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RESPIRATION PROFONDE

Chez l’homme et les animaux supérieurs, la respiration se fait par les poumons. C’est sous son action, au contact des lobules pulmonaires, que le sang veineux se transforme en sang artériel, en rejetant au dehors l’acide carbonique dont la dénutrition l’a chargé, pour se recharger d’oxygène.

La respiration se fait en deux temps : l 'expiration, qui chasse au dehors l’air et les gaz qui ne sont plus susceptibles d’être utilisés pour les besoins de l’organisme ; l 'inspiration, qui apporte de l’air frais, vivifiant et aussi pur que possible.

En venant au monde, l’enfant respire normalement de 35 à 38 fois par minute. La respiration devient moins fréquente au fur et à mesure que l’on avance en âge, de telle façon que l’adulte respire seulement de 18 à 19 fois. La maladie, les émotions violentes, la pression atmosphérique même modifient plus ou moins la fonction respiratoire.

Les poumons et le cœur, dont les fonctions respectives sont la respiration et la circulation, exercent réciproquement une très grande action l’un sur l’autre, de telle façon que le cœur bat toujours trop fort lorsque la respiration est précipitée, et qu’il ne bat pas assez lorsqu’elle est trop faible. Le cœur bat environ quatre fois pendant que nous respirons une fois, c’est-à-dire pendant que nous exécutons complètement les deux temps de la respiration.

« Le poumon et le cœur peuvent être considérés, dit Papus, comme deux roues à engrenages montées l’une sur l’autre, ce qui fait que toute augmentation dans le rythme respiratoire se trouve reproduite et multipliée dans le système cardiaque et, par suite, dans la circulation tout entière. La respiration est donc le grand balancier de l’organisme chargé de rétablir l’équilibre dès que cet équilibre est détruit par une déperdition dynamique quelconque. » ( Traité élémentaire de Magie pratique , 1893, p. 142.)

La régularité de la respiration, qui se manifeste extérieurement par ce que l’on appelle le souffle, est le signe le plus apparent de la vie physique.

Après avoir formé l’homme du limon de la terre, le créateur l’anima, nous dit Moïse, en répandant sur lui un souffle de vie. (Genèse, c. 2, v. 7).

Lorsque l’âme abandonne le corps périssable à la terre qui l’a nourri, on dit ordinairement que nous exhalons le dernier souffle, que nous rendons le dernier soupir.

C’est par le souffle, de bouche à bouche, que les prophètes des Cévennes, célèbres au temps

des Dragonnades, communiquaient l’inspiration prophétique aux croyants qui, jusque-là, avaient échappé à cet effet de l’enthousiasme religieux ; c’est aussi par l’insufflation de bouche à bouche que certains exorcistes guérissaient les possédés.

Il est évident que lorsqu’on respire à pleins poumons, on présente le plus ordinairement toutes les apparences de la santé physique ; tandis que l’essoufflement, l’oppression, comme la difficulté de respirer à un titre quelconque indiquent toujours une faiblesse générale ou locale ; dans tous les cas, elle est l’indice d’un déséquilibre plus ou moins grand.

Les poumons, organes de la respiration, sont donc chez l’homme sain, robuste et fort, une importante source d’énergie qu’il peut utiliser pour lui, au point de vue purement physique d’abord, puis, comme on le verra plus loin, au point de vue psychique.

Les mouvements respiratoires ne se produisent pas de la même manière chez tous les individus ; ils sont généralement assez différents chez l’homme et chez la femme. Les physiologistes les classent en types abdominal , costo-inférieur et costo-supérieur.

Les figures 21 et 22, tirées du Dictionnaire de Médecine de Littré, édit, de 1886, montrent l’étendue des mouvements antéro-postérieurs dan-s la respiration ordinaire et dans la respiration forcée.

Type abdominal. — Chez certains individus, la respiration calme ne se révèle que par le mouvement du ventre, qui devient saillant dans l’inspiration et se retire dans l’expiration. Ces mouve-

ments trahissent les contractions et les relâchements alternatifs du diaphragme, qui, dans ce cas, ne fait que déprimer les viscères abdominaux. Les côtes semblent immobiles ; les inférieures seules sont entraînées en dehors et en bas, en suivant, au moment de l’inspiration, les mouvements des viscères abdominaux, qui dilatent les flancs en même temps qu’ils distendent Ta paroi antérieure du ventre.

