‹ Magyars et Roumains devant l'histoireChapitre 102 sur 232 · LIVRE DEUXIEME Î · texte numérisé non relu

LIVRE DEUXIEME Î

déjà sur le territoire transylvanien. Le prince confie sans retard le gouvernement à deux régents et se met lui-même en campagne pour activer les préparatifs. Mais c'était inutile, il manquait aux troupes le temps matériel pour se rassembler autour d'André. Aussi se trouvait-il à la tète d'une armée tout à fait insignifiante, il n'avait que 9000 hommes contre les 25.000 de Michel le jour de la lutte suprême. Elle eut lieu à Szent-Erzsebeiyà deux lieues de distance de 5ze2»e/t, le 28 octobre 1599. La facilité avec laquelle Gaspard de Komis, le chef de l'armée d'i4ndré, se laissa prendre au début de la bataille et la mollesse avec laquelle ses soldats se battirent en général, font involontairement éveiller ridée de leur trahison. En tout cas, elle ne fit que simplifier la défaite certaine. André s'enfuit avec une centaine d'hommes d'escorte à travers le Csikszéh, pays des Siculesy vers la Moldavie. Mais déjà Michel avait mis sa tête à prix ; les Sicules^ remplis de haine contre les Bâihory, le poursuivirent avec acharnement. On le rejoignit dans le glacier appelé Pàsztorbiikk et son escorte étant détruite jusqu'au dernier homme, un nommé Thomas ou Biaise Oerdoeg l'abattit lui-même avec un coup de hache. Crime qui n'attira pas seulement les foudres pontificales sur les habitants de Csik-Stent-Domokos — , le pape Clément VIII les excomunia pour avoir porté la main sur un prince de l'Eglise, — mais dont le triste souvenir hanta longtemps l'imagination populaire. Elle prétendait que l'endroit désigné par une croix où l'assassinat avait eu lieu, resta pendant cent ans désert et que la nuit précédant l'anniversaire de la mort d'André^ il poussait toujours une branche verte au pied de la croix de chêne et que le matin il sortait des gouttes de sang de la terre. Aussi y allait-on en procession le jour de la Toussaint pendant bien des années!

Oerdoeg porta la tête coupée d'Aîidré personnellement à Michel, mais il n'eut aucune récompense, car la femme du vayvode fut très attristée à sa vue. u Je pense, disait à son mari Stanca en pleurant, que ce qui lui est arrivé, peut t'arriver ou à notre filsPetrasco aussi ! i> L'ayant fait coudre au tronc du corps, Michel fit poser sur la tête du cardinal sa barrette et permit qu'on l'exposât dans la petite église catholique de Gyula-

fehéi-vàr où eut lieu renterrement en grande pompe. Michel suivit le cercueil un cierge à la main, entouré de toute la no* blesse, et le cercueil en argent était celui-là même quMnrfre destinait au corps de son frère et à la décoration duquel il travaillait avec recueillement au moment où sa perte était déjà décidée.

L'impression déprimante que cette cérémonie funèbre a provoquée au début du règne de Michel ne fut pas favorablement modifiée par les nouvelles qui arrivaient des contrées où les Roumains habitaient en majorité. Excités par la victoire d'un vayvode valaque, ils croyaient qu'ils avaient maintenant le droit de se mettre à la place des nobles hongrois ; ils se soulevèrent donc en tuant leurs maîtres et en incendiant leurs propriétés. De là cette mélancolie avec laquelle les états prêtèrent serment à Michel^ à la diète convoquée pour le 20 novembre 1599. c(IlplutàDieu,dequi dépendent tous les empires et toutes les principautés, dit le diplôme inaugural, de nous donner pour chef le vayvode Michel. » Par contre ce fiit aussi avec une certaine gêne que Michel promit, en sa qualité de gouverneur transylvanien de Sa Majesté impériale et royale, de se conduire conformément aux anciens droits du pays.

La difficulté gisait dans la circonstance qu'il se sentait mal à son aise au milieu de l'aristocratie hongroise, beaucoup plus civilisée que son entourage roumain, et qu'il ne pouvait pas cependant s'en passer, parce qu'elle représentait l'élément politiquement le plus doué du pays. Il est d'ailleurs très curieux à constater que s'il n'a pas pensé à donner des droits politiques aux Roumains de la Transylvanie^ ceux-ci ne lui en ont jamais réclamé non plus. Ils ne voulaient exploiter sa présence sur le trône de la Transylvanie que pour améliorer leur sort matériel par une révolution sociale, sans s'occuper de leur nationalité sur laquelle Michel se montrait très indifférent aussi.

Si la manière énergique dont il se servit pour réprimer cette révolution des paysans roumains lui valut une certaine sympathie chez les Magyars et les Saxons^ les impôts nouveaux

(i) SzADBCZiiY Lajos : Erdélj es Mihdly vajda tbriénete^ p. 94 à 100.

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