‹ Magnétisme et hypnotisme: exposé des phénomènes observés pendant le sommeil nerveux provoqué auChapitre 69 sur 114 · LECTURE DES PENSÉES · texte numérisé non relu

LECTURE DES PENSÉES

quer des hallucinations à longue échéance, et des hallucinations rétrospectives. A une de ses patientes, il suggéra Vidée qu'elle trouverait le soir sur son lit une assiette de gâteaux. Elle les vit en effet en se couchant, bien qu'elle n'y eût pas songé de toute la journée^ et fut fort désappointée de ne pouvoir les manger. Aune autre, il persuada qu'elle avait vu la veille, à une heure déterminée, des enfants jouer à saute- mouton sous la fenêtre. Elle finit par en convenir et même par hroder sur ce thème imaginaire quelque épisodes non moins fantaisistes.

Ces phénomènes pourront paraître bien extraordinaires. Cependant qu'on veuille bien observer que chez ia plupart des sujets susceptibles de recevoir des suggestions à l'état de veille, le système nerveux n'est pas intact : ou bien il est sous l'influence de l'entraînement produit par l'habitude de l'hypnotisation ; ou bien il est modifié par un état névropathique préexistant, tel que l'hystérie par exemple. Certains délires partiels se développent par un mécanisme qui n'est pas sans rapport avec celui de la suggestion à l'état de veille. Au lieu de venir de l'extérieur» comme dans ce cas^ une idée singulière nait spontanément dans l'esprit : elle s'y trouve d*abord comme étrangère en présence de la conscience étonnée et opposante, peu à peu celle-ci se relâche, l'idée maladive y pénètre, s*y incorpore, devient partie intégrante de l'individu et passe à l'état actif sous forme d'acte ou d'hallucination.

Mais si la suggestion vei^bale à l'état de veille est com-

préhensible, que dire de la suggestion mentale et de la lecture des pensées'^

Les faits de cet ordre ont été depuis longtemps signalés parles magnétiseurs, mais avaient jusqu'ici été considérés comme illusoires. Aujourd'hui, il semble que la suggestion mentale ne puisse plus être repoussée à priori et des expériences récentes faites avec toute les garanties de l'observation la plus rigoureuse, lui donnent droit de cité dans la science.

De Puységur, Tun des premiers apôtres du magnétisme, avait remarqué qu'il lui suffisait de penser en présence d'un de ses sujets pour que ce dernier pénétrât sa pensée et lui répondit d'une façon correcte.

Péletin, à qui on doit des observations si remarquables sur le phénomène appelé la transpositions des sens, constata que son sujet d'expériences était instruit aussitôt de toutes les pensées qu'on formulait mentalement en sa présence, et qu'il exécutait ce qu'on avait l'intention de lui commander comme si la détermination fût venue de lui-même.

Deleuze connaissait aussi ce phénomène. Dans des temps plus modernes, de nombreux auteurs plus ou moins dignes de foi ont affirmé l'avoir constaté dans leurs expériences magnétiques.

Partant de cette idée qu'il n'y a pas de limites absolues dans les phénomènes physiologiques, qu'il n'y a qu'une gradation, que par conséquent si la suggestion mentale existe à un haut degré chez quelques sujets exceptionnels, elle doit exister à un degré plus ou moins faible chez tout le monde^ M. Richet entreprit, en 1885, des séries d'expériences faciles portant sur des cartes à jouer, des photographies, des images à deviner, et par le calcul de probabilité, montra que là où la suggestion mentale pou-

Page 1