LIVRE PREMIER
Danube et des Carpathes, formée un peu plus tard par ces deux éléments constitutifs : le Romain et la branche dace des Thraces. »
Accepter la fusion des Romains et des Daces sans vouloir faire passer certains faits sous silence, mais à la condition qu'elle profiterait exclusivement au romanisme, c'est tomber dans Terreur de Sinkai et de Maior avec une teinte de science et de discernement. Car, pour que la romanisation de la Dacie puisse devenir un tait accompli dans l'espace de cent soixante sept ans, il eût fallu qu'elle constituât aux yeux des Romains une nécessité politique et stratégique absolue. Or la situation de la Dacie dans le cadre de l'empire romain n'était pas de nature à imposer au gouvernement central l'obligation de recourir aux mesures extraordinaire qu'une romanisation si rapide eut exigées, a La conquête de la Dacie n'a pas été aussi profitable à la défense des frontières dans le bassin du Danube qu'on pouvait s'y attendre — écrit Mommsen dans son ouvrage cité (page 205). Un déplacement réel de la ligne défensive n'en est pas résulté. Aussi la nouvelle province n'était-elle administrée que comme une position excentrique, n'étant en contact avec le territoire romain proprement dit qu'au Sud par le Danube et dont les trois côtés s'enfonçaient complètement dans les pays barbares. »
Une fois admis qu'il n'y avait aucune raison pour effectuer le colonisation de la Dacie dans des conditions extraordinaires, c'est l'examen de la situation générale de l'empire au moment de cette colonisation, ainsi que des mesures administratives prises en vue de la colonisation qui s'impose à la réflexion.
tt L'histoire de l'empire romain nous apprend clairement, écrit M. Jancsoy qu'à l'époque de la conquête de la Dacie 'par Trajan la force vitale de la race romaine se trouvait déjà en pleine décadence; Rome était déjà moralement, intellectuellement et matériellement anémiée. On voyait s'abaisser la valeur intrinsèque delà race à vue d'oeil; on constatait la stérilité croissante des familles, la disparition graduelle du caractère romain pur. La faculté d'assimilation et d'absorption du peuple romain était complètement affaiblie par l'introduction
incessante des éléments étrangers. Il ne pouvait plus être question de coloniser avec Texcédent de la population de ritalie. Aussi est-ce Trajan, le vainqueur de la Dacie luimême qui interdit le recrutement des colons en Italie... Les quelques Bénéventains, Carsulais et Romains qui s'étaient fixés en Dacie, n'y étaient pas amenés par Force, mais par Tappàtdu gain commercial et industriel ou de Tavancement dans la carrière militaire. »
. Quoique partisan de Torigine dacique des Roumains^ le docteur Jules Jung cite lui-même le passage suivant : « (Marcus Antonius Philosophus) Hispaniis exhaustis Italica allectione contra Trajani praecepta verecunde consuluit. » Un démenti plus catégorique n'aurait pas pu être donné, même avec préméditation, à «SinAaz et à Jfa/or relativement à Tajûgine des colons de la Dacie.
D'après le texte déjà mentionné de Mommsen^ ces colons venaient surtout de YAsie-Mineure. « Nous trouvons parmi eux, dit encore yuMjr (2), des Bithyniens, des Cariens, des Galatéens et des Syriens dans le sens le plus élargi du mot. Ils ont emporté de leur ancienne patrie leur religion orientale et le culte de leurs dieux nationaux dans la province nouvellement colonisée. C'est là qu'a débuté le culte de Mithras et d'isis, propagé par les Grecs et les Orientaux, et c'est de là que s'est répandu plus tard dans tout l'empire comme une spécialité de la province, que l'on ne rencontrait nulle part ailleurs. »
Leur ville principale est JSapoca où réside leur chef, le spiriarche Germanicus. A Micia il est question dans les inscriptions d'un i4e/£U5 Pergami'anus j à. Apuluin d'une Isidora domo Asiœ; dans cette ville les Zr/c/e^ sont nombreux. Deux adorateurs du dieu-serpent Glicon sont originaires de la Paphlagonie. Les Galates considèrent leur séjour à ]\apoca comme temporaire. Ils s'intitulent : Galatœ consistenses. Par contre, ils fondent des associations {coUegia) à Micia et à Germizara pour défendre leurs intérêts, leur religion. On rencontre à Sarmizégétkuse des
(1) D' Jules ivtuc, Die romanischen Landschaften, p. 382.
(2) — — Borner und Romanen in den Donaulàndern, p. 89-90.