LIVRE DEUXIÈME
Il n'était pas dans Tintérét des Habsbourfj de favoriser la création d'un état semblable. Arrondi par Tadjonction possible de la Pologne, il pouvait devenir un rival dangereux en Orient. La main de Tarchiduchesse fut conséquemment refusée, et Bethlen envoya ses négociateurs sans tarder de Vienne A Beidin pour y chercher femme et alliance. Ils y obtinrent les deux; la princesse Catherine de Brandebourg devint princesse de Transylvanie el on y promit à -Be/A/<?n des subsides en argent, k la suite de cette alliance, ses armées exécutèrent une attaque simultanée avec celle de Mansfeld. A Vienneon cria à la trahison, à la perfidie. Emporté par son ressentiment, Ferdinand prétendait que « Bethlen n'était ni noble, ni Magyar, mais seulement Valaque! »
Après la défaite de Mansfeld^ au pont de Drssau^ Wallenstein et Bethlen se trouvèrent face à face dans les environs du Vàg. Mais affaiblis pour des causes diverses, ils n'osèrent pas hasarder une bâtai Ile décisive. Grâce aux conseils de Nicolas Esterhàzy on renouvela la paix de Nikolsbonrg à Pozsony (1629) pour se refaire en vue des complications nouvelles et inévitables. Cette fois, ce fut Gustave Adolphe, le héros suédois, le beau-frère de sa femme, qui préoccupa Bethlen principalement. Il en fit son allié pour combattre la Pologne toujours hostile, en compagnie des Turcs et du tsar moscovite. Mais il mourut au milieu de ces préparatifsde guerre, le 15 novembre 1629, en recommandant à son entourage l'élection de sa femme.
Cathei-ine ne resta que quelques mois sur le trône qu'elle abandonna à cause du départ de son favori Etienne Csàky de Keresztszegh. Ce fut alors Georges Bàkôczy /" que les états élurent pour souverain. Fils du prince Sigismond déjà cité, frère d'armes de Bethlen^ Bàkckzy était un homme intelligent, très ordonné, porté vers les idées conservatrices et dont la préoccupation dominante se rapportait à l'accroissement de sa fortune et à la consolidation de sa famille sur le trône de la Transylvanie,
Contrairement à la politique de son illustre prédécesseur, la sienne, très circonspecte et très timorée, le tint très longtemps éloigné de la guerre de Trente ans. Il ne s'y mêla qu'en 1644,
après avoir reçu de la Suède des garanties formelles au sujet de sa situation en cas d'insuccèi^. La campag^ne qu'il fit en Hongrie ayant son ennemi personnel, le comte Nicolas Esterhàzy^ pour adversaire, se passa plutôt en subtiles négociations qu'en combats sanglants, car son énergie était considérablement paralysée par Tattitude inquiétante de la Sublime^Porte qui ne voyait pas d'un bon œil raffermissement et le développement de sa puissance. De là Tempressement avec lequel il saisit la première occasion favorable, les avantages remportés en Moravie par Torsienson sur les armées de Ferdinand III y pour faire la paix. Elle fut signée le 16 décembre 1645 à Linz. Ses stipulations profitaient aux protestants et à Ràhôczy^ sans fortifier la Transylvanie elle-même, faute politique considérable dont les conséquences ne se firent pas longtemps attendre.
On a pu constater plus haut Tinfluence que les vayvodes roumains exerçaient sur le sort de la Transylvanie bvl commencement du xvii" siècle. Elle cessa à mesure que ce furent de vrais hommes d'État qui y occupèrent le trône. Du temps de Georges Râkoczy i*% on y était de nouveau dans les conditions normales. Aussi les boyards, mécontents des exactions du vayvode Léon, se réfugièrent-ils de la Valachie tout naturellement auprès de lui. Et avec raison, car il ne leur accorda pas seulement Thospitalité, mais, ayant refusé de céder aux nombreuses réclamations de Léon, il mit leur chef Mathieu Basaraba à la tètç d'une armée auxiliaire, à l'aide de laquelle celui-ci ne tarda pas à conquérir le trône de son persécuteur. Ayant reçu l'investiture du sultan , Mathieu régna, exposé aux caprices des grands vizirs, mais gardant jusqu'à sa mort une fidélité inébranlable envers les Ràkôczy.
Elle était d'autant plus méritoire qu'à la suite de certaines menées de Vasilie Lupu, vayvode de la Moldavie^ désireux de remplacer Mathieu en Valachie et de céder sa propre vayvodie à son fils aîné Jon, Râkoczy reçut de Constaniinople l'ordre de soutenir l'entreprise du compétiteur de son ami, tout en sachant que le premier lui en voulait aussi . Mais grâce au concours de plusieurs circonstances imprévues, Râckozy ne fut pas obligé de faire couler le sang des Roumains, Son