LIVRE DEUXIÈME t
Dans la Pologne méridionale, la Galicie actuelle, on rencontre des colonies roumaines en grand nombre dès le xii' siècle. Eh bien! les documents qui s'y rapportent, ne dépeignent pas autrement la situation des popes non plus. Dans un acte de vente ratifié par le roi Sigisniond en 1532, il est dit qu'il est permis aux Roumains d'avoir une synagogue et un pope dans la commune de Slrwiazek^ si ce dernier veut régulièrement payer son cens au roi , comme les autres popes le font. On sait aussi que ces popes roumains appelés vulgairement des baiiko payaient au seigneur une redevance annuelle de quatre florins ainsi qu une peau de martre. Hunfalvy a donc grandement raison de supposer que : « la servitude et la rusticité des popes sont des spécialités importées de la Bulgarie dans les pays de la rive gauche du Danube (1) » . II faut donc avouer que GabHel Bàihory en ordonnant dès 1609 que les popes puissent librement circuler contre la volonté elle-même de leurs seigneurs, toutefois avec la permission du vladique (évéque) de Gyulafehérvàr ; que Gabriel Beihlen en affranchissant le clergé roumain de Fogaras du payement de toute espèce de dime (le 18 septembre 1624), se laissent inspirer par des sentiments humanitaires qui leur font, et dans leur personne à toute la race magyare, le plus grand honneur. Or le clergé orthodoxe de la Transylvanie dans quelles conditions se trouvait-il alors? Voilà le règlement que l'évêque Dosiiéîu^ en fonction de 1625 à 1627, lui impose :
« Le pope qui ne veille pas suffisamment sur sa pureté dans l'accomplissement de son ministère sacerdotal et qui s'enivre, vole ou assassine paiera 8 florins à son évéque. Si le pope ne connaît pas les psaumes, il paiera 24 florins; il en paiera autant s'il ne connaît pas la messe et les vêpres. Le pope, qui ne tient pas proprement et convenablement son église paiera 12 florinô. Le pope qui, étant ivre les jours de fête ou les dimanches, est incapable de célébrer les services divins, paiera 24 florins n .
Habitué à ne considérer les affaires que d'un point de vue très élevé, Gabriel Beihlen croyait qu'en face d'un état de choses
(1) Huufalvt Pal, â% oldhok tôrlénete, vol. II, p. 319.
aussi lamentable, le patriarche de Consiantinople n'hésiterait pas à consentir h T introduction de certaines réformes sinon dans les dogmes mêmes de TÉglise orthodoxe, mais au moins dans sa liturgie et dans son enseignement religieux. Les lettres qu'il a écrites à ce sujet-là, ne sont pas connues, mais on possède la réponse datée du 2 septembre 1629 du célèbre patriarche Cyrille Lukaris. Elle est digne d'être reproduite en entier parce qu'elle laisse deviner les intentions de Bethlen et en même temps elle fournit un admirable échantillon de la dialectique grecque et de l'esprit byzantin pris dans le meilleur sens du mot. Voici sa traduction littérale :
u Prince Sérénissiroe !
u U a fallu que nous apprenions avec beaucoup de tristesse de Vos dernières nombreuses lettres et de la bouche de Votre envoyé l'état d'ignorance et le manque d'instruction, état qui est très nuisible et très compromettant pour le gouvernement de Votre Altesse, des prêtres valaques soumis à Votre pouvoir. Il est déjà tellement invétéré qu'ils ne savent plus lire et encore moins comprendre et enseigner le Saint-Ëvangile à cause de quoi, comme Votre Altesse le remarque avec tant de justesse, on peut sincèrement regretter la déviation journellement plus accentuée des mœurs et de la foi chrétiennes.
« Ayant appris tout ceci, c'est une douleur profonde qui pèse sur mon àme et sur ma plume et si avec nos coreligionnaires, nous n'étions pas empêchés par le mal général ici sur la terre des infidèles au Christ, nous nous hâterions certainement d'accourir là où l'enseignement des doctrines du Christ et la purification des mœurs sont redevenus si nécessaires. Mais nous sommes retenus ici étant exposés à des suspicions continuelles à cause de la religion du Christ que nous professons, et nous ne disposons non plus d'apôtres, auxquels on pourrait confier la correction de tels abus et de telles faiblesses. Nous sommes donc d'autant plus consolés de savoir que Votre