LIVRE DEUXIËME
car dans la g^uerre qui éclata Tannée suivante entre Léopold /*' et les Turcs ^ ces derniers essuyèrent à Saini-Goiihard {\e V août 1664) le premier échec sérieux, précurseur de tant d'autres, sur le territoire hongrois, où ils avaient cueilli jadis de si beaux lauriers. La paix de Vasvàr — conclue dix jours après, semblait les favoriser cependant encore, puisqu'elle se basait sur le siatu quo. Mais cette longanimité de Léopold s'explique aisément par Torage qui Tavait menacé du côté de la France et auquel il Fallait faire face avant tout.
Cette influence de la politique française sur les afl'aires de la Hongrie ne fit que croître depuis qu'on s'y aperçut que les hommes d'État impériaux ne s'en occupaient qu'avec une certaine indifférence. Des magnats patriotes, tels que le palatin Nicolas Wcsselényi, le poète-héros Nicolas, comte Zrinyi; son frère Pierre, le suprême juge (judex curiae) François Nàdasdy trouvaient que la situation du pays devenait intolérable à cause des courants antimagyars qui caractérisaient les résolutions de la cour de Vienne. Après la mort de l'auteur de la « Zrinyiade » , tué par un sanglier à la chasse (le 1 8 novembre 1664) et après la mort de Wcsselényi, Pierre Zrinyi devenu bàn de Croatie, organisa une vraie conspiration , englobant son beaufrère Pierre Frangepan et son gendre François Ràkôczy I", l'exprince de Transylvanie , qui s'était converti au catholicisme, et vivait maintenant retiré dans ses terres dans la Hauie-Hongrie. Le mouvement n'aboutit pas parce qu'il n'avait pas de but déterminé, les conspirateurs étant tous très dévoués aux Habsbourg et ne voulant viser que le gouvernement impérial. Ils furent cependant condamnés et exécutés soit à Vienne — iViridasdy, — soit à Wiener-Neustadt , — Zrinyi et Frangepan — (le 30 avril 167 1). Ràkôczy eut la vie sauve grâce aux efforts des Jésuites et de sa mère, la fervente catholique Sophie Bàthory, dernière descendante de cette famille, également douée des plus grandes vertus et des plus grands vices.
Enhardi par l'effet profond produit par ces exécutions, le gouvernement impérial composé de féodaux réactionnaires, tels que les Montecuccoli, les Lobkowitz et les Hocher, entra résolument dans la voie des illégalités de l'absolutisme. Il
prolongea le séjour des garnisons allemandes dans les places fortes de la Hongrie; pour les entretenir, il leva des impôts nouveaux, tandis qu*il substitua au palatin un gouverneur autrichien, assisté d'un conseil mi-parti hongrois, mi-parti allemand (1673). Et ces mesures anticonstitutionnelles furent rendues plus odieuses encore par les persécutions religieuses recommencées : on expulsa les protestants de leurs églises, on envoya leurs pasteurs aux galères, dans les prisons, en exil. Les mécontents y ripostèrent par une prise d*armes dès 1673, et une espèce de guerre de guérillas dura jusqu'en 1678 entre \Q%Labantz^ sobriquet des impériaux, et \e% Kouroiuz comme s'appelaient les révoltés en souvenir des cruciati, (prononcez à Tilalienne : croiiciaii) de Georges Dôzsa. Soutenus par des subsides venus de la Translyvanic et de la France ^ les Hongrois se battirent vaillamment et leur soulèvement prit des proportions tout à fait menaçantes, quand Éméric Thoehoelyi (les historiens français écrivent Tekely) se mit à la télé de leurs troupes. Issu d'une très riche famille luthérienne assez illustre, — un de ses aïeux, Georges de Thurzo^ était palatin de 1609 à 1616, fils d'un proscrit impliqué dans la conspiration de Wesselényi et qui mourut en défendant, contre les impériaux, la forteresse à'Arva^ — le jeune et génial général n'avait alors que vingt et un ans , mais enflammé par Tamour qu'il ressentait pour la belle Ilona Zriuyi^ fille et nièce de Pierre Zrinyi et de Fran-cois Frangepan décapités, et veuve depuis 1676 de François Ràkôczy /", il fit de tels prodiges, que Leopold se vit forcé de convoquer une diète à Sopron en 1 68 1 « pour la restitution de la liberté du pays » . Il révoqua le gouverneur allemand et nomma Paul Ester hàzy , le fils de Nicolas et le beau-frère de l'infortuné Màdasày, palatin de la Hongrie^ charge qu'il remplit pendant plus d'un quart de siècle et qui ne l'empêcha pas d'être un compositeur de musique religieuse très sérieux.
C'est à ce moment que les Ttnxs tentent leur dernier effort contre la chrétienté. Le grand vizir Ka?a^Mousiafa assiège en 1683 Vienne avec 200,000 hommes, parmi lesquels figure le contingent de Thoekoelyi, Mais déjà l'éclat du Croissant pâlit et, repoussés par les héroïques défenseurs bourgeois de Vienne^