LIVRE DEUXIEME t
sion gouvernementale était tellement faible qu'au lieu du protégé du conseiller intime de Râkoczy^ ce fut celui de Matihieuy du vayvode de la Valachiey nommé Ilié Joresté, qui obtint Tévéché.
Voici ce que dit à son sujet Tévéque Melc/nsédec : (1) te Les orthodoxes transylvaniens crurent qu'étant sous la protection des vayvodes et des métropolites de Valachie et de Moldavie et étant soutenu par eux auprès du prince de Transylvanie, cet évéque pourrait plus i^cilement défendre leur religion et résister à la propagande calviniste. Mais ils se sont trompés, car étant allé en Transylvanie en 1642 et ayant résisté aux évéques pravoslavniques de Ràkôczy, c'est-à-dire aux surintendants calvinistes, aux propagateurs du calvinisme parmi les Roumains, Oreste s'est attiré leur courroux. Le surintendant Georges Csulay, l'ayant horriblement calomnié auprès de Râkôczy, parvint à le faire punir. La punition consista dans la confiscation de ses biens et dans son emprisonnement. On jeta dans les prisons plusieurs autres popes et chrétiens, parce qu'ils étaient les partisans et les défenseurs d'Oreste. La punition infligée, la même dont on frappe ordinairement les traîtres politiques, nous Fait croire que le surintendant calviniste malveillant fit d'Oreste un traître politique. Le malheureux homme resta neuf mois dans la prison calviniste et il y souffrit le martyre pour sa foi orthodoxe sans se plaindre nullement. Il est bien naturel, que le clergé d'Oreste a tout fait pour apaiser Rakôczy et pour le convaincre qu'il n'était que la victime des calomnies de Csulay. On peut supposer aussi l'intervention diplomatique des vayvodes valaques et moldaves, car finalement il lui fut permis par Râkôczy de payer une amende de 1,000 florins et de pouvoir présenter vingt-quatre garants jusqu'au payement de cette somme. »
Toute autre est l'explication que donne sur cet événement le document par lequel Râkôczy confirme en 1642 la nomination de son successeur, l'évéque Etienne Simonoviisch, « Néanmoins on a trouvé que cet Ilié Joresté, sans considérer sa
(1) Melchisédec, Biserica orthodoxa in luptà eu protestantismulu. P. 63 et 64.
î*6 MAGYARS ET ROUMAINS DEVANT L'HISTOIRE
position ecclésiastique dans laquelle, en sa qualité d^évéque des églises de rite grec, serbe et roumain, il aurait dû briller au-dessus du clergé mis sous sa juridiction et lui servir de torche lumineuse, par de bons exemples, par la sainteté de sa vie pure et par sa conduite honnête et modeste, s'étant entaché par sa mauvaise conduite et ses crimes, a ignominieusement sali et terni la dignité épiscopale et qu'il est devenu la cause, par suite de sa vie extraordinairement immorale, de diverses plaintes élevées contre lui par son clergé et se rapportant à sa façon d'être hautaine et à son irréligiosité. D'où il est résulté que les doyens et les popes de l'église roumaine de rite grec et serbe, réunis en synode général, se sont occupés de son affaire en due forme et Tayant trouvé coupable de tous les crimes, sacrilèges et péchés , ils l'ont jugé unanimement à être destitué de sa dignité d'évéque et afin de ne pouvoir plus souiller son sacerdoce qu'il en soit également dépouillé et qu'il soit traduit au tribunal séculier. »
Entre ces deux jugements diamétralement opposés, on doit chercher la vérité. Ràkôczy eut tort de vouloir faire de la propagande calviniste et| intempestive, et l'ancien hiéromonaque du couvent du Putna de s'en tenir aux résolutions ultra-réactionnaires des conciles de Kiev et de Jassy. Dans le dernier, convoqué par le métropolite Varlaam et auquel Pierre Moghiia, métropolite de Kieu^ assista également, on chargea Méléiié Sirig de faire un anti-catéchisme pour contrebalancer l'influence de celui de Ràkôczy, Le livre, auquel Varlaam luimême écrivit une préface, parut à Jassy ^ imprimé par les typographes de la Cour. Il provoqua de la part des calvinistes une réponse spéciale et la réédition du catéchisme ràkôczyen (1656) On imprima ces livres à Gyulafehèrvàr^ où Râhikzy installa la typographie projetée par Bethlen, Une Cazania et la traduction en roumain du Nouveau Testament surveillée par Simonovitsch y ont été successivement publiées, en 1641 et 1648. Dans le document confirmant l'élection de Save Drankovics^ signé le 28 décembre 1656, on lit d'autre part qu'il est autorisé de « toucher ses revenus légaux afin qu'il puisse faire les frais des livres composés en langue nationale et soutenir les écoles. »