Ce type s’observe constamment dans le premier âge, quel que soit le sexe ; mais, au bout d’un nombre variable d’années, on voit s’établir des différences entre les garçons et les filles. Le plus grand nombre de ces dernières perdent ce type qui persiste chez un grand nombre d’hommes.

Type coslo-inférieur. — Les mouvements respiratoires sont très apparents au niveau des sept dernières côtes ; ils diminuent à mesure qu’on remonte vers le sommet de la poitrine, qui semble immobile. Le sternum est un peu porté en avant dans sa partie inférieure. La paroi abdominale est immobile ; parfois même elle s’aplatit pendant l’inspiration, pour reprendre un état de gonflement à l’expiration. Ce type respiratoire s’observe rarement chez la femme ; chez l’homme, il est à peu près aussi fréquent que le type abdominal.

Type costo-supérieur. — La plus grande étendue des mouvements a lieu sur les côtes supérieures, qui sont portées en haut et en avant. La clavicule, le sternum et la première côte se soulèvent et ce mouvement se propage, mais en s’affaiblissant, de la partie supérieure à la partie

inférieure de la poitrine. C’est le type respiratoire du plus grand nombre des femmes, type qui s’exagère encore par l’usage du corset.

Fig. 21 et 22 . — Diagramme des divers types de respiration Lq trait noir indique par ses deux bords les limites de l’inspiration et de l’expiratioa ordinaires. — La ligne pointillée répond à l’inspiration forcée. — Le contour de la silhouette à l’expiration forcée.

La respiration se fait rarement d’une façon complète. Très souvent, la partie supérieure des poumons, la pointe, fonctionne à peine, et cette inertie est la cause directe ou indirecte du plus

grand nombre des phtisies pulmonaires. C’est toujours dans cette partie affaiblie, atrophiée par le manque de travail que se forment les tubercules qui envahiront plus tard les différentes parties de l’organe.

La respiration défectueuse ou incomplète est non seulement la cause la plus ordinaire du plus grand nombre des affections chroniques des poumons ; mais elle constitue l’une de celles qui, Souvent, font naître ou entretiennent certains troubles de la circulation et de l’innervation. Elle est encore une cause directe de l’agitation ou de la timidité chez ceux qui ne sont pas maîtres d’eux-mêmes.

La marquise de Ciccolini a écrit un. excellent petit ouvrage : L'Inspiration profonde , active , inconnue en physiologie , dans lequel elle expose les bienfaits de la respiration profonde dans l’anémie.

« J "étais épouse, dit-elle, j’étais mère; j’avais eu même le bonheur de nourrir mon enfant, quand une anémie se déclara soudain par une extrême pâleur, une surexcitation nerveuse continue, la perle de la voix, les pieds toujours froids, le manque d’appétit, etc., etc..

« Les médecins, qui m’avaient longtemps traitée pour une irritation de la gorge, finirent par comprendre que celle-ci pourrait bien avoir sa cause dans une certaine pauvreté du sang. Ils ne trouvèrent rien de mieux pour m’en guérir que de me soumettre à une nourriture extrêmement fortifiante...; mais non pas à l’air, ni aux exercices du corps, ni aux promenades, ni aux courses dans

les bois, ni à la respiration active à laquelle je dus mon salut.

« Savez-vous où je finis par le trouver ? A Paris ! L’excellent docteur Ch. Lethière,homéopathe,dans cette ville, me conseilla l’exercice du chant sous la direction du maëstro Wartel. C’est dans cet exercice que je finis par trouver ce que cherchais... Wartel possédait à un degré éminent l’art d’appliquer sa théorie spéciale. Tous ses efforts tendaient à produire chez ses élèves la respiration profonde. Il avait son petit truc à lui, qu’il disait avoir arraché à l’école italienne. Il nous faisait chanter la bouche fermée. On parvenait ainsi tout naturellement au but sans le connaître. Bref, en trois mois d’exercice journalier sous sa sage direction, je fus remise en possession de la voix et j’eus toujours les pieds chauds. La circulation se trouvant accélérée par l’exercice de la voix, c’est-àdire des organes respiratoirës, la chaleur se rétablissait dans tout mon être. »

En présence de ce résultat, l’auteur se passionna pour la gymnastique respiratoire. Elle la conseilla à des amis malades qui parvinrent aussi à se guérir.

