‹ Magnétisme et hypnotisme: exposé des phénomènes observés pendant le sommeil nerveux provoqué auChapitre 71 sur 114 · ÉTAT DE FASCINATION · texte numérisé non relu

ÉTAT DE FASCINATION

dée de certains mouvements s'accompagnait d'une tendance inconsciente et involontaire à les exécuter(i). Il expliquait ainsi les oscillations d'un pendule tenu à la main et les mouvements des tables tournantes. La même explication convient dans le cas de M. Cumberland.

On pourrait, au contraire, rapprocher de la suggestion nentale les faits de télépathie, de lucidité, de pressentinent, c'est-à-dire Faction de voir et de connaître desévélements lointains dans le temps et dans Tespace sous une orme hallucinatoire. Si ces faits ont une existence réelle, e que tendent à prouver des observations bien étonnanes, ils révèlent assurément, comme le dit M. Richet, une acuité nouvelle et profondément inconnue de l'ôme hunaine.

Le chapitre précédent nous avait notablement éloignés de notre point de départ : il n'y a guère été question de ces phases tranchées qui forment comme le squelette de l'hypnotisme, et qu'il ne faut pas perdre de vue, sous peine de s'égarer. Ce qui va suivre va nous y ramener. En opérant sur des sujets favorables, le J)^ Brémaud a réussi à produire non seulement les trois périodes distinctes de l'hypnotisme, mais encore un autrfe état qui n'avait pas encore été décrit.

En 1883et en 1884, dans des conférences faites à Paris, 3t dans des notes présentées à la Société de Biologie, ce médecin faisait connaître le résultat de ses études sur ['hypnotisme chez les sujets sains. Depuis longtemps il

(1) Chevreul, Bévue des Deux- Mondes^ 1812, et De la baguette diyinatoire, du pendule explorateur et des tables tournantes^ Paris, 85 t.

s'était aperça que parmi les jeunes gens de quatorze à vingt -si& ans, on en rencontrait un certain nombre qui présentaient sur le corps des zones d anesthésie, et q«e c'était précisément ceux-là chez qui il était le plus facile d obtenir des phénomènes hypnotiques. €es états nervens sont analogu es à ceux qu'on obtient chez les hystéro-épileptiques et peuvent être aussi classés sous les dénominations de catalepsie, de léthargie et de somnambulisme. Mais il obtient en outre un état qui n*a pas encore été indiqué par les auteurs qui se sont occupés d'hypnotisme, qui précède les autres phases, et qu'il désigne sous le nom d'étal de fascinât ion {i).

Les nombreuses expériences que leD'Brémaud a faites à l'École de médecine navale de Brest, et qu'un nonbreux public compétent a pu contrôler, l'induisent à admettre que loin de constituer une rare exception, les faits qu'il a observés comportent un caractère étendu de généralisation et ne sont pas imputables à une idiosyncrasie nerveuse particulière de ses sujets : ceux-d, en effet, bien que tous Bretons, appartenaient à des catégories sociales très diverses : jeunes médecins, étudiantSt sous-officiers, matelots, soldats.

A Paris méme^ M. Brémaud, sur une série de quatre jeunes gens ignorant les phénomènes qu'il cherchait i déterminer, a pu, en quelques minutes, en mettre un eo état de fascination suivi de catalepsie et de léthargie. Sur une autre série de jeunes gens, étudiants en médecine, déclarés propres au service militaire, et par conséquent ea parfaite santé, dix-sept ont pu être mis dans une même séance en état de fascination, et cela en une période de

(1) Voyez en outre : Bes différentes phases de Fk^fpmoiîgme et tn particulier de la fascination, P. Brémaud, les Comptes remdsu de h \ "^oc. de biol.f le Bull, du cercle Saini-Simonf n» 1, 1885.

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temps allant de quelques secondes à trois minutes. 11 put ensuite obtenir la catalepsie, la léthargie et Icsomnambalisme, ainsi que les phénomènes particuliers à chacun de ces étais, contracture, excitabilité neuromusculaire, aatomalisme, illusions et hallucinalions.

Voici en quoi consiste cet état de fascination. 11 es provoqué par la fixation d*un point brillant, mais d'une intensité médiocre^ ou mieux par la seule action du regard. « Je regarde vivement, brusquement et de très près le jeune homme en lui enjoignant de me regarder avec toute la lixité dont il est capable. » L'effet est rapide, parfois foudroyant, chez les sujets entraînés par des expériences précédentes. Le visage s'injecte, le pouls s'accélère considérablement; les pupilles se dilatent; l'œil ;rand ouvert est fixé sur le point brillant ou sur l'œil de opérateur; Tanalgésie se produit; tout muscle que Ton ait entrer en activité, ou que Ton froisse avec la main, ntre en contracture. La volonté est paralysée; les foncions intellectuelles s'exaltent et peuvent être incitées à illusion et à l'hallucination. Enfin se développe un insinct d'imitation qui va jusqu'à la reproduction la plus dèle, la plus servile des mouvements, des gestes, des ttitudes, des paroles, des jeux de physionomie de l'o- >érateur.

M. Brémaud a désigné cet état sous le nom de/a«cin«tOH, parce qu*il le considère comme analogue à celui de oiseau en face du serpent. Pour le faire cesser il suffit e souffler sur le visage et les yeux du patient (1).

(1) n y a de grandes analogies au point de vue psychique entre À état de fascination et celui qui a été décrit à propos des cata- ^iqaes, chapitre vi. Oo peut aassi en rapprocher les phénomènes Imitation aiitotnatiqua, Técfaolalie par exemple, observés dans Je MBQambulisoie. M. de ParvUle (Gh. Riehet, Lfwmtme ei VinleiUince, p. 197) ayant hypnotisé des Indiens mosquitos avec des bon-

224 LA SUGGESTION A l'ÉTAT DE VEILLE

L'expérience prolongée un certain temps s'accompagne d'amnésie. Les muscles ne possèdent pas la propriété cataleptique et ne conservent pas les attitudes données. L'état de fascination s'établit avec une rapidité extrême chez les individus qui l'ont déjà subi; un coup d'oeil de l'opérateur suffît; et, saisi au milieu d'une action quelconque, le patient s'arrête pétriûé. Certains sujets ne peuvent, sans appréhension et sans malaise, se trouver en présence de celui qui les a déjà fascinés ; un de ceux observés par le D' Brémaud reconnaissait éprouver un certain sentiment de crainte toutes les fois qu'il le rencontrait et n'être jamais complètement à son aise vis-àvis de lui.

Dans la série hypnotique, l'état de fascination occupe la première place; il est le premier de ceux que l'on peut provoquer. 11 ne peut être obtenu chez les femmes hystériques hypnotisables, très probablement parce qu'en raison de l'impressionnabilité trop grande de leur système nerveux, les pratiques hypnotiques les amènent d'emblée à l'état cataleptique en brûlant la première étape où il est impossible de les arrêter et de les maintenir. Il en est de même chez les femmes en parfaite santé et hypnoti sables ; le phénomène de la fascination ne peut être produit chez elles, l'état provoqué d'emblée étant toujours la catalepsie.

L'état de fascination serait donc propre au sexe masculin. Chez les jeunes gens chez qui on peut le développer, les caractères en sont d'autant plus tranchés qu'on s'éloigne moins de la première expérience. Par l'effet de

chons de carafe, ces individus imitaient servilement toiis ses gestes: « Je courais, ils couraient, écrit M. de Parville {Journal des Débats^ 5 août 1880) ; je m'asseyais, ils s'asseyaient; je m'agenouil-, lais, ils s'agenouillaient; je levais les bras ils levaient les bras. «

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