LA POSSESSION DÉMONIAQUE
avait la tête renversée, les yeux ouverts, la prunelle
Fig. 4. — Périodes des contorsions.
(Fac-similé d'un croquis fait d'après nature.)
absolument retirée sous la paupière supérieure, le blanc
(les yeux demeurant seul en évidence : autant de signes léthargiques (1).
La sœur de la Purification tomba, à Theure du sabbat, dans une espèce d'assoupissement et d'insensibilité merveilleuse qui avait duré cinq quarts d'heure et plus, aliénée de tous les sens, sans mouvements, sans parole et sans connaissance, les bras croisés sur la poitrine et si raides qu'il fut impossible de les ouvrir, et les yeux fermés et puis ouverts, mais fixes et arrêtés sans rien voir (2).
Les religieuses de Louviers (1642) tombaient, elles aussi, dans une sorte de crise léthargique.
Il y en a parmi elles qui se pâment et s'évanouissent durant les exorcismes, comme à leur gré, en telle sorte que leur pâmoison commence lorsqu'elles ont le visage le plus enflammé et le pouls le plus fort. Pendant cet évanouissement, qui dure quel* quefois une demi-heure et plus, l'on ne peut remarquer ni de l'œil ni de la main aucune respiration en elles (3).
Les pratiques des exorcistes avaient ceci de particulier qu'elles agissaient sur les possédées à la façon des passes magnétiques sur les sujets sensibles; elles développaient une foule d'accidents que l'on peut considérer comme d'ordre suggestif ou comme tout entiers dus à l'imagination des malades.
En 1599, Marthe Boissier se prétendait possédée du démon. L'évêque d'Angers, voulant l'éprouver, commande qu'on lui apporte le livre des exorcismes et, au lieu délire une conjuration, se metàréciterlesjpremiersversdel'^n^*de,,. Elle n'en tombe pas moins aussitôt en convulsions. D'autres pièges de ce genre tendus au diable par qui cette
(1) Calmeil, De la folie, passim.
(2) Histoire des diables , cité par Calmeil, t. II, p. 135. Lebreton, cité par Calmeil, t. II, p. 78.
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fille prétendait être possédée produisirent le même effet-
- Période d'
Oq observa chez les possédées de Loudua (1632) tous les symptômes de la catalepsie. Leur corps était parfois
doué d*oae souplesse si extraordinaire qu*OQ pouvait le ployer en tons sens comme une lame de plomb et qu'il restait aussi lon^emps qu on Vy laissait dans l'attitude qui lui avait été donnée.
Les contractures de toute espèce n*étaient pas moins fréquentes. La sœur Marie du Saint-Esprit, de Louviers, possédée par un diable nommé Dagon, fut trouvée couchée en travers sur l'ouverture d*un puits soutenue seulement d*un côté parles pieds et de Tautre parla léte (1). Chez les autres possédées du même cloitre, on remarquait fréquemment Tinvasion d'une sorte de raideur catalep* tique qui permettait à leurs corps de conserver très longtemps les attitudes les plus étranges.
En 1511, une religieuse de Salamanque avait de fréquentes extases. Alors son visage et ses mains perdaient leur couleur naturelle, et son corps entrait dans une raideur si grande qu'on eût pu croire qu'il était tout d'une pièce, et que ses doigts n'avaient plus d'articulations.
Dans la maison des enfants trouvés de Hoorn, éclata, en 1673, une épidémie de démonopathie. Entres autres phénomènes observés, on vil des jeunes gens devenir aussi raides qu'une barre.
Tellement qu'en les prenant seulement parla tète et par les pieds, on pouvait les porter où l'on voulait sans qu'ils se remuassent, ce qui durait plusieurs heures et même la nuit.
Étant protestants, ils échappèrent aux exorcismes; ils n'en guérirent pas moins quand on les eut dispersés (2).
Parmi les extatiques célèbres chez lesquelles on retrouve tous les syptômes de la catalepsie ou delà léthargie, on doit, d'après M. Calmeil, citer :
(1) Calmeil, loc. cit., t. II, p. 108.
(2) Calmeil, loc, cit., t. 1, p. 156.
LA POSSESSIOîl DÉMONIAQUE
Flj. ». - AH'tlu» de truciat
26 LE MAONÉTISME k TRAVERS LES SIÈCLES
Saiote Thérèse, qui dit elle-même que, dans le ravissement divio, < tous les membres devieuneot raides et froids »;
Saiote Elisabeth, dont le corps était parfois tellement raide qu'on n*en pouvait remuer une partie que tout le reste ne suivit;
Marguerite du Saint-Sacrement, qui devenait quelquefois raide comme un cadavre;
Marie de Tlncarnation, fondatrice des Carmélites de France, qui tombait dans des accès de mort apparente;
Madeleine de Pazzi, qui restait huit jours et huit nuits en léthargie, les sens complètement fermés au monde extérieur.
On observait aussi le somnambulisme et ses divers symptômes.
Les exorcistes de Loudun attestent que le diable en« dormait quelquefois les religieuses soumises à leurs conjurations. Après être sorties de cet état, absolument analogue à celui des somnambules magnétiques, elles avaient perdu complètement le souvenir de ce qu'elles avaient dit ou fait pendant une partie de leur accès nerveux. Lia supérieure de cette communauté se livrait parfois à des vaticinations qui duraient plus de deux heures : une fois revenue à elle, elle ignorait absolument tout ce qu'elle avait débité pendant son improvisation.
Les mêmes Ursulines quittaient leurs lits la nuit, parcouraient le couvent dans tous les sens et montaient jusque sur les toits.
Les religieuses d'Auxonne entraient, elles aussi, en somnambulisme, soit au commandement des exorcistes, soit à l'heure prédite par quelques-unes d'entre elles.
A Nîmes, les pratiques exorcistes jetaient encore les 'Jées en somnambulisme.