« Nous eûmes un ami, dit-elle. Il avait dépassé la cinquantaine et avait le malheur d’ôtre aveugle... Homme riche et aimant la bonne chère, il ne se refusait rien de ce qui pouvait contribuer à son bien-être physique. Il prenait une nourriture fortifiante et s’adonnait à des promenades journalières ; malgré cela, il souffrait d’une terrible anémie...

« Mon premier soin fut de l’initier aux bienfaits de la gymnastique pulmonaire... Il s’y adonna.

Pendant qu’on lui faisait la lecture, pendant qu’on le promenait ou qu’il jouissait de concerts ou autres distractions, il ne cessait de respirer activement.

« En l’intervalle de deux mois, on vit paraître sous son teint blême et verdâtre, un peu de rou-

Fg. 23. — Position en bas. Fig. 24. — Position en haut

geur, qui s’accentua. Au bout de cinq mois, il était complètement guéri. »

Les bienfaits de la respiration profonde se font non seulement sentir sur la vie physique ; mais ils exercent en même temps une très puissante influence sur la vie psychique.

« La gymnastique respiratoire faite méthodiquement, dit Gebbardt, combat avec succès les sentiments de peur et d’anxiété, la timidité, l’embarras, l’emportement, la crainte, la sentimentalité et le manque d’assurance, » ( L'Attitude qui en impose, p. 126),

Fig. 25. — Position sur la nuque. — Fig. 26

D'après le même auteur, cette gymnastique comprend deux genres d’exercices : 1° Respira lion profonde ; 2° Position respiratoire , qu’il explique ainsi :

« Respiration profonde. — Ainsi que l’indique la figure 23, on saisit un bâton avec les deux mains, la paume en dedans et les bras pendant verticalement des deux côtés ( position en bas). Au

mm

deuxième temps, par un mouvement vigoureux on amène le bâton dans la position en haut ,, fig. 24, ce qui étend le diamètre longitudinal du thorax ; et au troisième temps, par une flexion aussi vigoureuse des coudes, on passe de cette position dans la position sur la nuque, fig. 25. »

« Beaucoup ne réussissent cet exercice au début, ajoute-t-il, qu’en poussant des gémissements, en faisant des grimaces et en agitant le corps entier. Mais, pour les autres, cette respiration profonde est littéralement un trait de lumière, et ils ont comme le sentiment d’être délivrés d’un cauchemar.

« Quand on s’est exercé quelque temps avec le bâton, on peut s’en passer et prendre la même position, comme l’indique la fig. 26, simplement en élevant les bras et en pliant les mains au-dessus de l’occiput.

« Position respiratoire. — On appuie les mains sur les hanches, on aspire l’air très lentement et tranquillement, la bouche fermée, et on le conserve jusqu’à ce qu’on ne puisse plus ; à ce moment, on le rejette d’un mouvement rapide.

« On procédera tous les jours à ces exercices de la façon suivante :

« Tout d’abord, on se bornera à la respiration profonde, trois fois par jour, avant le déjeuner, le dîner et le souper. On se placera pour cela de préférence devant la fenêtre ouverte, et on répétera l’exercice une vingtaine de fois.

« Après avoir fait régulièrement pendant quelque temps ces exercices de respiration, on alternera de façon à conserver l’haleine 3 à 4 secondes seulement pour commencer, puis une seconde de

plus, en continuant ainsi jusqu’à ce qu’on soit en mesure de la conserver 10 à 15 secondes. On fait cet exercice à trois reprises par jour, une vingtaine de fois avant le repas.

« Jamais, dans ces exercices variés, on ne forcera les poumons. L’augmentation de la capacité conduit facilement à l’exagération. Certaines personnes ont réussi à garder leur haleine 2 minutes et même 2 minutes 1/2 ».

Pour ceux qui auraient de la difficulté à conserver leur haleine, ou qui voudraient faire plus de gymnastique respiratoire, le même auteur conseille les exercices suivants:"

« Elever les épaules . — Les deux épaules doivent être élevées simultanément avec force, et aussi haut que possible. Elles devront au contraire être abaissées doucement, de peur que ce mouvement, trop souvent répété n’imprime de trop fortes secousses à la tête. Comme les muscles qui sont ici en jeu, déterminent, directement ou indirectement, non seulement l’élévation des épaules, mais aussi l’élévation des premières côtes, cet exercice peut être recommandé pour élargir la partie supérieure de la cavité thoracique. Il sera répété 30, 40 à 50 fois de suite.

