui dit : Vous êtes une jeune fille! Il baisse modestement la tète et fait semblant de coudre. — Vous êtes général, à la tête de votre armée ! Il se redresse et s'écrie : En avant! — Vous êtes un digne et saintcuré! U prend un air illuminé, fait le signe de la croix et semble se livrer à une lecture pieuse. — Vous êtes un chien ! Il se met à quatre pattes et aboie.

M. Ch. Richet a cité diverses expériences de ce genre sous le nom d'objectivation des types par amnésie de la personnalité. Chez deux personnes du sexe^ somnambu- Usées par des passes magnétiques, il suffisait d'un mot prononcé avec autorité pour opérer la transformation de

personnalité. M est successivement transformée en

paysanne, en actrice, en général, en prêtre, en religieuse.

A est transformée aussi en général, en matelot, en

vieille femme, en petite fille, en une personne réelle y qu'elle a connue. Dans ces objectivatîons, la modification des sentiments est complète. La timidité de Tune se change en hardiesse si le personnage qu'elle représente Texige,

ses sentiments religieux en irréligion ; B de silencieuse

devient bavarde, de réservée devient provoquante ; elles donnent à ces personnages qu'elles représentent les sentiments, les goûts, les alluresqu'elles leur supposent dans la réalité. Néanmoins, dans tous ces changements de

(1) D' Philips, loc. cit., p. 116.

(2) Bernheim, loc. cit.

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