CHAPITRE X
GRANDEUR, DÉCADENCE ET DISPARITION DE LA TRANSYLVANIE COMME ÉTAT INDÉPENDANT.
0 MisericordiaDei, quod non consumpti sumus » , s'écrie un chroniqueur anonyme de Szeben au commencement du xvii* siècle. Et certes non sans raison; car, après les campagnes de Michel et de Basta on rencontrait, autour et dans Gyula^ fehéj^àr même assez de ruines déjà pour arracher au pacha de Témesvàr y venu à l'occasion de la seconde réapparition de Sigismond Bâihory ^ Texclamation suivante : a Et ce ne sont pas les Turcs qui ont fait cela mais vos propres coreligionnaires! » Or ce n'était alors que le commencement des misères !
D'abord il fallait que la Transylvanie éprouvât une nouvelle et cruelle déception encore du côté de Sigismond Bâthojy. Après avoir refoulé Basta grâce au concours dévoué des États, après avoir renoué des relations intimes avec la Sublime Porte et en avoir reçu des subsides en argent, celui-ci travaillait sous main à la reddition de la principauté aux commissaires royaux. Par suite de cette attitude équivoque, il s'aliéna ses plus fidèles partisans. Moïse de Székely se jette avec quelques patriotes déterminés sur Basta, mais, ayant perdu la bataille de l'ovisy il est obligé de se sauver en compagnie de Gabriel Bethlen {fiktàr chez le pacha de Témesvâr. Sigismond se rallia alors ouvertement â Basta et, ayant enjoint aux États et aux administrations de se soumettre à ce dernier, il quitta définiti-* vement la Transylvanie^ au milieu de la malédiction générale (Ie26jumetl602.)
Mais malgré cette tournure inopinément favorable que les événements prirent, Basta ne se sentit pas complètement rassuré au milieu de la population magyare et saxonne hostile de la principauté. Se rappelant des avantages que son alliance
avec Michel le Brave lui avait procurés, il se mit résolument du parti de Radu Serban que les partisans de sa victime avaient élevé à ce moment sur le trône de la Valacliie contre Sîméon Movila, le protégé des Turcs. Et la suite des événements démontra bien vite Texcellence de cette intelligente manœuvre.
Ce ne fut pas seulement un asile sûr que Moïse de Székely trouva chez le pacha de Tëmesvâr, Il y obtint du sultan un u athnamé, » l'investissant comme prince de la Transylvanie^ et des troupes auxiliaires qui lui permirent d*entrer en campagne dès le début du printemps de 16-03, ayant pour général en chef Gabriel Bethlen, Grâce au réel génie militaire de celui-ci Basta ne put résister que pendant très peu de temps. Étant chassé de la principauté, le commissaire de Rodolphe s'adressa à Radu Serban y en lui recommandant de soulever les Sicules et d'en finir avec Székely après avoir pris pour base de ses opérations les villes saxonnes, restées fidèles à l'empereur : recommandation à laquelle le vay vode roumain ne se conforma certainement pas sans penser aux succès de son prédécesseur. Gomme lui, il fit mine de se soumettre au nouveau prince. Pour le tromper sur ses vraies intentions, il signa même un document, et en fit signer un autre par ses boyards, dans lesquels on accepta les bons offices de Székely auprès du sultan en vue de sa réconciliation avec Radu Serban et la vayvodie. Pendant ce temps-là les émissaires roumains se répandirent nombreux parmi les Sicules pour les exciter à la rébellion. Ils y eurent d'autant plus de succès que depuis la diète de Lécz" falva convoquée pour le 13 octobre 1600, après la défaite de Michel le Brave à Miriszlô^ il y avait entre les Sicules et les Roumains une communauté de ressentiments contre les Ma-gyars et les Saxons qui les avaient punis alors avec une sévérité égale à cause de leur attachement à Michel le Brave.
« Puisque nos ruinés et malheurs nous proviennent des deux vayvodies valaques — dit un décret de ladite diète — nous ordonnons que dorénavant personne ne .se permette plus de prendre service sans la permission du prince et du pays dans les deux vayvodies valaques, sous peine de décapitation, et de confiscation de ses biens et de perte de son honneur.