‹ Magyars et Roumains devant l'histoireChapitre 118 sur 232 · LIVRE DEUXIEME · texte numérisé non relu

LIVRE DEUXIEME

Altesse à qui Dieu a confié la protection de tant et de si grands peuples, ait promis à cette pauvre nation et à ses prêtres sa bienveillance complète et sa sollicitude entière.

« Mais comme la proposition, que Votre Altesse a désignée pour prix de sa bienveillance, ou celle qu'elle nous a confiée dans ses lettres les plus secrètement écrites, sont d'une telle espèce que nous ne puissions pas les clairement comprendre ou si elles étaient même plus clairement exposées, nous ne devions pas les clairement comprendre en notre qualité de Patriarche, Votre Altesse conviendra aisément qu'il nous est absolument interdit de prêter ouvertement notre concours à l'accomplissement de telles choses. ''

c( Nous comprenons aussi que la proposition de Vôtre Altesse pourrait s'attendre à une solution plus aisée si Gemmadius, Tévêque de ces contrées, recevait de notre part le moindre encouragement et que l'on puisse obtenir fecilement de ce nommé Gemmadius d'abord le silence et ensuite l'action , si nous nous taisions et si nous fermions les yeux. Mais les secrets eux-mêmes ont aussi quelquefois leur fatalité. »

u Nous comprenons aussi que le puissant empereur des Turcs ne mettra aucun obstacle à l'exécution du plan de Votre Altesse, puisqu'il se contente de la fidélité de ses peuples conquis, fussent-ils d'une religion qui ne soit pas celle de Mahomet. Mais que ce consentement des Turcs puisse persuader au peuple valaque d'embrasser la seule religion à l'exclusion de toutes les autres, que Votre Altesse confesse avec tant de piété (car il est bien clair pour nous que c'est le désir de Votre Altesse), nous en doutons fort; car cela ne pourrait se faire sans porter préjudice aux autres religions qui jouissent des mêmes privilèges sous le sceptre de Votre Altesse et sans bouleverser les âmes , ou sans les exaspérer. Pour la réalisation heureuse et pacifique de ce projet, il faudrait en outre tout d'abord déchirer les liens de cette parenté et de cette sympathie qui existe secrètement et conséquemment, d'autant plus étroitement, entre les Valaques du gouvernement transylvanien et les habitants de la Valachie et de la Moldavie. Les vayvodes des pays susdits n'y consentiront certes jamais, et il lui suscite-

ront des difficultés sinon les armes à la main, mais au moins au moyen d'agitations secrètes. »

« Nous ne nions pas que la religion que Votre Altesse et la plus grande partie de ses sujets confessent, ne soit bien chrétienne et nullement payenne, mais elle diffère néanmoins très considérablement de la religion que confesse Téglise d'Orient et dont nous sommes sur cette terre le grand prêtre, comme diffère celle confessée à Rome, laquelle, comme Votre Altesse te croit avec raison, est remplie d'erreurs. Votre Altesse affirme encore que les caloyers et les popes de la terre valaque qui se trouvent sous le gouvernement de Votre Altesse n'ont aucune religion et qu'il serait consér|uemment préférable qu'ils aient une religion même erronée selon les doctrines de notre église. Qui nierait que ce ne soit pas autant que de n'avoir aucune religion? n

tt Si ce pauvre peuple, dépourvu de toute instruction, embrassait la religion de Votre Altesse, soit par ignorance, soit par suite de violences, ce dont je ne crois pas qu'on puisse user dans les possessions de Votre Altesse, nous ne pourrions pas nous y opposer à cause du grand éloignement et de notre faiblesse, d'ailleurs il ne nous siérait pas de recourir à d'autres armes que la parole; mais prêter nos mains ouvertement ou secrètement à une pareille abjuration serait, à nos yeux, un crime dont nous n'aurions la rémission au prix d'aucune souffrance que l'on peut endurer sur cette terre. ■

« Je suis également de l'avis de Votre Altesse quand elle fait renonciation que les pays vraiment heureux sont ceux où il n'y a pas la moindre différence au sujet de la religion entre les habitants, et que c'est d'y atteindre qui doit servir de loi et de raison politique aux souverains, mais ce n'est qu'un simple argument, bien entendu en faveur de la politique des princes, et cela ne peut jamais être un commandement de l'Église. Car il ne nous est pas permis de sacrifier notre foi ni contre les biens de la terre, fussent-ils les plus considérables, ni pour des raisons politiques; car le salut de l'àme est préférable au bien-être terrestre. »

tt Nous ne mettons pas en doute non plus l'assertion de

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