LIVRE DEUXIEME Îl
le traité de Vienne (conclu le 23 juin 1606) et celui de Zsitvatorok (datant du 1 1 novembre 1606) le démontrent clairement. Dans le premier on reconnaît l'élection de Bocskay comme prince de Transylvanie et on lui donne encore trois départements de la Hongrie; dans le second, Rodolphe et le sultan confirment ces stipulations en lui donnant une importance internationale.
Bocskay mourut le 29 décembre suivant à Kassa en ayant déclaré dans son testament que : «Tant que la couronne hongroise se trouve là-haut (c'est-à-dire à Vienne) dans les mains d'une nation plus forte que la nôtre, il sera toujours utile et nécessaire de conserver un prince magyar en Transylvanie. » On commettrait une injustice flagrante, si on n'ajoutait pas ici que les succès de Bocskay étaient singulièrement facilités par l'affection sincère que l'archiduc et futur empereur et roi Maihias a toujours portée aux Hongrois. S'étant placé à la tête des mécontents hongrois, autrichiens et moraves, ce dernier força Rodolphe à renoncer à V Autriche et à la Hongrie et se fit couronner roi de Hongrie le 19 novembre 1608 à Pozsony, La diète convoquée à cette occasion édicta une foule de lois libérales, reconnaissant les anciens droits de la nation magyare, organisant les deux chambres de la législature et permettant à toutes les religions reçues l'exercice entièrement libre de leur culte. Il est vrai que ce fut l'époque où le protestantisme arriva à son apogée en Hongrie et où ^ dans la grande noblesse, on ne compta plus que quelques familles catholiques. On confia même le charge de palatin successivement à deux protestants.
Après la mort de Bocskay, le choix des états de la Transylvanie tomba sur Sigistnond Ràkôczy, sans tenir compte de son âge avancé et de son caractère pacifique et paisible. Aussi sa prompte abdication ne surprit-elle personne. Elle eut pour suite l'élection de Gabriel Bùthory^ jeune homme despotique, sanguinaire et libertin, mais ayant été élevé dans les traditions de sa famille. De là la hâte avec laquelle il s'occupe immédiatement après son avènement des vayvodies roumaines. Ses envoyés n'y vont pas inutilement et rapportent des traités favorables aux intérêts de la Transylvanie : Radu Serban devient le vassal de Bàthory et le vayvode de Moldavie consent à lui
payer 8,000 jflorins de tribut annuel. Malheureusement 5a/Aorj n'est pas fait pour continuer ce beau commencement. Sa tyrannie lui aliène tout le monde ; soupçonneux, il accuse les deux vayvodes et surtout Radtt Serban de trahison. Pour le châtier il passe en 1611 en Valachie et ayant pris Tet^govùie il envahit tout le pays. Alors il envoie à Constantinople une ambassade avec la mission de lui faire donner la Valachie par U sultan sous le prétexte que André Bàthory étant tué par Michel et Moïse de Székelf^av Radii Serban^ il veut les venger par l'occupation du pays pour son propre compte. Mais il n'était nullement de l'intérêt des Turcs que la Transylvanie et la Valachie se trouvassent réunies sous un même gouvernement. Bàthory se vit donc obligé de s'en retourner chez lui en laissant quelques garnisons hongroises en vue de la protection de Radu Michné que la faveur des Turcs avait placé sur le trône vayvodal.
En fuyant devant Bàihory ^ Radu Serban se rendit d'abord en Moldavie et, de là, à travers la Pologne, à Vienne auprès de Mathias. Après le retour de Bàthory en Transylvanie, il s'empressa de reconquérir sa vayvodie, à l'aide de mercenaires polonais et moldaves, en chassant les faibles troupes hongroises. De nouveau maître du gouvernement, il forma une coalition avec Mathias et les mécontents transylvaniens, magyars et saxons, pour combattre Bàthory. Le début de cette guerre n'était nullement avantageux pour les armes transylvaniennes. Grâce à la trahison d'un des chefs de Bàthory y acheté par les Saxons, Radu Serban put remporter une victoire à Brassa^ mais elle fut infructueuse, car Radu Michné étant réapparu en Valachie et ayant pris Tergoviste à la tête d'un gros de Turcs et de Tartares, il fallut que Radu Serban reprit le chemin de Vienne. Là Mathias étant précisément à la veille de déclarer la guerre à Bàthory ^ on le reçut mieux encore que la première fois et on le fit repartir pour la Transylvanie en compagnie de Sigismond de Forgàch, général en chef des troupes royales. Mais leur campagne se termina par un désastre ; ils s'enfuirent en Moldavie, ayant perdu la plus grande partie de leurs hommes et la totalité de leurs canons et munitions.