EXPÉRIENCES DE M. BRH^MAUD
M. Ch. Richet (1) a communiqué à la Société de biologie plusieurs observations de suggestion sans hypnotisation chez les sujets non hystériques.
M. F. Bottey(â) a présenté à la môme Société plusieurs sujets, une malade hystéro-épileptique ot deux jeunes filles absolument saines. Chez les trois, on pouvait à volonté déterminer des hallucinations de toute nature et toute espèce de paralysies par la simple suggestion, à l'état de veille. Une affirmation ou une injonction suffisait à les rendre muettes^ aveugles, .sourdes, insensibles aux odeurs, ou pour les affecter de paralysie, de contractures et d'anesthésie.
Le D' Brémaud, médecin de première classe de la marine, a fourni également à la Société de biologie (3) les observations les plus probantes et les plus instructives.
Chez un de ses sujets, étudiant âgé de vingt-trois ans, il produisait à sa guise divers phénomènes de contracture et d'anesthésie, à la grande stupéfaction du jeune homme, qui ne pouvait comprendre comment ses membres devenaient ainsi tétanisés Qialgré lui, et comment il ne sentait pas les épingles dont on I&rdait la peau de son bras.
Un autre étudiant, cloué sur une chaise, ou renversé sur le plancher sans pouvoir se relever, entrait en colère, en constatant son impuissance et le ridicule de ses attitudes.
L'opérateur montra combien il était facile de neutralisor ^ne suggestion par une autre, à Taide de rexpérienco Suivante :
Il remit à chacundecesjeunes gens une boîte soigneusement en- 'eloppée, en leur déclarant que, grâce à la vertu antimagnétique
(1) Ch. Richet, Comptes rendus de. la Soc. de biol.y 8 oct. 1884.
(2) Bottey, Comptes rendus delaSôc. de biol.f 15 mars 1884.
(3) Brémaud, ibid.j mai 1884.
CULLERBE. *4
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du contenu de ces boîtes, ils seraient rebelles à toutes les suggestions tant qu'ils les garderaient sur eux. A partir de ce moment, toutes les tentatives de contracture, de paralysie et d'analgésie restèrent sans résultat. Puis les boites furent ouvertes, et à la confusion des jeunes gens en expérience et à Tbilarité générale des assistants, on constata qu'elles ne contenaient rien!
Qu'ion dise à un sujet ayant déjà subi quelques hypnotisations et chez qui on a pu, pendant le sommeil provoqué, réaliser semblable expérience: « Votre bras est paralysé, vous ne pouvez plus le remuer. » Et son bras devient immobile et flasque malgré les efforts qu'il fait pour résister à la paralysie qui le gagne de plus en plus.
A un autre, qu'on dise : « Fermez votre main, vous ne pouvez plus rouvrir. » La main se contracture elle sujet est incapable d'étendre les doigts. Ou bien : « Étendez le bras et la main, vous ne pouvez plus la fermer. » Et le bras reste étendu, et la main ne peut se fermer ; à peine
observe-t-on un commencement de flexion des phalanges,
qui ne tarde pas, du reste, à s'arrêter (1).
Qu'on dise au sujet précédent : maintenant votre main
fermée s'ouvre, et votre main ouverte se ferme. Presque
aussitôt l'injonction s'accomplit, et les positions inverses
sont obtenues en quelques secondes.
Pour que de pareils phénomènes se produisent, aucun
artifice de commandement n'est obligatoire, et il n'est
pas nécessaire que le sujet croie en la vertu irrésistible
d'un agent magnétique.
Je n'ai pas besoin de prendre une grosse voix d'autorité ni de foudroyer mes sujets du regard, dit M. Bernheim;je dis la chose le plus simplement du monde, en souriant, et j'obiioDS l'effet,
^nheim, loc, cit., p. 47*
PAIULYâlES SUGOl^TIVES 211
DOQ 8\ir des sujets dociles, sans volonté, complaisants, mais sur des sujets bien équilibrés, raisonnant bien, ayant leur volonté» quelques-uns môme ayant un esprit d'insubordination.
Les paralysies, comme nous veooQsde le voir, peuTent, comme pendant Thypnotisme, revêtir deux formes distinctes^ entre lesquelles se placent tous les intermédiaires possibles, depuis la flaccidité absolue jusqu'à la contracture tétanique. La paralysie flasque à l'état de veille présente les mêmes caractères que celle qui est obtenue pendant la période somnambulique; c'est-à-dire qu'on constate dans le mambre ainsi piralysé l'exagération notable des réflexes tendineux, de la trépidation spinaie, et l'abolition complète du sens musculaire. Le membre offre en outre une sensation de froid qui n'est pas seulement ressentie par le sujet lui-même, mais qu'on peut apprécier par le contact de la main. On le voit aussi se couvrir de rougeurs diffuses autour de la moindre piqûre. Tous ces phénomènes indiquent en somme qu'il est le siège de profondes perturbations nerveuses et vasomotrices (1).
Il est des sujets chez qui on peut provoquer des actes automatiques, comme d'exécuter certains mouvements baroques, de sauter, de toarner les bras l'un autour de Taulre. — « Tournez vos bras; vous ne pouvez plus les arrêter. » Tous les efforts du patient sont incapables de mettre un terme à cet exercice ridicule. On l'obligera à maintenir les paupières closes^ on le rendra muet en le mettant dans l'impossibUité d'ouvrir la bouche, on le fera cul-de-jalte; en fixant ses bras derrière son dos et en Vempâchanl de quitter la position assise, on l'isolera
(l) ?. Ricjcr et Gilles de la Toarette, Pntgres méditsal^ t884,
212 LA SUGGESTION A l'ÉTAT DE VEILLE
dans quelque coin de rappartement, en traçant devant lui une ligne qu'il ne pourra dépasser; on s'emparera de son regard, soit en lui enjoignant de le fixer sur un objet quelconque, soit que Topérateur lui commande de fixer ses yeux sur les siens, et alors, s'attachant à sa personne, le patient le suivra partout, franchissant les obstacles et s'efforçanl de ne pas perdre ses yeux de vue.
De même certaines facultés peuvent être altérées à leur tour. On fera perdre la notion de certains mots, de lettres, de chiffres; la lecture d'un livre deviendra impossible, l'opération arithmétique la plus simple ne pourra être exécutée. Toutes ces expériences et beaucoup d'autres, qu'il serait sans intérêt de rapporter, sont absolument les mêmes que celles que nous avons énumérées précédemment à propos de somnambulisme.
Des modifications de la sensibilité générale et spéciale peuvent être également obtenues à l'état de veille par le procédé de la suggestion. On produira par simple affirmation, l'insensibilité dans une partie, dans la moitié du corps, dans le corps tout entier. Chez un de ses somnambules, M. Bernheim est parvenu à provoquer à l'état de veille une anesthésie si profonde qu'on a pu pratiquer sur lui les laborieuses manœuvres nécessaires à l'arrachement successif de cinq racines dentaires sans qu'il en éprouvât la moindre douleur. On peut comme pour la paralysie déplacer le trouble suggéré, le faire passer de droite à gauche, ou inversement; le limiter ou l'étendre au gré de son caprice.
Au lieu de l'anesthésie, on produira Thyperesthésie atanée ou divers troubles de l'innervation de ce tégu-