« Elever latéralement les bras . — Cet exercice consiste à élever latéralement les bras à une aussi grande hauteur que possible, en les maintenant dans un plan vertical, sans qu’il se produise la moindre flexion du coude. Si les muscles du bras et de l’articulation de Fépaule sont dans leur entier développement, et si leur jeu est libre, les avant-bras doivent dans la phase la plus élevée

M^gné^sme Personnel ^ 8»

de l’exercice, arriver à être en contact avec les parties latérales de la tête. Les muscles élévateurs des bras, et les muscles de la région latérale du cou, sont ceux qui dans cet exercice, sont principalement en mouvement. Il se produit surtout un élargissement mécanique des parois latérales du thorax et des espaces intercostaux. Cet exercice détermine donc un développement plus complet du mécanisme de la respiration. S’exécute 10, 20 à 30 fois.

« Exécuter avec les bras un mouvement circulaire. — Les bras fortement tendus, sont dirigés d’avant en arrière et aussi souvent d’arrière en avant ; ils décrivent ainsi un cercle d’un rayon aussi grand et aussi tendu que possible. Il faut avoir soin, dans cet exercice, de faire passer les bras tout près de la tête ; ce mouvement, que l’on arrive à réaliser dans la plupart des cas seulement peu à peu par la pratique, exige positivement une liberté complète dans l’articulation de l’épaule. Les muscles de l’épaule, ainsi que tous les muscles qui ont leur point d’attache autour de la cavité thoracique, sont mis ainsi franchement et universellement en action. Les effets essentiels de cette action sont de procurer une grande liberté de mouvements à l’articulation de l’épaule et une augmentation de puissance du mouvement respiratoire, à laquelle on doit ajouter comme conséquence concomitante un agrandissement mécanique de la cavité thoracique. A répéter 8, 12 à 20 fois.

« Rapprocher les coudes en arrière. — Les deux bras étant bien appuyés sur les hanches et

maintenus dans un état de demi-flexion, doivent être portés fortement en arrière, de manière que les coudes se rapprochent l’un de l’autre le plus possible. Le dos doit rester bien tendu. L’expression la plus complète de ce mouvement réside dans le rapprochement des coudes en arrière jusqu’au contact. Ce mouvement doit, du reste, coïncider avec l’inspiration. A exécuter 8, 12 à 16 fois.

« Joindre les mains en arrière. — Le dos étant bien tendu, on joint les mains derrière le dos, puis on étend les bras de manière à faire rentrer complètement les coudes. Ce dernier temps, qui constitue le moment essentiel du mouvement, doit être effectué de manière à coïncider avec l’expiration. Par ces deux exercices, les épaules sont fortement tendues et portées en arrière ; dans le dernier, elles sont en outre légèrement abaissées. Le corps prend alors une position excellente et salutaire sous beaucoup de rapport ; il se produit en même temps un élargissement mécanique de la paroi antérieure de la poitrine et par conséquent une augmentation de l’activité respiratoire.

« Rapprocher et écarter les bras horizontale ment. — Les bras, après avoir été bien étendus et bien allongés, sont rapprochés horizontalement avec force, sans cependant que les mains arrivent tout à fait au contact, puis portées en arrière. Ce dernier mouvement, naturellement, ne se laisse pas exécuter dans la même mesure que le premier. Dans ces deux exercices, l’action des muscles antérieurs de la poitrine et celle des muscles postérieurs de l’épaule sont alternativement prédominantes, et en même temps les parois antérieures

et postérieures de la poitrine éprouvent alternativement un élargissement mécanique. Y procéder 8, 12 à 16 fois.

