‹ Magyars et Roumains devant l'histoireChapitre 111 sur 232 · LIVRE DEUXIÈME tV · texte numérisé non relu

LIVRE DEUXIÈME tV

général Jean de Kemény réussit à réconcilier, au moins pour quelque temps, les deux vayvodes ennemis et à leur imposer un tribut annuel au profit de Ràhkzy. Mais Lupu ne voulut pas renoncer à ses idées de conquête depuis longtemps caressées. Il recommença ses intrigues auprès des Turcs^ en affirmant que c'était pour les combattre que Mathieu cultivait Tamitié du prince de Transylvanie. Alors il fut sévèrement défendu à ce dernier de protéger son vassal aux abois. Ràhkzy^ ne voulant pas complètement Tabandonner, lui envoya néanmoins subrepticement un corps de cavaliers à Taide duquel il lui fut aisé d'infliger une défaite à Lupu (le 3 décembre 1639). Il y eut ensuite de nouvelles négociations qui aboutirent enfin à une paix définitive, confirmée par la Sublime-Porie. En dehors du tribut annuel de 2,500 ducats, les vayvodes lui fournirent des troupes auxiliaires dont Râkôczy n*eutqu'à se louer pendant sa campagne de 1044.

Au fond, le but secret de ses visées n'était ni en Hongrie ni en Orient. Il n'apparaSt ouvertement que vers la fin de sa vie, quand le trône de la Pologne devient vacant. Hanté par le souvenir de la gloire d'Etienne Bàthory^ il y prépara sa candidature de longue date par Faccueil qu'il fit au prince de Radziwil, chef des dissidents polonais, dans son château de Munkàcs. Pour ne pas exciter la jalousie de la cour de K/enn^ et du sultan, il se serait contenté de ne placer la couronne de Pologne que sur la tète de son second fils Sigismond^ en laissant la Transylvanie à son afné, Georges //qui lui succéda en 1648. Mais la combinaison échoua par suite de Taversion que Sigismond éprouva pour Irène, la seconde fille de Vasilic Lupu avec laquelle il aurait dû se marier, pour obtenir non-seulement le concours de son futur beau-père, mais aussi celui du prince de Radziwil autre gendre du vayvode de Moldavie ainsi que son fidèle allié le hetman des 6'o5ayM<^^, , Bogdan Chmelnitzky, Le puritanisme rigide du jeune Ràhkzy ne put s'accommoder de l'aspect oriental de la belle Roumaine, élevée comme otage A Constantin nople qu'il ne connaissait du reste que d'après son portrait, don de Lupu. H y eut cependant une demande en mariage formelle à laquelle le vayvode moldave répondit par un refus d'autant

plus catégorique qu'il pensait déjà à d'autres liens matrimoniaux, les Cosaques et les Polonais s'étant entre temps réconciliés. Mais dans sa réponse officielle il prétexta Topposition du clergé orthodoxe.

Les conséquences également désastreuses pour les deux pays de ce mariage manqué ne se firent pas longtemps attendre. Lupii ayant marié sa fille à Timus Chmelnùzky^ fils et successeur de Bogdan, se trouva bientôt en hostilité ouverte avec Georges 11^ car dans le différend qui éclata en 1652 entre la Pologne et les Cosaques^ celui-ci prit fait et cause pour le roi de Pologne^ Jean-Casimir^ afin de se rendre populaire aux yeux du peuple, dont il voulait briguer plus tard le suffrage comme roi. L*issue de cette guerre fut longtemps incertaine. D'abord, Tarmée transylvanienne eut le dessus sous la conduite de Je€in de Kemény. Ayant chassé Lupu du trône moldave, il y installa, d'accord avec Mathieu ^ le vayvode de Valachie, le grand logefette Ghéorgiiza. Mais déjà Lupu revenait accompagné de Timus, li\a tête d'une nombreuse armée cosaque devant laquelle J«f Kemény se vit forcé de battre en retratie. A ce moment entre en ligne Mathieu à son tour; il rejoint le chef magyar et, réunis, ils gagnent la bataille de Finta, Du côté du Nord, ce î^ont les Polonais^ conduits par Lubomirshy\ du côté de l'Ouest, ce sont les Sicules de Pethy qui pénètrent en Moldalvie. La bataille décisive eut lieu à Sirca^ d'où Lupu s'enfuit en Ukraine tandis que Timus se réfugiait à Soucsava entouré de la famille vayvodale. Cette forteresse ne se rendit qu'à l'automne, après l'arrivée de Jean de Kemény et de son artillerie de siège. Quant à Lupu, les Tartares^ ses hôtes, s'en débarrassèrent en l'envoyant sous bonne escorte et chargé de fers, à Constantinople.

Dans Tannée 1(35 4 mourut Mathieu, le fidèle allié de la famille Râkôczy. H eut pour successeur Constantin Serban Basaraba. Au commencement de son règne il eut à combattre la révolte des seimen , de ses troupes mercenaires, pour la répression de laquelle il demanda l'assistance du prince de Transylvanie. Ràkoczy parut en personne à la tète de son armée et, grâce à son sang- froid et à son énergie, il gagna la bataille de Plojesti (le 26 juin 1655). En réalité, il eût mieux valu qu'il ne

Page 1