LIVRE DEUXIEME Ml
Malheureusement pour Bàihoryy il eut l'air, à ce moment-là, de vouloir renouveler la politique équivoque de son détesté prédécesseur et parent Sîgismond, Il entra en pourparlers secrets avec la cour de Vienne. C'était assez pour éveiller la méfiance des anciens exilés; ils chargèrent Gafcrie/ 5e/A/e/i d'en prévenir le pacha de Témesvâr. Or, cette missive fut interceptée et le prince en prit connaissance. Pour éviter son courroux, Bethlen fut obligé de se sauver. H alla incontinent à Andrinople^ où séjournait alors le sultan, et il y obtint, en dehors de la promesse de sa candidature au trône de Transylvanie, des subsides en hommes et en argent. Pour multiplier les chances de son succès, la Sublime-Porte enjoignit même aux vayvodes de Moldavie et de Valachiey à Etienne Tomsa et à Radu Michné, de combiner leurs attaques avec celles de Skender pacha, général en chef de ♦'armée mise à la disposition de Bethlen et composée de 25,000 combattants. A l'approche de ce danger formidable Bàthory ne se trouva plus en sécurité au milieu de ses sujets transylvaniens. Il s'enferma dans la ville hongroise de Nagy- Yàrad sans pouvoir éviter son sort : deux gentilshommes hongrois exaltés l'y assassinèrent pour débarrasser l'humanité d'un monstre pareil.
Sa disparition subite facilita singulièrement le début du règne de Bethlen^ l'élu de la diète de Kolozsvar. En cédant aux Turcs la forteresse de Li/)/}a il put aussi aisément déjouer les plans de Georges Drugeth deHomonna^ son concurrent suscité par la cour de Vienne, Quant à Radu Serhan, sa dernière tentative dans laquelle il eut pour auxiliaires les Polonais^ ne fut pas couronnée de plus de succès que les précédentes. H mourut à Vienne en 1620, comme pensionnaire de la cour impériale.
Les conditions où se trouvaient la Transylvanie et son souverain génial en 1618, au commencement de la guerre de trente ans, étaient donc excessivement heureuses. Gomme dit M. Jules Pauler en parlant de Bethlen : « la race magyare n'a pas produit un prince depuis Mathias Corvin qui fût plus apte pour le gouvernement que cet homme de trente-six ans. Sonesprit pénétrant comprenait parfaitement tout ce qui était nécessaire pour la sécurité et pour le développement matériel et
intellectuel de la petite Transylvanie. En sa qualité de partisan de Sigismond Bàthory, d*ennemi de Basta et ensuite de Gabriel Bâthory, il eut souvent Toccasion de séjourner en Turquie; il s'y était déjà aperçu de la décomposition de ce grand empire. Aussi était-il de ceux qui ne croyaient plus impossible que les Turcs pussent être chassés de la Hongrie par la chrétienté réunie , que le pays pût être délivré, et il s*était réservé dans cette œuvre immense sinon le premier mais assurément le rôle le plus important. Mais les événements ne prirent pas une tournure favorable à la réalisation de ce projet! » Gomme Corvin^ il était obligé de se mêler aux luttes des Occidentaux pendant que ses rêves ne visaient que la transformation de TOrient !
Le caractère que la guerre de Trente ans eut en Hongrie^ fut plus politique que religieux. Les catholiques et les protestants hongrois n'ont jamais aimé la propagande à cctups d'estoc et de taille. Le cardinal prince-primat Pierre Pazmàny de Panasz et le palatin comte JMcolas Ester/tâzy, le fondateur de cette illustre famille de la Hongrie^ préféraient la persuasion à la violence. Le premier avec ses ouvrages polémiques — servant encore aujourd'hui de modèle aux prosateurs magyars — et avec son éloquence véhémente, le second par son infatigable zèle de faire des prosélytes, ont plus ramené de protestants dans le giron de l'Église catholique que n'en eussent ramené les lois les plus draconiennes ou les dragonnades les plus sanglantes. Et l'on ne peut pas affirmer non plus que ce fussent l'absolutisme et le constitutionnalisme qui étaient aux prises; car on tenait au régime parlementaire dans les deux camps opposés avec une égale conviction et Beihlen n'était pas moins autoritaire que le gouvernement impérial. On peut dire plutôt que la Hongrie ressemblait à un organisme en état morbide s'efforçant d'éliminer les éléments étrangers qui l'encombraient, mais n'ayant pas encore assez d'énergie vitale pour les séparer d'abord et pour les expulser ensuite l'un après l'autre. L'époque de la convalescence ne devait venir que plus tard.
Ayant appris la révolte des Tschèqiies et la pointe poussée vers Vienne par Mathias Thurn^ Bethlen se décida à une prompte action. Il comprit que le sort du protestantisme hongrois dé-