« Ces exercices respiratoires donnent au bout de peu de temps une régénération extraordinaire du sentiment de ses forces et un état de bien-être général, de force active, que ne soupçonnent pas les casaniers et ceux qui travaillent de l’esprit d’une façon exclusive. Le sentiment de la supériorité qui accompagne l’adresse et l’agilité s’accroît ; l’assurance augmente ainsi que le gaieté, la fraîcheur et l’élasticité de l’esprit. Alors, plus d’évanouissement de pensées, plus de confusion, plus de lourdeur, plus de découragement ni d’humeur sombre et chagrine. »

Sous le nom de gymnastique respiratoire, la respiration profonde est généralement considérée aujourd’hui comme susceptible d’exercer une puissante action sur le développement de la poitrine, de préserver des maladies du poumon et même les guérir dans bon nombre de cas. Il y a quelques années, le D r Lehwess, de Berlin, faisait tous ses efforts pour la propager, comme étant capable de vaincre les défauts de la parole et même le bégaiement. Le D r Lennox Brown, de Londres, a affirmé qu’elle est la seule base certaine de l’art du chant ; dans tous les cas, on apprend maintenant presque partout aux chanteurs à respirer selon certaines règles.

Parmi les auteurs que j’ai cités comme susceptibles de compléter le présent ouvrage, Payot, Education de la volonté, p. 167 ; Papus, Traité élémentaire de Macjie pratique, p. 143 ; Turnbull,

Magnétisme personnel , p. 23, y attribuent une très grande importance, non seulement pour développer certaines fonctions physiques, mais aussi pour développer les pouvoirs psychiques et plus particulièrement la volonté.

Depuis des milliers d’années, les Hindous pratiquent la respiration profonde et sont parvenus de ce fait à acquérir des pouvoirs, dont l’étendue tient du prodige. Ils admettent qu’à certaines heures et sous certaines influences, nous respirons par une narine seulement, tandis qu’à d’autres heures et sous d’autres influences, nous respirons par l’autre narine. Leur théorie est trop compliquée pour que je m’y arrête ici. Je me contente de renvoyer le lecteur qui voudrait étudier cette partie du sujet à l’ouvrage de E. Bosc, ayant pour titre: Le Livre des Respirations.

Quelques américains enseignant le Magnétisme personnel affirment que les forces qui nous sont nécessaires pour développer et entretenir ce pouvoir se trouvent exclusivement dans l’air où chacun de nous peut les prendre au moyen de la respiration convenablement pratiquée.

Tout en étant exagérée, cette affirmation contient une très large part de vérité. L’air atmosphérique chargé durant le jour du magnétisme positif de la lumière solaire, et la nuit, du magnétisme négatif de la lumière de la lune ; chargé d’électricité et de ce magnétisme qui entraîne constamment l’aiguille aimantée dans la direction du nord au sud (V. ma Physique magnétique); chargé de gaz, de pensées, d’idées, d’influences et de forces physiques et psychiqMes qui échappent à notre

analyse, est certainement le réservoir le plus vaste et le mieux rempli que nous ayons à notre disposition pour y puiser toutes les énergies qui nous sont nécessaires.

En s’habituant à respirer, on peut, comme l’ont affirmé les auteurs cités et d’autres encore, parvenir rapidement à développer en soi la force physique et la force morale à un degré très élevé.

Pour prendre cette habitude, je dirai que les exercices quels qu’ils soient doivent se faire sans fatigue, que l’on doit s’exercer d’abord timidement, en quelque sorte à titre d’essai, puis plus hardiment, pour arriver à un entrainement progressif. Je vais indiquer la méthode qui me paraît la plus rationnelle.

Les procédés indiqués par Gebbardt sont excellents, surtout au début ; j’engage le lecteur à se familiariser avec chacun d’eux, puis -à les combiner avec les suivants auxquels je donne la préférence.

Exercices préparatoires. — Avant tout, on doit chercher à respirer longuement d’une manière constante, uniforme, profonde, en donnant aux mouvements respiratoires le rythme lent et régulier des grands souffles. La poitrine et l’abdomen doivent se soulever et s’abaisser régulièrement. Les épaules doivent rester immobiles. La bouche doit être close pour laisser entrer et sortir l’air par les narines seulement qui se dilatent et se contractent avec la régularité d’une machine de précision.

Les exercices de respiration profonde diffèrent des exercices de respiration normale par la durée

de l’inspiration et de l’expiration qui doivent être prolongées aussi longtemps que possible et séparées l’une de l’autre par un temps d’arrêt également aussi long que possible. Elle peut être pratiquée à toute heure du jour ou de la nuit, debout, assis ou couché. Je donne la préférence à cette dernière position.

