‹ Magyars et Roumains devant l'histoireChapitre 119 sur 232 · LIVRE DEUXIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE DEUXIÈME

Votre Altesse, elle nous semble même très clairement démontré, que le puissant rois des Suèdes, Télecteur de Brandebourg et beaucoup de souverains de l'Allemagne n'ont pas pu s'empêcher d'applaudir à ces efforts de Votre Altesse ; mais il peut advenir qu'une chose qui plaît beaucoup aux uns et qui est même peut-être très profitable à plusieurs, puisse être de telle nature qu'elle soit nuisible à d'autres. »

« Ce qu'il faut entreprendre et ce qu'il faut abandonner dans cette occurrence des points de vue et des opinions aussi divergerfts, la sagesse de Votre Altesse saura le mieux discerner. Quant à nous, nous révolter contre la Providence nous parait impossible, car il ne nous est pas permis de combattre avec des armes terrestres. Mais nous implorerons Dieu de miséricordieusement communiquer à ce pauvre peuple son Saint- Esprit dans lequel réside la justice et la sagesse tout entière et de protéger l'existence de Votre Altesse contre tous les maux n .

« De Votre Altesse Sérénissime le tout dévoué

« Cyrille ( I ) . »

Ce patriarche a joué un rôle très considérable dans les négociations qui ont eu lieu depuis Crusius entre les protestants allemands et l'église d'Orient. Contrebalancées par celles des catholiques qui ne négligeaient rien non plus pour faire arriver au patriarcat les évèques dont la sympathie leur était assurée, il y eut autour dç l'élection de chaque nouveau patriarche des luttes qui ne profitaient qu'à l'entourage du sultan dont la nomination dépendait en dernier ressort et que l'on n'obtenait conséquemment qu'à force de libéralités. Elles étaient Fournies pour le compte des patriarches philocatholiques par la France et Venise^ et pour les philoprotestants par VAngleieiTe et la Hollande. Après la mort de Meleiie Pigas ce fut Cyrille Lukaris qui devint patriarche d'Alexandrie^ ayant pour compétiteur de la part du parti catholique Gerasim Sparialiot^ grâce aux fonds recueillis pour ce but en Saxe, En 1622, il fut nommé à Consiantinople pour son malheur, car la fureur de ses

(1) L«ttre publiée dans les Erdélyi Orsiaggyûlési cmlékek,

ennemis ne s'apaisa qu'après Favoir plusieurs fois forcé de se retirer et finalement perdu, en lui imputant la rédaction d'un catéchisme entaché de prosélytisme protestant. Sous le sultan Ibrahim qui régna dè^ 1640 à 1649, son adversaire Cyrille Contari parvint à le faire jeter en prison et exécuter.

Avec l'avènement de Georges Ràkàczy /*' les efforts pour propager le protestantisme parmi les populations roumaines de la Transylvanie prennent un caractère plus accusé. L'attitude effacée de l'évéque Gennadiusy en fonction de 1628 à 1640, à qui la lettre du patriarche fait allusion, les favorise à*tel point que le clergé roumain se montre tout prêt à se soumettre au surintendant calviniste et à accepter certaines innovations, imprégnées de l'esprit du calvinisme. Mais on aurait absolument tort de croire que ces tendances à catéchiser les Roumains eût pour mobile et but leur magyarisâtion. Les lettres éminemment confidentielles, que le conseiller intime de Georges /", Etienne Katona de Gelej lui a écrites après la mort de Gennadius au sujet de l'élection d'un nouveau « vladica » , évéque roumain, le démontrent à l'envi.

On lit dans celle datée du 4 septembre 1640 : « Hier est mort vers quatre heure, après de longues souffrances, l'évéque roumain... Il y en aura plusieurs qui, désireux de remplir celte fonction, iront se présenter incontinent chez Votre Altesse. Il faudrait la donner à quelqu'un qui sût quelque chose. On ne peut pas confier l'âme de tant de monde à un homme ignorant, car les Valaques sont des hommes, quoique vivant dans l'erreur. Et il incombe à Votre Altesse, comme à un prince chrétien, de veiller sur leurs âmes selon vos devoirs et votre conscience autant qu'il est possible et autant qu'on peut faire accepter la raison h des individus endurcis dans la bêtise. Le sieur Csernatoni qui est déjà allé en Valachie en connaît un, ayant à peu près le rang d'un abbé et sachant le grec. Après avoir appris la mort de celui-ci, il viendra dans quatre ou cinq jours. Puisqu'il aspire à sa succession, s'il était tel qu'on le dit, il faudrait peut-être lé prendre de préférance à un homme habitué aux superstitions roumaines. Car moi, je n'en connais parmi eux en Transylvanie aucun et il serait même peut-être

Page 1