‹ Magyars et Roumains devant l'histoireChapitre 124 sur 232 · LIVRE DEUXIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE DEUXIÈME

sa religion ni, par contre, d'un seul autre non plus qui eût courageusement et ouvertement embrassé la nouvelle religion, comme quelques-uns Tavaient fait en Occident... Et ces milliers de caloyers de Téglise grecque orientale, qui aiment tant se comporter et se considérer comme les fervents défenseurs de Tortbodoxie, que faisaient-ils alors? On sait que les monastères grecs possédaient à ce moment presque la sixième partie du territoire de la Roumanie. Et les tbéologues, les juristes du droit canonique, les défenseurs de la foi de ces monastères où étaient-ils? Les séminaires théologiques, les écoles qui y préparent, où se trouvaient-ils dans ces monastères? »

Comme son clergé, le peuple roumain n'était pas non plus à la hauteur de son époque. Les vayvodes et les kénez des districts roumains formés pendant les xiv* et xv* siècles pour la défense de la HongHe dans les départements actuels de Krassôy de Szôrény et de Témès, disparurent com|)lètement soit en s'assimilant à la noblesse magyare, soit en succombant dans les guerres incessantes. La masse du peuple retombe d^ns la servitude commune, perdant la tradition de ses impôts — de la quinquagésima — et des terres vlaques et payant la dîme comme les serfs en général. Elle est toujours flottante, vagabonde, portée à la rapine et inquiétante. Et cependant c'est encore en Transylvanie où elle se trouve le mieux, où elle se réfugie de préférence. La diète de 1623 a beau décréter que, « pour refréner les penchants de rapine chez les Roumains, il faut leur interdire de monter à cheval, de porter des armes, » ils se sentent plus en sûreté au milieu des Magyars que dans les vayvodies, où on les fait traquer par des chiens et où ils périssent par milliers dans les forêts et sur les glaciers, comme l'affirme la pétition des boyards de la Moldavie, adressée à Râkoczy au temps de Lupu.

En terminant cette rapide esquisse de la première période des relations entre Magyars et Roumains , compatriotes ou voisinSy on ne peut que les regretter à cause de la cordialité qui les a caractérisées. S'ils eurent quelques difficultés à régler entre eux, les armes à la main, ils vivaient ordinairement en

bonne intelligence et la tutelle que la Hongrie et la Transylvanie ont exercée sur les vayvodies roumaines et sur leurs propres habitants de race roumaine, s'explique aisément par leur ancienneté et leur civilisation relatives en face d*ua État et d'un peuple en formation. Dans ce cas-là, ne pas abuser de sa supériorité et la mettre même au service du plus faible, est une réelle et rare vertu. Les Magyars Teurent et les Roumains leur en furent plus d'une fois reconnaissants. Pour qu'une situation aussi normale et aussi satisfaisante, au lieu de s'améliorer avec le temps et les progrès des deux peuples, devienne tendue et pénible, il fallait l'intervention d'un élément étranger et nouveau dont l'intérêt était de faire disparaître cette harmonie naissante et de la remplacer par l'hostilité la plus profonde à son seul profit. Si les Roumains n'hésitèrent pas à se prêter complaisamment à Texécution de ses desseins ténébreux, que les Magyars n'oublient pas leur inexpérience juvénile! Flagornés, flattés, excités, ils succombèrent ù la tentation; la responsabilité pour leurs errements, pour leur lèsepatrie, lèse-humanité, lèse-liberté retombe sur ceux qui les ont sciemment trompés, en trompant leurs souverains aussi et en menant la monarchie austro-hongroise tout entière à deux doigts de sa perte.

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