LIVRE DEUXIEME Îî
remportât pas cette victoire , car elle le confirma dans sa détermination d'entreprendre Texéculion de la chimère rakôczienne, la conquête de la Pologne.
Ayant fait élire son fils âgé de sept ans prince de Transit- 7>(tnte sous le nom de François /"(le 18 février 1653), biais par lequel il espérait apaiser les susceptibilités de ses voisins redoutables, l'empereur Léo/jold et le sultan, — confiant dans la fidélité des deux vayvodes roumains, il s'entendit avec le roi de Suède, Charles-Gustave, au sujet du partage des pays polonais et il obtint même des Cosaques la promesse de leur concours.
Ce fut le ISjanvier 1657 que l'armée transylvanienne, accrue des contingents des deux vayvodies roumaines et comptant plus de 40,000 hommes, se mit en marche sous la conduite personnelle de Georges 11^ ayant pour chef de son état-major Jean de Kemeny. Au versant septentrional des Carpathes, elle fut rejointe par les Cosaques; tandis que la réunion avec les Suédois n'eut lieu que sous les murs de CVacoj'iVf même, le 28 mars suivant.
Jamais on n'a vu mieux préparer une campagne et tourner un début aussi heureux en désastre irrémédiable.
Conformément à sa politique déjà séculaire, la Sublime-^Porie n'admettait le développement excessif d'aucun des États qui vivaient dans l'orbite de sa puissance. Elle intima donc l'ordre à Ràhkzy de cesser la guerre et de retourner en Transyl vanie incontinent, et comme il n'obéit pas, elle le fit attaquer par le khan des Tariares. D'autre part, l'empereur Léopold /" réussit à susciter des difficultés aux Suédois du côté du Dane* mark et mit 16,000 hommes à la disposition de Lubomirsky pour ravager les possessions hongroises de Hàkôczy, service immense que Jean Sobiesky tint a rendre vingt-six ans plus tard en délivrant Vienne assiégée par Kara-Mousiafa !
Ayant chargé Jean de Kemény du commandement de son armée disloquée, Ràkoczy, pour sauver sa vie, dut précipitamment rentrer en Transylvanie, où on procéda sans tarder à son remplacement sur l'injonction du sultan (le 1" novembre 1657). Mais l'élu des états, François Rhédey, ne se considéra que comme intérimaire et remit ses pouvoirs de nouveau à
JâO MAGYARS ET ROUMAINS DEVANT L'HISTOIRE
RàkAczy aussitôt que celui-ci se crut redevenu populaire. Mais voulant s'emparer de la Transylvanie pour en faire la base de leurs opérations futures, les Turcs n'entendirent pas de cette oreille-là. Le grand vizir Kupruli Mohamet y vint en personne pour chasser Ràkôczy et pour le remplacer par Achate Barcsay sous des conditions tellement onéreuses qu'on pouvait d'avance présumer que le pays ne serait pas en état de les remplir. C'était une raison pour Ràkôczy de reparaître encore. Mais ne recevant des renforts de personne, il ne put opposer à la bataille de Fenes que des forces insuffisantes à Seidî-Am/iai pacha, dont l'armée complète ne fit qu'une bouchée de ses troupes peu nombreuses (le 22 mai 1660). Georges II y fut mortellement blessé et mourut quinze jours après à Nagy-Vàrad, dont les Turcs s'emparèrent peu de temps après.
Pour contrebalancer l'effet moral et matériel de ce grave échec, la cour de Vienne prit la candidature au trône de Transylvanie de Jean de Kemény sous sa protection. Celui-ci défit son compétiteur Barcsay dans plusieurs rencontres ; finalement il s'en empara et le fit exécuter avec plusieurs de ses partisans. Férocité inutile, car déjà les Turcs envoyaient une nouvelle armée en Transylvanie sous les ordres de Koutchouk pacha. Ce fut Montecuccoli et son armée que Ton désigna à Vienne pour l'escorte de Jean de Kemény. Mais le général « aux pieds d'écrevisse », comme ses contemporains l'appelèrent, ne le conduisit qu'à la frontière de la Transylvanie, L'ayant franchie de Kemény et Kouischouk se mesurèrent à Nagy-Szoelloes où le premier fut vaincu et tué (le 23 janvier 1662). C'était en même temps la consécration de l'élection de Michel Apafi\ elle eut lieu le 14 septembre de la précédente année, ainsi que le commencement du déclin de la Transylvanie comme état indépendant.
Les deux vayvodes roumains, alliés de Georges Ràkôczy 11, ne furent pas plus épargnés par le sultan. Il les destitua tous deux et il mit sur le trône de la Moldavie Gheorghe Ghica et sur celui de la Valachie Mi/inca Radu.
Il faut considérer cette recrudescence apparente de l'influence turque comme les dernières flammes d'une lampe qui s'éteint;