‹ Magyars et Roumains devant l'histoireChapitre 125 sur 232 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

LK DIPLOME DE LÉOPOLD l".

En principe, le retour de la Transylvanie au sein de l'État hongrois ne pouvait et ne devait soulever aucune difficulté. Devenue indépendante par suite de la domination turque en Hongricy cette principauté de circonstance n'avait qu'à reprendre sa place antérieure parmi les parties intégrantes des possessions de la couronne de saint Etienne. Mais à cause des changements radicaux survenus dans la situation générale de la Hongrie^ cette réunion, d'apparence si simple, devenait en réalité très embrouillée et surtout très dangereuse. A la cour de Vienne^ maintenant celle du roi de Hongrie^ et non plus d'un roi élu mais d'un roi héréditaire, la haine de la constitution hongroise mettait tout le monde d'accord. Les absolutistes de l'école de Philippe 11^ les centralistes de l'école de Richelieu et de Louis XIV, étaient également dépités de ne pouvoir introduire leurs théories dans les institutions d'un peuple dont ils ne connaissaient ni les origines, ni la langue et qu'ils considéraient non pas comme délivré mais comme conquis. Ils pensaient que le parlementarisme rudimen taire des Hongrois ne pouvait aboutir qu'à la révolution , comme en Angleterre avec son roi récemment décapité, ou à la décomposition, comme en Pologne dont ils escomptaient déjà le partage prochain, tandis que

V Espagne et la France^ où les défectuosités de la monarchie absolutiste n'étaient pas encore très visibles alors, leur fournissaientle modèle de la stabilité et de Tunité gouvernementales protégeant les arts et la littérature, développant l'industrie, Tagriculture et le commerce, maintenant des armées de terre et de mer formidables. Aussi dans leur ardeur de combattre le protestantisme entrait-il autant de conviction religieuse que de politique inconsidérément empruntée aux États pris pour exemple et servilement imités. Il aurait donc fallu, selon leurs vœux, que la Hongrie devînt tout à fait catholique et tout a fait maniable comme Tétaient déjà les pays héréditaires de la maison des Habsbourg, la Styrie, le Tyrol^ les archiduchés dMwtinche, etc., que dépouillée, de ses droits historiques, elle obéît aveuglément comme ces derniers aux ordres d'un pouvoir central indiscuté. De là la véhémente hostilité des hommes d'État autrichiens contre la réunion de la Transylvanie à la Hongrie qu'elle aurait rendue plus forte; de là leurs efforts pour s'emparer à leur profit de la première , stratégiquementsi précieuse, dominant à la fois les abords de la monarchie à l'Est, et les départements hongrois limitrophes, toujours les plus sujets aux soulèvements, pour en faire une simple province autrichienne.

En face de ce point de vue réactionnaire, celui des Magyars^ jaloux de leurs libertés politiques et religieuses, était très malaisé à sauvegarder. S'ils se sentaient extrêmement séduits par la perspective de se trouver réunis de nouveau sous le sceptre d'un même souverain, ils avaient encore la recommandation de Bocskai trop fraîchement gravée dans l'esprit et ils partageaient plus ou moins tous l'opinion que Nicolas Bethlen, le philosophe historien comtemporain, a avec tant de vigueur émise dans l'introduction de son livre intitulé : » La colombe de Noé »î , contenant un projet de constitution nouvelle pour la Transylvanie,

« Il est certain que les gens réfléchis ont de tout temps considéré la domination des Turcs en Transylvanie et celle des Allemands en Hongrie comme la raison la plus secrète et la plus importante pour l'existence des deux pays, comme leur

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