REGARD MAGNÉTIQUE
L’œil exerce une très puissante action, et nous savons tous qu’il est certains individus dont on supporte difficilement le regard.
C’est par l’action de l’œil que le chien tient la perdrix en arrêt, et que le serpent fascine l’oiseau et l’attire à lui. Chez le dompteur, l’œil constitue l’arme qui en impose le plus aux fauves de la ménagerie.
On a cru remarquer que le regard de certaines personnes produit une action désagréable et même nuisible, et l’on a donné à celte action le nom de mauvais œil. En exagérant cette propriété de l’œil considérée sous son plus mauvais aspect, on comprend sans peine, qu’au temps de la sorcellerie, on ait cru à la puissance des jettatores, c’est-à-dire au pouvoir de certains sorciers qui passaient pour jeter des sorts par l’action maléfique de l’œil.
Si l’on admet que l’œil de certaines personnes peut en influencer d’autres d’une façon désagréable, on peut admettre aussi que le regard doux et bienveillant d’un individu sympathique, dont la santé est équilibrée, peut exercer une action salutaire.
En effet, comme je l’ai démontré dans le second volume de mes Théories et Procédés , le regard qu’on laisse tomber à une distance de quelques mètres, doucement, mais avec une certaine énergie, dans un but déterminé, exerce une action des plus évidentes que le magnétiseur applique constamment à la guérison des maladies.
Le regard de certains animaux exerce même sur nous, dans certaines circonstances, une action assez énergique.
J’ai connu une jeune femme sensitive qui se plaisait à contempler les boas du Jardin des Plantes, probablement parce qu’elle y éprouvait 'des effets analogues à ceux de la magnétisation.
Placée à environ un mètre de la cage du reptile, si celui-ci la regardait fixement, elle était attirée et venait bientôt se coller contre le grillage. J1 fallait l’enlever de là et lui souffler sur le front pour la ramener à son état normal, car elle était, au bout de quelques minutes seulement, dans un état plus ou moins avancé du sommeil magnétique.
Van Helmont a écrit que si l’on enferme un crapaud dans un vase assez profond pour qu’il ne puisse en sortir, et qu’on le regarde fixement, il fait tous ses efforts pour s’échapper ; mais, n’y parvenant pas, il se retourne, vous regarde à son tour fixement, s’irrite, et tombe mort au bout d’un
temps plus ou moins long. L’abbé Rousseau, un capucin littérateur qui lut médecin de Louis XIV,. vérifia sous différentes formes, l’observation de Van Helmont et la trouva en partie exacte. Après avoir répété l’expérience un certain nombre de fois, il observa que parfois le crapaud mourait, mais que souvent aussi, il résistait à l’épreuve. Si nous croyons, ce que l’expérimentateur raconte dans un ouvrage intitulé : Secrets et Remèdes éprouvés , qu’il publia à Paris en 1697, une de ces expériences faillit lui être fatale.
Autant que je puisse môJjjC rappeler, voici ce qui lui arriva. — Un crapaud, probablement plus robuste que les autres, tout en donnant des signes d’une grande surexcitation, résista à l’action. ^meurtrière de l’expérimentateur. Celui-ci, renouvela l’expérience ; mais subissant à son tour l’action de, l’animal, il tomba sans connaissance, et son domestique le trouva à demi mort quelques heures plus tard. Revenu à lui, il se rappela que le crapaud furieux dardait sur lui ses yeux menaçants, qu’au bout d’un moment il se sentit maîtrisé par une force qui semblait émaner de l’animal, qu’il voulut résister, et que vaincu par un malaise étrange, il s’affaissa.
