FORCE ET MATIÈRE
Avant de parler du fonctionnement de cette force : la; • pensée, il est indispensable de savoir d’où elle vient, ce qu’elle vaut, ses propriétés et ses qualités.
L’âme, principe moral, souffle de vie, siège des senti- -ments et des sensations, est le centre des forces individualisées.
L’esprit, qui fait partie de l’âme humaine, est cette faculté qui nous permet de comparer, de juger et de . -comprendre. Il est, d’après les dictionnaires et les traités de philosophie, de substance immatérielle.
Tout cela est encore assez vague, car avant de dire qu’une chose est immatérielle, il aurait fallu définir ce qu’on entend par matériel.
La matière — toujours d’après le dictionnaire — est une substance étendue, divisible, pondérable et susceptible de toutes sortes de formes.
Mais maintenant, qu’est-ce que la substance 7
— C’est toutes sortes de matières.
— Ah ! vraiment !...
Efforçons-nous tout de même de comprendre un peu, rien qu’un peu.
Pour le vulgaire, la matière est tout ce qui est perceptible pour nos sens.
La chaleur, l’électricité, le son, les couleurs, ne seraient donc pas de la matière, mais un produit de la matière. Pour les savants, cette chaleur, ces couleurs, cette électricité, etc., sont réellement de la matière! mais de la matière en vibration. Aussi bien, la plupart arrivent à cette conclusion : tout est matière. Autrement dit, ce qui n’est pas 'matière n’est pas, à ■moins que les qualités ne soient des êtres.
Eh bien 1 non.
Non, car de toute évidence, en dehors de la matière- (perceptible) il existe une l'orce agissant sur elle en vertu de lois constatées mais non expliquées.
Comme l’a écrit le savant physiologiste, Claude Bernard, la matière brute ou organisée, n’engendre aucun, phénomène ; ele sert seulement à manifester des phénomènes.
C’est ainsi que la matière organisée du cerveau, qui. manifeste les phénomènes de sensibilité et d’intelligence propres à l’être vivant, n’a pas plus la conscience des phénomènes qu’elle manifeste que la matière brute d’une machine inerte, d’une horloge, par exemple, n’a conscience des mouvements qu’elle fait ou de l’heure qu’elle indique, pas plus que les caractères d’imprimerie et le papier n’ont conscience des idées qu’ils retracent, etc.
« Dire que le cerveau secrète la pensée cela équivaut à dire que l’horloge secrète l’heure ou l’idée de temps. Le cerveau et l’horloge sont deux mécanismes, l’un vivant, l’autre inerte : voilà toute la différence.
La matière n’est jamais cause de rien ; elle n’est qu’une expression, et cela, aussi bien dans les phénomènes des corps bruts que dans ceux des corps vivants.
C’est pourquoi le mot matière exprime la passivité du mouvement, c’est-à-dire l’inertie, comme le mot force désigne l’activité.
La matière est la partie constituante des corps ; on la suppose composée de particules infiniment petites qu’on appelle atomes, lesquels groupés ensemble forment des molécules. Ces molécules sont sans cesse en mouvements. Un corps nous paraît froid parce que ses molécules vibrent moins rapidement que celles de notre propre corps ; un autre corps nous paraît chaud parce ses molécules vibrent plus rapidement.
La cause de ces mouvements (ou vibration) comme nous l’avons déjà dit, s’appelle la force. Encore une fois, la matière n’est cause de rien : elle subit le mouvement, elle le manifeste, mais elle ne le produit pas, sinon par réaction et en vertu de sa force d’inertie, qui la fait résister à l’action.
Il n’y a qu’une Force.
Mais, au demeurant, il n’y a qu’une Force, la Force que nous écrivons avec un grand F. Celle-ci se trans-
forme sous l’influence des circonstances et des conditions du milieu dans lesquelles elle se propage ; toutefois elle ne change pas de nature ou, du moins, de principe.
C’est ainsi que l’électricité peut devenir de la lumière, de la chaleur, etc.
La matière est une.
De même, la matière est une en son essence. La variété des corps n’est due qu’à la densité et aux diverses architectures des atomes qui les composent.
On appelle substance, cette matière fondamentale que des savants de nos jours avaient cru pouvoir isoler et auxquels les alchimistes d’autrefois donnaient le nom de pierre philosophale, pour indiquer qu’elle n’est, pour eux, qu’une abstraction. Les Hindous la nomment : Akasa.
Maintenant, rappelons que la matière réagit contre la force qui agit sur elle : nous en voyons, dit Decrespe (dans son ouvrage : magnétisme) un exemple frappant dans la balle qu’un enfant lance contre un mur ; « poussée par sa petite main, la balle va d’abord de l’enfant au mur ; tout le monde comprend que c’est bien l’enfant qui est cause de ce mouvement. Mais, voici que la balle est renvoyée du mur à l’enfant ; qui la renvoie ? le mur ? Eh, non I puisque le mur est inerte. Ce n’est donc pas non plus la balle qui est devenue la cause de son mouvement rétrograde. Mais alors ? Alors, c’est que la force active de l’enfant (force qui s’est emmagasinée dans la balle) n’a pu avoir son développement complet. Arrêtée par un obstacle insurmontable, elle revient en mode passif vers sa source. »
Ainsi, il existe dans la nature deux aspects généraux du mouvement : le mouvement d’action ou actif et le mouvement de réaction ou passif, mais l’un et l’autre sont dûs à la même force (invisible) : la Force.
Si, au lieu d’envoyer au mur une balle de caoutchouc, un artilleur lance un boulet, le mur sera sûrement démoli parce que cette fois l’action étant très supérieure à la réaction; celle-ci sera annulée.
De même, le corps de l’homme (matière) agit ou réagit sur l’âme (force).
D’où conflit : j’ai mal à l’estomac et cela me rend triste. Je suis triste pour une raison quelconque ; mon tstomac se contracte et je souffre.
Si je prends une très petite quantité de poison, la force vitale qui habite mes cellules nerveuse pourra réagir. Si j’en prends beaucoup, je succomberai inévitablement.
Hâtons-nous d’ajouter que le poison ne tue que parce son essence possède une force de destruction plus •grande que la force de résistance du corps humain.
Ainsi la matière est toujours soumise à la force : intelligente ou brutale.