‹ Magyars et Roumains devant l'histoireChapitre 120 sur 232 · LIVRE DEUXIEME · texte numérisé non relu

LIVRE DEUXIEME

préférable pour Votre Grâce de prendre un Grec, la religion grecque n'étant pas aussi corrompue que la roumaine, qui ne consiste qu'en superstitions pures! Il faudrait que nous puissions d'abord Texaminer en ce qui concerne les principes de la religion, et si nous le trouvions digne et apte, on pourrait lui confier Tévéché sous certaines conditions, comme nous Tavons fait avec son prédécesseur, quoiqu'il fût pitoyable aussi, puisqu'il n'en a rempli que quelques-unes. Quand Votre Grâce en aura trouvé un qui soit acceptable, il faudra que Votre Altesse le présente et l'installe solennellement, après avoir fait réunir les popes valaques de toute part. On leur lirait alors les conditions et on leur communiquerait un ordre concernant ce dont ils ont été instruits. Celui qui ne s'y prêterait pas, on en ferait un paysan, car j'avoue à Votre Grâce que je crains que ce ne soit à nous que Dieu s'en prenne si nous nous mettons à négliger ces malheureux fourvoyés. Ce que- Votre Altesse obtiendra d'eux, sera autant de gagné; s'ils se butent au contraire et qu'on ne parvienne pas à les vaincre, Votre Altesse aura son âme complètement déchargée devant Dieu, tandis qu'eux ils seront tout à fait perdus. Quant à la succession (de révéque), il faudrait l'employer à l'impression de quelques petits livres utiles, écrits en roumain » (1).

Ayant vu et examiné son protégé, nommé Milovitius, voici ce qu'il dit à son sujet le 24 septembre suivant : « Afin que Votre Altesse puisse connaître les questions qui me sont venues à Tesprit et que je lui ai soumises ainsi que la manière dont il les a envisagées, je les envoie à Votre Altesse. Je n'ai pas pu trouver quelqu'un, car on n'en rencontre pas, qui serait prêt à changer sa religion « in fundamentalibus » . Celui-ci ne peut pas s'y engager non plus parce qu'il serait excommunié par le patriarche qui ne permettrait pas sa consécration comme vladica, et les Roumains ne l'accepteraient pas ; qui sait même ce qui lui adviendrait s'il se hasardait parmi eux, donc il ne pourrait nullement officier. Il me semble. Altesse, que si nous parvenions à faire abandonner par ces communes

(i) Otvos Â608TO!f, GeU/t Katona Istvân, Uj Magyar Muzeum, 1859, vol. 1, p. 203.

aveugles toutes ces superstitions , ce serait assez pour le moment. Ayant été mieux éclairés par Dieu avec le temps, nous pourrions arriver A quelque chose de plus favorable ; surtout si, allant à Técole, leurs enfants profitaient de quelques bribes de latin. Car leur faire tout abandonner à la fois est très difficile ou même impossible, comme c'est démontré par Thistoire de la conversion des autres nations. »

De Gelej joignit à cette lettre les instructions dont il avait imposé l'exécution au futur évéque en vue d'obtenir sa nomination du souverain. Voici les plus saillantes pour caractériser les intentions du gouvernement transylvanien : I* Que Tévéque fonde ici auprès de lui, ou ii l'endroit qu'il juge le plus convenable, une bonne école roumaine ; il y fera entretenir deux ou trois maîtres sachant le latin, le grec et le roumain et aptes à bien enseigner le latin et la religion chrétienne. 2* Qu'il ait à sa disposition une imprimerie et des imprimeurs, afin qu'il puisse faire imprimer tous les livres nécessaires à son église et à son école. S^ Qu'il fasse cesser le bavardage en langue étrangère de ses popes et qu'il les oblige à ne faire le service divin devant chaque commune que dans sa langue propre, c'est-àdire en roumain, à"" Qu'il fasse prêcher en roumain deux fois les dimanches et une fois les mercredis et les vendredis. 6** Qu'il fasse copier, imprimer nos chorals traduits en roumain et qu'il les fasse chanter chaque jour avant et après les prières et les sermons. 7* Qu'il fasse enseigner aux garçons et aux fillettes pendant des leçons spéciales le catéchisme qui est maintenant traduit en roumain aussi.

Certes c'est de la propagande calviniste que d'introduire ainsi dans l'Église orthodoxe les mélodies religieuses de Gudimel et un catéchisme inspiré par le souffle de la réforme. Mais c'est de la propagande conforme à l'esprit du temps où elle a eu lieu, voué aux guerres de religions, c'est de la propagande pacifique et exempte de toute tendance de magyarisation. Emporté par son zèle calviniste, de Gelej ne pense même pas à sauvegarder le droit de l'État en exigeant l'enseignement de la langue magyare. Il est vrai qu*alors les Roumains ne comptaient pour rien au point de vue politique. D'ailleurs, la pres-

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