Si l’œil est. susceptible d’exercer une action aussi puissante, il doit pouvoir rendre de très grands services, surtout lorsque la personnalité magnétique est développée à un certain degré. En effet, Papus (Traité élémentaire de Magie pratique) et les auteurs américains, surtout Turnbull et Atkinson, y attribuent une importance considérable^
« De tous les moyens dont dispose l’homme pour influencer les autres, dit ce dernier, le regard est certainement le plus puissant. Il ne sert pas seulement à retenir l’attention de la personne avec qui l’on converse et. par conséquent, à faciliter l’influence que l’on peut exercer sur elle ; il est aussi une puissance propre qui peut, quand elle est bien comprise et bien dirigée, agir directement sur l’interlocuteur. Il attire, il fascine, il subjugue ceux-là même qui sont les plus capables de résistance et de lutte.
« Le regard, lorsqu’il a atteint toute la force de pénétration et d’influence dont il est susceptible, est une arme redoutable.. C’est lui qui transporte, qui communique aux autres les vibrations de la pensée et le fluide vital dont le cerveau est comme un réservoir... Appliquée aux bêtes féroces, cette force du regard est souveraine. Elle arrête, refoule, accable, anéantit la bête meurtrière. Elle n’a pas moins d’action, ni moins d’effet sur les hommes, mais elle doit être bien appliquée et bien dirigée. » ( Force-Pensée , p. 34.)
Le même auteur admet que le regard magnétique n’est point naturel à l’homme et qu’il ne s’acquiert que par l’étude et par l’effort. Lorsqu’il est acquis, s’il est « concentré sur la personne que l’on veut influencer, il exerce une action analogue à la fascination ou à l’attraction hypnotique... II.est l’expression d’une volonté forte par des yeux dont les muscles et les nerfs ont été» développés progressivement et qui sont arrivés à un degré de fixité et de force exceptionnel. »
Pour acquérir le regard magnétique, et devenir capable d’influencer par ce moyen ses sein-
blables, selon ses désirs, il est de toute nécessité de s’exercer, et même de s’entraîner à faire un certain nombre d’exercices, et surtout à les faire avec fermeté et intelligence, comme pour faire pénétrer son action à l’intérieur. Il faut y mettre beaucoup d’énergie et de persistance, mais tous les efforts doivent se faire intérieurement, sans aucun clignement des paupières, sans la moindre contraction des muscles de la figure, et même sans que la moindre tension d’esprit ne se révèle au dehors. La respiration doit être régulière, et l’expression du visage calme et tranquille, comme celle que l’on prend naturellement lorsqu’on voit se passer quelque chose d’agréable.
Afin de développer la puissance magnétique de l’œil, je vais diviser les exercices à faire, en exercices 'préparatoires et en exercices pratiques.
Exercices préparatoires. — I. — Prendre une feuille de papier et dessiner au centre un rond noir d’un centimètre de diamètre, et la fixer au mur, à une hauteur de un mètre vingt environ. S’asseoir bien à son aise, à deux mètres de la feuille, bien en face, et fixer le rond noir aussi longtemps que possible, en ne pensant qu'à cela et sans permettre aux yeux cle s'en écarter. Si le besoin d’un clignement se fait sentir, il faut lever légèrement la paupière pour l’éviter.
Ceux qui ont l’habitude de magnétiser, et ceux qui sont parvenus à s'isoler , et à ne pas penser à deux choses à la fois , comme je l’indique dans les chapitres 3 et 4 de cette partie, feront de suite eet exercice sans grande fatigue pendant deux à trois minutes, et ne tarderont pas îi le faire facilement pendant cinq, dix, quinze minutes et
meme davantage. (Jeux qui commenceraient leur développement magnétique par cet exercice, y parviendraient plus difficilement. Pour éviter un excès de fatigue inutile et même nuisible, ces derniers feront bien de s’habituer à fixer d’abord le point noif pendant une minute seulement, à l’expiration de laquelle ils se reposeront, pour recommencer trois à quatre fois de suite. Lorsqu’ils seront parvenus à faire cet exercice avec aisance quatre à cinq fois de suite pendant une minute, ils s’habitueront à le faire pendant deux minutes et à se reposer une minute pour recommencer deux à trois fois dans les mêmes conditions. Augmenter ensuite progressivement la durée de l’exercice pour parvenir à le faire facilement sans aucun repos pendant cinq, dix et même quinze minutes.
