LIVRE DEUXIÈME
pendait de celui des États autrichiens et qu'il était en corrélation avec l'indépendance de la Transylvanie. Quant il vit qu'à la diète de Pozsony on n'était pas enclin à réparer les préjudices causés aux protestants et que la cour de Vienne hésitait toujours à renvoyer de la Bohème les troupes hongroises commandées par Boucquoi^ il tira son épée après avoir publié un acte d'accusation, rédigé par Alvinczy^ contre le gouvernement impérial et après avoir appelé la Hongrie aux armes pour la défense de sa constitution et de la liberté religieuse.
Ses premiers succès furent éclatants : toute la Haute-Hongine depuis Xrt55a jusqu'à Pozsony le reçut à bras ouverts. A la diète de Beszterc^ebânya , on lui offrit même la couronne de saint Etienne (le 25 août 1619), en la retirant à Ferdinand II, jugé par trop catholique. Sans se faire couronner, J5e/A/cn accepta le titre de roi de Hongrie, mais comme il se sentait menacé du côté de la Pologne par son rival constant Georges de Homonna, il souscrivit à l'armistice proposé qui lui assura la possession de la Hongrie orientale jusqu'aux montagnes de la Fatra. 11 devint ainsi un des chef dirigeants de la grande lutte internationale. On voit figurer son nom parmi ceux à qui devait revenir la couronne de la Bohême^ mais ce fut le prince Frédéric de Pfalz qu'on y élut pour le plus grand bonheur de Ferdinand^ car if est très probable que l'issue de la bataille de la Montagne-Blanche eût été tout autre avec Bethlén comme chef des alliés qu'elle ne fut avec les princes à'Anhalt et de Hohenlohe.
Ne pouvant plus compter sur les Tschègues^ Beihlen consentit à la conclusion d'une paix avantageuse. Elle fut signée à Nikolsboitrg en 1621.
D'après ces stipulations, il fallait que Beihlen rendît la couronne de Saint-Étienne ainsi que les forteresses conquises et qu'il renonçât au titre de roi de Hongrie, à condition que Ferdinand lui cédât à son tour sept départements de la Hongrie septentrionale et lui conférât le titre de prince du Saint-Empire avec promesse s formelles de respecter la constitution hongroise et de réparer les griefs de la nation.
Cette paix ne dura que deux ans, car, poussé ^sltV Angleterre^ la France et la Hollande y liguées contre l'omnipotence de la
maison de Habsbourg ^ Beihlen recommença, la g^uerre dès 1623 sous prétexte de l'inexécution du traité de Nikolsbourg. Elle aboutit à la paix de Vienne en 1624, où on confirma de nouveau les clauses du traité précédent. On doit attribuer cette stérilité de la deuxième campagne aux défaites subies par les protestants en Allemagne à la suite desquelles la situation de Ferdiïiand s'était sensiblement améliorée.
Arrivé à cette phase de sa carrière, £e//i/en faillit imprimera l'orientation de sa politique une direction très imprévue. Tournant le dos à Talliance turque, il se rapprocha de Ferdinand. Considérant le déclin visible de Tempire ottoman , pourquoi ne se réuniraient-ils pas pour le combattre? Il dirigerait les opérations de leur armée et comme gage de leur accord Ferdinand lui donnerait la main de sa fille. Car quoique protestant fervent — il a lu vingt-six fois la Bible — il était patriote comme Henri IV.
Entre temps, de grands efforts furent tentés par les puissances protestantes. La demande en mariage du prince de Galles n'ayant pas été favorablement accueillie à Madrid^ le roi Jacques d'Angleterre ne fit aucun mystère de ses intentions hostiles à l'égard des Habsbourg. Il chargea donc Roe, son ambas- *sadeur accrédité à Consiantinople ^ de s'entendre avec le grand vizir pour entraîner Beihlen dans une coalition contre Ferdinand. Elle serait formée de V Angleterre ^ de la France ^ de la Hollande, de la Turquie et de Venise. Ils demandèrent ensemble au prince de Transylvanie de se prononcer franchement s'il voulait se ranger du coté de l'empereur et des catholiques ou du côté du sultan et des protestants? «Votre adhésion, disaientils, augmentera les forces de l'union et on acceptera le concours de Votre Altesse Sérénissime sans condition. On ne veut pas vous faire faire la guerre, on ne veut que vous indiquer les vrais moyens pour vous garantir efficacement. Plusieurs bruits circulent au sujet des intentions de Votre Altesse Sérénissime : entre autres , on prétend qu'elle veut se convertir au catholicisme et qu'elle veut former, sous la protection du pape et de l'empereur , un royaume indépendant composé de la Transylvanie, de la Moldalvie et de la Valachie. »