Etant confortablement étendu sur le dos, soit au lit, soit sur une chaise longue, desserré et bien à son aise, il faut d’abord pendant 4 à 5 minutes s'isoler aussi complètement que possible du monde extérieur, pour ne penser à rien ; détendre ses membres, relâcher ses muscles et chercher à se dégager le plus possible de ses liens physiques ; puis, porter toute son attention sur la respiration que je divise, pour cet exercice, en trois temps : l 'inspiration, un temps d'arrêt pendant lequel on conserve son haleine, et l'expiration. L’inspiration doit se faire très lentement, en élevant progressivement la poitrine et l’abdomen comme pour les ouvrir et permettre à l’air d’y pénétrer plus profondément et en plus grande quantité, et lorsqu’on ne peut plus aspirer, on s’arrête pour garder l’haleine aussi longtemps que possible ; lorsqu’on ne peut plus la garder, on la rejette lentement dans l’expiration, en abaissant la poitrine et l’abdomen, comme pour chasser tout l’air qu’ils contiennent ou pourraient contenir.

Il n’est pas aussi facile qu’on le pense de respirer ainsi, car on est toujours poussé à exécuter les mouvements beaucoup plus vite. Tous les efforts doivent donc être faits pour augmenter la durée des trois temps de la respiration profonde. Au début, les muscles de la figure se contractent

et l’on se fatigue vite. Il faut sé reposer, bien se persuader de l’importance de cet exercice et le recommencer pour se reposer encore. Les organes s’assouplissent peu à peu, les difficultés du début disparaissent ; et au lieu de se fatiguer, on ne tarde pas à éprouver un sentiment de calme et de bien-être qui s’accompagne toujours d’une somme plus ou moins grande de force physique et même de force morale.

Pour développer l'énergie de la volonté. — Tout en pratiquant les exercices préliminaires deux à trois fois par jour en faisant tout son possi^e pour augmenter la durée de chacun des temps de la respiration, si on veut développer l’énergie de la volonté, on s’imposera des tâches de plus en plus difficiles.

On s’astreint, par exemple, à respirer dix fois de suite, sans s’arrêter, en mettant 12 secondes pour exécuter l’inspiration, 12 secondes pour l’arrêt et 12 secondes pour l’expiration, soit en tout 36 secondes.

Au bout de 6 à 8 jours, au lieu de respirer 10 fois de suite sans se reposer, on respirera 12, puis 15 fois.

Plus tard, tout en laissant le temps d’arrêt à 12 secondes, on portera la durée de l’inspiration, comme celle de l’expiralion, à 15, 20 et même à 25 secondes. On fera d’abord 10 respirations complètes avant de se reposer, puis 12, 15, 18, 20 et même 25. Il faut s’efforcer d’augmenter la durée de l’inspiration et de l’expiration, ainsi que le nombre des respirations complètes, sans se reposer. On s’efforcera également d’élever et d’abais-

ser la poitrine et l’abdomen, comme le montrent les fig. 21 et 22 pour la respiration forcée.

Il est bon de s’astreindre à faire tous ces exercices avec une seule narine, en bouchant l’autre, tantôt avec la droite, tantôt avec la gauche.

Les résultats de ces exercices sont prodigieux. Exécutés avec régularité, deux à trois fois par jour, pendant 6 à 8 semaines seulement, ils donnent un sentiment de force physique et morale * que l’on était loin de soupçonner. Dès les premiers exercices l’expression du visage se modifie, le regard prend de l’assurance et le cœur se gonfle d’espérance. On se développe de jour en jour ; les forces physiques et morales grandissent, l’énergie s’accroît, l’activité redouble, tous les petits malaises que l’on pouvait éprouver disparaissent et la santé s’affermit. On se fatigue moins en exécutant des travaux pénibles ; on brave la chaleur et le froid sans crainte de jamais s’enrhumer. On est moins impressionnable, plus rassuré, plus hardi, et les émotions qui laissaient leur empreinte pénible pendant un temps plus ou moins long, ne laissent plus que des impressions insignifiantes qui disparaissent rapidement.