Ceux qui ne parviendraient pas à concentrer leur pensée sur l’unique idée de regarder le point noir, pourront, pour s’aider, compter mentalement i, 2, 3, 4, 5, et ainsi de suite, jusqu’à ce que la fatigue arrive. Ils parviendront assez facilement à compter jusqu’à 100, puis jusqu’à 200, 300 et même 500. Parvenus là sans avoir cessé de fixer le point noir dans les conditions prescrites, ils s’efforceront ensuite de le fixer en comptant jusqu’à 600, puis jusqu’à 700, et ainsi de suite, jusqu’à 12 ou même 1.500.
Cet exercice ne se fait certainement pas sans ennui et sans fatigue ; mais il faut surmonter toutes les difficultés. C’est à ce prix que Ton développe la puissance magnétique du regard et que l’on augmente l’énergie de la volonté.
\l. — Pour habituer à regai^ler "de côté sans
en avoir l’air, déplacer la feuille de papier d’un mètre vers la gauche, s’asseoir sur la chaise, dans la position de l’exercice précédent, et fixer le point noir en dirigeant le regard obliquement, sans que la face s’éloigne de la première position.
Placer la feuille à un mètre à droite de la première position et répéter l’exercice en dirigeant le regard obliquement vers la droite, toujours sans que la face cesse d’être dans la première position.
Répéter ces exercices l’un après l’autre, jusqu’à ce que l’on puisse les exécuter sans fatigue pendant 5 à 6 minutes.
III. — Remettre la feuille de papier à la place qu’elle occupait lors de la première expérience, s’asseoir en face et regarder fixement le point noir, tout en déplaçant circulairement la face de gauche à droite pendant quelques instants, puis de droite à gauche. Cet exercice assouplit et fortifie les nerfs et les muscles des yeux.
IV. — Remplacer sur le mur bien éclairé la feuille de papier par une glace, ou mettre celle-ci sur une table devant soi, à une distance de 50 à 60 centimètres^ et diriger le regard sur son image, à la racine dum nez, entre les deux yeux, comme si on voulait voir un point à l’intérieur du cerveau. C’est ce que Turnbull appelle le regard fixe central .
Cet exercice est très important, car en dehors de la culture du regard proprement dite, il permet de s’habituer à soutenir le regard des autres et de corriger les imperfections de son expression.
Ces quatre exercices peuvent être pratiqués
debout; et ceux qui ue les trouveraient pas suffi'
sants pour le développement de leur regard magnétique pourraient en imaginer d’autres.
Lorsqu’on est parvenu à les faire tous aisément pendant 10 à 12 minutes, on est fort bien préparé pour réussir de suite presque tous les exercices suivants.
Exercices pratiques. — I. — Etant dans un salon, à l’église, au théâtre ou dans tout autre lieu de réunion où plusieurs personnes sont assises l’une devant l’autre, fixer dans le dos une personne placée devant vous, à une distance de 2 et même de 3 mètres, en concentrant toute votre énergie sur l’idée d’agir sur elle et de la faire retourner. Si la personne sur laquelle vous agissez est impressionnable et sensitive, le but sera sûrement atteint en moins d’une minute. Si elle n’est que fort peu impressionnable, il faudra un temps sensiblement plus long, mais il est rare que le résultat désiré ne soit pas obtenu en 3 ou 4 minutes. On voit d’abord la personne visée faire quelques mouvements d’épaules et de légers tressaillements, comme si elle éprouvait un petit chatouillement. Cette sensation grandit, devient plus nette, plus gênante, et l’oblige presque toujours à porter la main au point visé, ou plus souvent encore à se retourner, comme si, ayant conscience qu’on la touche, elle voulait empêcher cette action.
On peut diriger l’action des deux yeux sur les deux omoplates ou la réunir en un point, par exemple, sur l’une des premières vertèbres dorsales,