LIVRE DEUXIEME Î
solides ainsi d'une façon inattendue, elle a en même temps ouvert les yeux de la nation roumaine, afin qu'elle s'aperçût qu'elle pouvait écrire et s'instruire dans sa propre langue et qu'elle n'avait plus besoin de la langue slave, dans les fers de laquelle elle vivait depuis des siècles dans une complète obscurité. (I) »
Il ne faut pas oublier non plus que, s'il y a le cas regrettable de Save Brankovics dont le long et heureux évéché se termine par un dénoûment ressemblant de point en point à celui avec lequel s'est terminée la carrière d'Ilie Joresic, les conditions d'existence du clergé orthodçxe se sont tellement améliorées en Transylvanie que tout le monde voulait en être. Achate Barcsai remet aux popes roumains le payement de la diroe et de la neuvième sur la prière de ce même vladica Brankovics dès 1659. Apafi va plus loin encore en 1663 : il les affranchit de la dime dont ils étaient redevables en raison de leurs vignobles, qu'il anoblit : « Vineas nobilitandas duximus, prout eas Nobilitamus prœsentiuni per vigorem. » Il en est résulté que les serfs s'imposaient les plus lourds sacrifices pour obtenir de l'évéque leur consécration. Aussi la diète de 1628 défend-elle à ce dernier « de faires des popes pour prix d'argent de n'importe quel serf roumain ignorant. « Car il s'était formé de celte manière un véritable prolétariat sacerdotal qui ne pouvait végéter qu'en dépouillant le peuple sous divers prétextes religieux. La résolution du département de Marmaros datant de 1691 s'explique conséquemment tout naturellement. « Puisque nous voyons dans les villages de quel préjudice est l'accroissement du nombre des popes pour les habitants pauvres, nous avons décidé, à l'unanimité et d'un commun accord, et pour l'éternité^ qu'on ne puisse plus dorénavant jamais admettre plusieurs popes dans le même village. Que Ton n'en admette que ceux que les villages recevront et en réalité deux seulement, car un village en a assez de deux, et il faut que ce soit eux seuls, ceux acceptés par le village, qui y remplissent les fonctions sacerdotales. Qu'on admoneste le
(i) G. Baiiitiu, Cathecismulu calvenesc.y p. 84.
vladica dans ce sens-là, et qu'il se conforme à cette résolution. »
Et ces popes improvisés ne pouvaient avoir naturellement aucune qualité qu'exige leur sacerdoce. Si on ne les prenait pas au sérieux, ils étaient tout prêts à devenir calvinistes comme il appert d'une résolution du consistoire calviniste de Debreczen^ datée du 9 juin 1630. u Que ceux qui se montrent dignes, soient admis au sein deTÉglise; mais que ceux qui, sous le prétexte de la religion, ne cherchent que la liberté, soient traduits devant le tribunal séculier. » Ils joignirent à leur ignorance beaucoup d'impudence aussi, puisqu'ils abusèrent tellement de la tolérance des religions reçues, que si, pour se marier, quelqu'un appartenant à l'une de celles-ci se convertissait à la religion orthodoxe, ils le traitaient comme un païen et ils le rebaptisaient en le plongeant dans Teau jusqu'à mi-corps. Quant aux Roumains devenus calvinistes, ils les persécutèrent. « L'évêque grec, dit une pétition adressée à Apafi en 1680, nous fait des misères derechef... Il consacre près de Kolozsvar une église grecque où il n'y en avait pas et à rinsu de Votre Altesse et du pays. Nous implorons Votre Altesse comme notre protecteur, puisque nous avons commencé la typographie et nous voulons ériger une école sur l'ordre de Votre Altesse, en aspirant ainsi au bien de toutes nos forces; que Votre Altesse nous prenne sous ses ailes protectrices afin que la nation étrangère ne puisse pas nous tourmenter, qu'elle s'en tienne aux délibérations, qu'elle ne soit parmi nous ni lèpre ni ivraie. Il Faut que la réformation puisse grandir parmi nous, et qu'à cause d'elle Dieu bénisse Votre Altesse, (l) »
» Il y a une chose qui doit blesser Thistorien (roumain) quand il s'occupe de l'histoire de la Réformation, dit Baritin (2), c'est que l'histoire ne présente le nom d'un seul pope, caloyer ou évêque grec oriental de 1566 à 1670, qui eut courageusement ou même au prix de sa vie défendu les dogmes de
(1) TiiALLOCZY Lajos, Az oldii reformatio tôrténetéhez. Tôrtéuelmi tdr, 1878, p. 707 et 708.
(2) G. Baritiu, Parti alèse din Istoria Transiluaniei^ I, p. 150.