En procédant doucement et avec méthode, on peut améliorer presque toutes les affections organiques passées à l’état chronique et en guérir complètement un certain nombre, surtout celles des poumons, du cœur, de l’estomac et de l’intestin. Il en est de même de l’anémie, des troubles menstruels chez la femme et de tous les cas où la circulation se fait mal, comme des troubles

herVeiix qui en sont presque toujours la conséquence.

Voyons maintenant ce que l’on peut obtenir pour faire cesser les effets des émotions violentes qui n’auraient pas complètement disparu sous l’action de la respiration profonde. Quelques mots de théorie sont encore nécessaires pour faire comprendre le mécanisme des moyens à employer pour cela.

Gomme l’animal, l’homme a l’instinct de la conservation. En présence d’une cause qui menace sa vie, qui menace seulement de lui causer une douleur ou même une sensation désagréable, il éprouve une émotion plus ou moins grande, et parfois il a peur.

j Les effets de l’émotion ne sont pas les mêmes /chez tous les individus. Ceux qui ont une volonté puissante gardent leur sang-froid au moment du danger, maîtrisent leurs impressions, rassemblent leurs forces pour les employer utilement et même en empruntent au milieu ambiant. Au contraire, ceux qui manquent de volonté ne conservent pas leur sang-froid ; ils s’affolent et sont maîtrisés par leurs impressions. Il en résulte toujours une incapacité plus ou moins grande de parer au danger; et des troubles graves, tels que l’hystérie, l’épilepsie, la paralysie, la folie, la mort même peuvent en être la conséquence.

Chez ces derniers, toutes les fonctions sont plus ou moins troublées ; la circulation et la respiration sont accélérées; le cœur bat avec violence, la face pâlit, car les vaisseaux capillaires plus délicats du visage se contractent et refou-

lent le sang dans les parties profondes qui sê congestionnent.

Les artères et les veines sont gorgés de sang et le cerveau peut perdre complètement son aptitude à gouverner l’organisme. La force nerveuse s’accumule dans les plexus, plus particulièrement au plexus solaire, et l’on éprouve une impression de trop-plein, de gêne, de malaise, d’anxiété plus ou moins considérable dans la région de l’estomac, qui semble avoir reçu un choc violent. Ces malaises durent plus ou moins longtemps. Lorsqu’ils se prolongent, ôn peut les faire cesser très rapidement en rétablissant la circulation abdominale, qui est profondément troublée.

Que faut-il faire pour cela ?

— D’abord, ceux qui pratiquent la respiration profonde d’après les règles que je viens d’indiquer deviennent de plus en plus capables de maîtriser leurs impressions. Les émotions légères qui laissaient autrefois à leur suite certains malaises n’en laissent plus, et les plus violentes, qui étaient suivies de troubles profonds, ne laissent plus que des malaises peu intenses. Ces malaises peuvent disparaître rapidement en pratiquant la respiration profonde pendant 6 à 8 minutes, après s’être isolé pendant quelques instants. Mais, il est un procédé bien plus expéditif, qui n’est qu’une forme de ïa respiration profonde: c’est ce que l’on pourrait appeler les premiers principes de la danse du ventre .

Cette danse du ventre peut être pratiquée debout, assis ou couché, comme la respiration profonde; je préfère cette dernière position. On la

fait également en trois temps : élévation, repos, abaissement; mais chaque temps ne doit pas durer plus de deux secondes. Les mouvements d’élévation doivent correspondre avec l’expiration ; l'abaissement avec l’inspiration. Comme le montre

Fig. 27. — Danse du ventre

la ligne pointillée de la figure 21, ils doivent être limités à l’abdomen, ou tout au plus à la partie inférieure de la poitrine.

L’effet est immédiat, et leur théorie, toute physiologique, est facile à comprendre : par les mou-

veraents imprimés à l’abdomen, les surfaces intérieures glissent les unes sur les autres et se massent réciproquement ; l’effet de ce massage est de faire cesser la congestion et rétablir la circulation.

Une friction rotatoire légère pratiquée sur l’esd- tomac d’abord, puis sur le ventre, par unejiersonne quelconque produit un effet analogue, surtout si cette personne sait magnétiser.

Un aimant — un plastron magnétique à 2 ou à 3 lames — porté pour exciter sur la région de l’estomac, fortifie le plexus solaire et contribue dans une large mesure à diminuer l’impressionnabilité habituelle.

Les peurs maladives, les phobies morbides peuvent également disparaître ; mais il faut pratiquer régulièrement la respiration profonde que l’on combine avec la danse du ventre, en s’aidant du raisonnement.

Je termine ce chapitre, un peu long peut-être, par quelques conseils relatifs à ce que l’on peut l appeler YHygiène de la respiration.

Le nez joue un très grand rôle dans la respiration ; c’est lui qui est chargé de filtrer l’air pour que le larynx et les bronches le reçoivent aussi pur que possible et à la température voulue. Si le nez est bouché, même incomplètement, il remplit mal ses fonctions, et l’on est exposé aux maux de gorge et d’oreilles, ainsi qu’aux affections pulmonaires. Il faut se moucher fréquemment jusqu’à ce que les narines fonctionnent librement. Si la respiration ne devient pas libre par ce moyen, il

faut priser un peu de camphre, de tabac, de menthol mélangé avec de l’acide borique, et faire des irrigations nasales avec de l’eau salée (une cuillerée à dessert de sel de cuisine pour un demi-litre d’eau bouillie tiède). Si la difficulté de respirer par le nez persiste pendant plusieurs semaines, en dehors de ce que l’on appelle vulgairement le rhume de cerveau, les fosses nasales peuvent être le siège d’obstacles matériels, de polypes, par exemple ; il faut alors s’adresser au médecin.

Il ne faut jamais serrer les deux narines en se mouchant, car le mucus nasal violemment comprimé peut être chassé dans l’oreille moyenne par la trompe d’Eustache, et donner lieu à une otite qui pourrait entraîner la surdité. En soufflant, les narines doivent être largement ouvertes; il est bon de les vider successivement l’une après l’autre. Pour cela, on en ferme une avec un doigt en soufflant par l’autre.

Il est dangereux d’avaler le mucus nasal qui tombe dans la gorge ; car, chargé de principes toxiques destinés à être - expulsés par le mouchage, il peut devenir une cause de maladie du tube digestif. XNArOWk X 040 & tX W-

En général, notre santé est d’autant meilleure que nous respirons un air plus pur.

Dans une chambre étroite où couchent plusieurs personnes, l’air est rapidement vicié par l’acide carbonique rejeté dans l’expiration; et, dans ces conditions, ce gaz est un poison pour l’organisme.

Il faudrait dormir dans une pièce vaste, bien aérée, exposée au soleil ; mais nous n’avons pas

tous, loin s’en faut, l'avantage de posséder une chambre à coucher de cette nature. On peut remédier à cet inconvénient en prenant certaines précautions.

D’abord, coucher dans la direction du nord au sud, la tête au nord et les pieds au sud, ou en cas d’impossibilité, la tête à l’est et les pieds à l’ouest (V. à ce sujet ma Physique magnétique) ; s’habituer à coucher la fenêtre ouverte, en toute saison, et à ne craindre ni le froid, ni l’humidité. Néanmoins, par les froids intenses ou pendant la pluie, ceux qui ne voudront pas se hasarder à dormir la fenêtre ouverte, pourront la fermer ; mais ils devront prendre les précautions suivantes : laisser la porte de la chambre ouverte si possible et ne pas baisser le tablier de la cheminée, pour permettre à l’air de se renouveler. Ne pas laisser de poêle allumé dans la chambre pour dormir, car la combustion consomme de l’oxygène qui nous est nécessaire et laisse souvent à la place de l’oxyde de carbone qui nous empoisonne. Ne pas laisser de lampe ni même de bougie allumée, car pour brûler, une simple bougie consomme autant d’oxygène qu’un homme en consomme pour les besoins de sa respiration. Eloigner les animaux et passer les pots de fleur dans une pièce voisine, car les uns et les autres respirent et vicient l’atmosphère. La chambre ne doit contenir que les meubles indispensables et ne pas être garnie de tapis, de tentures à doubles rideaux qui sont des magasins à poussière, des nids à microbes et qui peuvent devenir des foyers d’infection.

La parole et le chant constituent pour le poumon uné gymnastique naturelle. On devrait faire

chanter les enfants dès le jeune âge ; car, par la respiration qu’il prolonge et rend meilleure, le chant bien compris est une source de force et de santé. Dans tous les cas, la phtisie pulmonaire ne se rencontre, paraît-il, que rarement chez les chanteurs de profession.

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